Chaque été, les chiffres officiels de l’accidentologie à la chasse sont scrutés de près. Ceux de la saison 2024-2025 livrent un message clair : après plusieurs années de baisse, les accidents et incidents sont repartis à la hausse. Ce constat ne remet pas en cause la tendance de fond observée depuis deux décennies: La chasse est deux fois moins accidentogène qu’au début des années 2000 — mais il rappelle avec force que la sécurité ne se relâche jamais.
11 accidents mortels : une saison difficile
Cette saison cynégétique s’achève sur 11 décès liés à des accidents de chasse, contre 6 les deux années précédentes. C’est le nombre le plus élevé depuis 2019-2020. Tous ces drames sont survenus lors de chasses au grand gibier, dont 5 classés en auto-accidents : des tirs involontaires causés par une mauvaise manipulation ou une tenue d’arme inadaptée. Ce chiffre illustre une réalité bien connue du terrain : une grande partie de la sécurité dépend du comportement individuel de chaque chasseur.
Une accidentologie globale en hausse
En vingt ans, le nombre total d’accidents de chasse a été divisé par deux, passant d’environ 170 par saison à une centaine aujourd’hui. Mais depuis trois saisons, une tendance légère à la hausse s’installe : 100 accidents recensés cette année contre 78 en 2021-2022.
La part des victimes non-chasseurs est également en augmentation : 16 personnes blessées cette saison (dont 3 gravement), contre 12 l’an passé. Si aucun non-chasseur n’a été mortellement touché, cette progression appelle une vigilance accrue.
Le grand gibier reste la chasse la plus accidentogène
La chasse collective au grand gibier concentre encore près des deux tiers des accidents recensés (63 %), loin devant le petit gibier (37 %). Avec plus de 1,5 million d’animaux prélevés dans ce cadre, la battue demeure une pratique centrale mais exigeante en matière de sécurité.
La cause principale reste le non-respect de l’angle des 30°, qui représente à lui seul un tiers des accidents. Cet angle de sécurité, matérialisé sur le terrain par rapport aux postes voisins, aux routes ou aux habitations, reste la base absolue de la prévention. Un seul manquement peut avoir des conséquences irréversibles.
Les auto-accidents : une problématique persistante
35 % des accidents sont liés à une mauvaise manipulation ou à une arme mal tenue souvent au moment des déplacements ou du chargement. Ce chiffre élevé rappelle que la vigilance doit être maximale avant même le premier coup de feu. Le simple respect des règles élémentaires (culasse ouverte, canon dirigé dans une direction sûre, fusil sous étui en véhicule) permettrait d’éviter une partie de ces drames.
Les incidents matériels en forte progression
Au-delà des accidents corporels, les incidents matériels sont en hausse significative : 135 signalements cette saison, contre 103 l’an dernier.
Parmi eux :
- 58 tirs en direction ou à proximité d’habitations,
- 27 vers des véhicules,
- 50 ayant touché des animaux domestiques.
Cette augmentation peut traduire à la fois une vigilance accrue dans les signalements et une multiplication de situations à risque sur le terrain. Dans les deux cas, elle souligne l’importance d’un meilleur contrôle de l’environnement de tir.
Formation et responsabilité : les leviers de la prévention
Si la chasse est aujourd’hui beaucoup plus sûre qu’il y a vingt ans, c’est en grande partie grâce à la formation : examen pratique, pédagogie renforcée et remise à niveau décennale. Le respect des règles liées à la manipulation des armes, aux angles de tir et à la signalétique joue un rôle déterminant.
La formation décennale, instaurée en 2019, poursuit sa montée en puissance : près de la moitié des chasseurs actifs ont déjà été formés. Cette dynamique doit continuer si l’on veut maintenir — et amplifier — la tendance structurelle à la baisse de l’accidentologie.
Des efforts collectifs à amplifier
Cette hausse ponctuelle rappelle que la sécurité ne dépend pas que des textes, mais de l’engagement de chaque acteur de la chasse :
- appliquer strictement les angles de 30°,
- sécuriser les déplacements et les manipulations d’armes,
- poser une signalétique visible et harmonisée,
- respecter les zones habitées, routes et chemins,
- et cultiver une véritable culture de la prudence au sein des équipes.
Un rappel utile pour la saison à venir
Les chiffres 2024-2025 n’annulent pas vingt ans de progrès. Mais ils nous rappellent que la sécurité n’est jamais acquise. Dans une battue, sur un poste ou en fin de journée, la vigilance doit rester le réflexe premier.












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