Intervenir sur un animal blessé : devoir moral ou risque pénal pour le chasseur ?

Au lendemain de la garde à vue d’un chasseur ayant abattu un sanglier blessé en bord de route près de Châteauroux, les questions se multiplient sur la légalité d’un tel geste. Maître Aymard de la Ferté apporte son analyse sur ce que la loi autorise… ou interdit.

Un chasseur âgé de 76 ans a été placé en garde à vue dimanche 7 décembre 2025 après avoir tiré sur un sanglier le long d’une route près de Châteauroux (Indre), la veille. Une enquête judiciaire a été ouverte. Filmées samedi 6 décembre 2025, les images montrent un chasseur tirant sur un sanglier blessé situé le long d’une route proche d’une zone commerciale près de Châteauroux (Indre), devant plusieurs automobilistes, et ne semblant pas respecter plusieurs mesures de sécurité.

Le chasseur de 76 ans, qui a tiré à quelques mètres d’une route fréquentée, a été placé en garde à vue et selon nos confrères la confiscation de son arme a été demandée. La scène, filmée et relayée sur les réseaux sociaux, a suscité une vive émotion et un tollé chez les usagers de la route.

Signalant le fait que le sanglier cause environ 30 000 accidents de la route par an, le Président de la FNC, Willy Schraen a considéré que si l’acte du chasseur était certainement critiquable ce dernier avait agi en situation d’urgence afin d’éviter un éventuel accident. Sans connaître les circonstances exactes du déroulement de cette affaire ni même les suites judiciaires qui seront retenues, les évènements décrits sont loin d’être exceptionnels.

À l’heure où la présence du sanglier dans les villes et périphéries urbaines devient de plus en plus visible, la circonstance d’être confronté à la présence d’un animal blessé par balle ou par une voiture devient récurrente.

Ainsi, il apparaît utile de rappeler le cadre législatif applicable :

En premier lieu, selon l’article L420-3 du Code de l’environnement, « constitue un acte de chasse tout acte volontaire lié à la recherche, à la poursuite ou à l’attente du gibier ayant pour but ou pour résultat la capture ou la mort de celui-ci. » Le même article dispose expressément que « achever un animal mortellement blessé ou aux abois ne constitue pas un acte de chasse ». Ainsi, achever un animal mortellement blessé ou aux abois ne constitue pas un acte de chasse.

En deuxième lieu, et pour autant, est interdite l’utilisation d’une arme à feu, qu’elle soit de chasse ou non, en direction ou au-dessus des routes et chemins publics, voies ferrées ou dans leur emprise. Cette interdiction est rappelée par la circulaire du 15 octobre 1982 (circulaire n° 82-152) relative à la chasse, à la sécurité publique et à l’usage des armes à feu et est généralement reprise par les arrêtés préfectoraux de chaque département ou par les arrêtés municipaux.

Par conséquent, achevé un animal au moyen d’une arme à feu sur le bord d’une route est répréhensible et expose le chasseur à des poursuites judiciaires. L’utilisation d’une arme blanche pourrait être tolérée mais ne saurait être conseillé en raison de sa dangerosité avec un animal blessé. En outre, le transport d’une arme de catégorie D sans motif légitime (même dans sa voiture) est une infraction en application de l’article R315-1 du code de la sécurité intérieure. Le chasseur serait alors susceptible d’être contrôlé par les forces de police et sanctionné a posteriori.

En troisième lieu, en présence d’un animal blessé dans une zone périurbaine, il convient donc d’alerter la police ou la gendarmerie qui mettra en place une sécurisation de la voie publique. Dans un second temps, les forces de polices, qui ne sont pas généralement très bien préparées à l’euthanasie des animaux sauvages, avertiront le lieutenant de louveterie compétent qui se déplacera afin de procéder à l’abattage de l’animal.

En application de l’article L427-1 du code de l’environnement, les lieutenants de louveterie sont nommés par l’autorité administrative et concourent sous son contrôle à la destruction des animaux susceptibles d’occasionner des dégâts ou de menacer la sécurité des personnes. Les lieutenants de louveterie sont non seulement juridiquement compétents pour intervenir dans des situations d’urgence (collisions, sécurité sur autoroute…) mais également formés à cette mission.

En conséquence, nous ne saurions conseiller aux chasseurs se trouvant dans la situation où un animal blessé se trouvant à proximité d’une voie publique d’achever l’animal, en tout cas pas avec une arme à feu. Il est donc vivement conseillé de prévenir la police ou la gendarmerie afin de signaler l’évènement. Ce sont les agents de police judiciaire qui actionneront le processus en prévenant notamment un lieutenant de louveterie qui pourra alors venir achever l’animal agonisant.

Maître Aymard de la Ferté-Sénectère
Avocat associé
Téléphone : 06 21 92 21 83
Courriel :  [email protected]

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Rédacteur en chef, SoChasse

8 réponses à “Intervenir sur un animal blessé : devoir moral ou risque pénal pour le chasseur ?”

  1. Gilbert Bourdais

    La finalité est la même !! et pendant ce temps l’animal soufre et ça peut durer longtemps ! A signaler également l’irresponsabilité de l’automobiliste qui film qui visiblement ne connaît rien à la chasse car un sanglier blessé peut être très dangereux ! Mais les médias s’en font écho pour dénigrer la chasse !!!

  2. Dominique L'Hommelet

    Que de complications ! Certes, la loi est est la loi mais il est des situations d’urgence où le bon sens devrait primer sur l’application stricte de la loi. Tout ça pour arriver au même résultat comme le souligne M. Bourdais.
    Que ce serait-il passé si ce sanglier avait causé un accident ?

    1. Baudouin de Saint Leger

      Vous avez raison! Tout le monde s’insurge mais si le sanglier avait chargé quelqu’un les médias auraient également dits que les chasseurs sont responsables de la population des sangliers en France …

  3. Thibault Willekens

    Effectivement la loi interdit de tirer « au dessus et en direction des routes et chemins ». Dans le cas présent le chasseur n’a pas tiré au dessus ou en direction de la route. Il a tiré en direction de la forêt voisine pour achever rapidement un animal blessé. Je ne suis pas Louvetier mais à plusieurs reprises les gendarmes de ma circonscription m’ont demandé d’aller achever un sanglier, et une fois 1 chevreuil en bordure de route, parfois de nuit. Le nombre de morts sur les routes provoquées par la traversée inopinée d’animaux sauvages devrait au contraire forcer la population à reconnaître l’utilité des chasseurs dans de tels cas. J’espère que les mêmes qui ont dénoncé cet acte salutaire ne vivront pas un jour une collision avec un ou plusieurs sangliers.

  4. Bob 26

    Soyez en sur …. Quoique vous fassiez vous aurez toujours tort !
    Tir a partir d une route interdit…
    Tir hors battue déclarée interdit..
    Tir avec arme transportée sans motif légitime interdit. …etc… j en oubli sûrement des motifs à emmerdes..
    Et si elle n’est pas déclarée alors là c est le cocotier!! déjà qu’il s’est retrouvé en garde à vue le pequin …heureusement que la peine de mort est interdite
    La prochaine fois ….laisser l animal souffrir
    avec possiblement des dégâts sur les personnes curieuses et un accident en prime avec des véhicules !!!
    Même pas appeler la maréchaussée qui ont d’ autres chats à fouetter…passer son chemin et lire le journal le lendemain pour voir le résultat. En se disant…. si j’avais pu je l aurai bien achevé cet animal..la pauvre femme qui passait par là par hasard n aurait pas finie la journée a l’hosto …
    Mais quand on a à faire a des procéduriers adeptes de la paperasse le temps qu’ils se bougent ….ça fini toujours dans la merde ..
    Sans compter les anti-tout…..

  5. Anonyme

    Un seul conseil, faites celui qui n’a rien vu et laissez les plus malins gérer.
    Quand il y en aura un qui essaiera d’amener un verras blessé dans un centre de revalidation on en reparlera.

  6. Dominique FONTAINE

    Bonjour à toutes et tous.

    On vit quand dans un monde de fou.
    La prochaine fois si le cas se reproduit et bien il ne faudra pas intervenir.
    Les laissez se debrouiller tout seul.
    Aucun chasseur ne devra intervenir, même en ville.
    Il y commence à en avoir marre de tous ces gens qui nous attaquent en permanence.
    Qu’ils se démerdent ( excusez-moi pour la grossièreté).
    Dominique

  7. Thierry Navarro

    Bonjour
    Intervenir sur un sanglier blessé au bord d une route.
    Pour un chasseur oui ou non ?
    De toute façon ,dans tout les cas ,ça nous retombes toujours sur le dos.
    Toujours notre faute.
    Les dégâts aussi c est notre faute,pars que nous ne tuons trop peu de sangliers.
    Nous le payons très cher.
    Il serait temps que les opposants à la régulation du sangliers par choix mettent aussi la main aux portes monnaies.
    Marre de se retrouver en face de gens propriétaires de grands espaces remplie de sangliers qui interdisent la régulation chez eux.
    Les animaux profitants de cette protection pour détruire les récoltes environnantes.
    Et je ne parlerais pas des risques sanitaires liés à la peste porcine.
    Ces personnes sont normalement responsables de la régulation des animaux
    Qui sont chez eux.
    Sans permis de chasse ,ils doivent normalement s adresser à un lieutenant de louveterie qui fera le nécessaire.
    Mais ils ne font rien, et se sont les chasseurs qui payent les dégâts.
    Faut arrêter ,mettre ces personnes devant leurs responsabilités sous peine de lourdes amendes.

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