Chasse nocturne du sanglier : le Luxembourg dans les pas de l’Allemagne

Une réforme attendue depuis des années par les chasseurs

La chasse nocturne pourrait bientôt devenir une réalité au Luxembourg. Le sujet, longtemps resté sensible, fait désormais l’objet d’un travail commun entre le ministère de l’Environnement et l’ensemble des acteurs du monde cynégétique, agricole, forestier et environnemental. L’objectif est clair : adapter la législation aux réalités du terrain, en particulier face à la pression croissante du sanglier. Aujourd’hui, la réglementation luxembourgeoise est stricte. Le chasseur peut intervenir une heure avant le lever du soleil et jusqu’à une heure après son coucher. Au-delà de ce créneau, toute action de chasse est interdite. Une contrainte qui complique fortement la régulation des populations de suidés, essentiellement actifs la nuit.
Pour la Fédération Saint-Hubert des chasseurs du Grand-Duché de Luxembourg (FSHCL), l’évolution de la loi est devenue indispensable. Sur le terrain, la demande ne date pas d’hier. Cela fait près de dix ans que les chasseurs luxembourgeois plaident pour l’autorisation de la chasse nocturne.

Le sanglier au cœur des enjeux de régulation

Si la réforme est aujourd’hui envisagée, c’est avant tout en raison de l’explosion des dégâts agricoles et forestiers. L’année en cours est marquée par une forte production de glands et de faînes, une ressource alimentaire particulièrement attractive pour les sangliers.
Au Luxembourg, la particularité du système est que les dégâts de gibier sont majoritairement pris en charge par les locataires de chasse. Cette responsabilité financière directe renforce la nécessité d’une régulation efficace. Le fonds d’indemnisation étatique n’intervient que dans des cas bien précis. La chasse de nuit permettrait des tirs ciblés au moment où les animaux sont réellement actifs, depuis les miradors d’affût. En journée, les sorties sont devenues rares dans de nombreux territoires. Pour les cervidés et le chevreuil, la situation est différente. Leur activité diurne rend leur gestion beaucoup plus accessible dans le cadre actuel.

Des technologies déjà maîtrisées par les chasseurs

Contrairement à certaines idées reçues, l’ouverture de la chasse nocturne ne signifierait pas une présence permanente des chasseurs en forêt durant la nuit. Elle concernerait essentiellement des opérations d’affût encadrées. Pour les représentants de la FSHCL, la modernisation du matériel thermique est un facteur de réduction des risques d’un point de vue sécuritaire.

Une pratique déjà répandue en Europe

Le Luxembourg n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays voisins ont déjà franchi le pas. En Allemagne, l’utilisation d’optiques nocturnes et thermiques a été autorisée pour la chasse au sanglier dans le cadre de la lutte contre la peste porcine africaine. Chaque Land adapte ensuite les modalités d’application. En France, la chasse nocturne existe mais elle reste très encadrée. Elle est limitée à deux départements, aux louvetiers et soumise à des autorisations préfectorales. En Belgique, le débat est également ouvert.
Dans ce contexte européen, la position luxembourgeoise devenait de plus en plus difficile à maintenir, tant pour des raisons techniques que pour la cohérence de la gestion des populations de sangliers à l’échelle transfrontalière.

Sécurité, éthique et acceptabilité sociale

L’un des points centraux du débat reste la sécurité. Les opposants à la chasse nocturne évoquent une augmentation mécanique des risques, en particulier à proximité des zones urbanisées ou des chemins fréquentés en soirée. Les fédérations des chasseurs rappellent de leur côté que le Luxembourg dispose déjà de l’un des permis de chasse les plus exigeants d’Europe, avec une formation complète mêlant théorie, pratique et sécurité. Il n’est pas question d’en abaisser le niveau pour attirer de nouveaux pratiquants.
La question éthique est également présente dans les discussions. Le tir de nuit avec un usage thermique ne fait pas l’unanimité, y compris dans le monde de la chasse. Pour ses partisans, il s’agit pourtant de la méthode la plus efficace pour une régulation sélective et rapide des sangliers.

Une réforme plus large de la loi sur la chasse

L’autorisation de la chasse nocturne s’inscrit dans un projet de réforme beaucoup plus vaste. Douze mesures ont été mises sur la table lors d’une réunion entre le ministère et les acteurs du secteur.
Parmi les orientations retenues figurent :
– l’amélioration des moyens de chasse
– l’assouplissement des règles d’appâtage
– la valorisation du rôle écologique du chasseur dans la création de biotopes
– le renforcement des syndicats de chasse
– un nouveau système d’attribution des lots
– la mise en place d’un suivi précis des dégâts de gibier
– l’instauration d’un devoir de coopération entre les différents acteurs
– la démocratisation de l’accès à la chasse pour les jeunes
La question de la présence des promeneurs en période de battue est également abordée. L’idée d’une interdiction temporaire lors des chasses collectives vise à réduire les situations à risque et à améliorer la cohabitation des usages de la forêt.

Un calendrier législatif encore long

Si le consensus de principe semble acquis, le processus législatif reste lent. Des groupes de travail doivent encore transformer les orientations en texte de loi. La présentation au Parlement est attendue à l’automne et l’entrée en application n’interviendrait pas avant 2027. Pour les chasseurs luxembourgeois, l’attente dure déjà depuis une décennie. Sur le terrain, la pression du sanglier continue d’augmenter et les dégâts agricoles s’accumulent.
La future autorisation de la chasse nocturne ne serait pas une révolution dans la pratique cynégétique européenne, mais elle constituerait un changement majeur pour la gestion du grand gibier au Luxembourg, en donnant aux chasseurs un outil supplémentaire adapté aux réalités biologiques des espèces et aux exigences de sécurité modernes.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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