Marianne Courouble : la CITES change la donne sur la gestion des éléphants africains

Décryptage de Marianne Courouble

À l’occasion de la COP20 de la CITES, organisée du 24 novembre au 6 décembre, une décision structurante a été adoptée concernant la gestion des éléphants d’Afrique australe. Longtemps au cœur de débats mêlant conservation, chasse et commerce international, le dossier a connu une évolution notable avec l’adoption de la proposition 14, comme l’explique Marianne Courouble, fondatrice de RESILIENCE Nature, spécialiste reconnue des politiques de conservation et d’utilisation durable de la biodiversité.

Une proposition très attendue sur les éléphants

Les éléphants d’Afrique figuraient parmi les sujets les plus suivis de cette COP20. La proposition 14 visait à réviser l’annotation liée au classement CITES à l’annexe II des populations d’éléphants de quatre pays d’Afrique australe : le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. Ces populations étaient déjà inscrites à l’Annexe II de la CITES, ce qui autorisait notamment la commercialisation des trophées de chasse dans un cadre strictement réglementé. La proposition 14 n’a pas modifié ce statut, mais elle a élargi de manière significative les possibilités de valorisation légale des produits d’éléphants issus de ces pays.

Ce que change concrètement l’adoption de la proposition 14

Avec l’adoption de cette nouvelle annotation, les quatre États concernés disposent désormais de droits supplémentaires clairement reconnus par la CITES. Ils peuvent :
– commercialiser des spécimens vivants vers des destinations jugées appropriées et acceptables, notamment dans le cadre de programmes de conservation ou de gestion
– commercialiser des peaux brutes d’éléphants
– transformer et vendre des produits en cuir d’éléphant
– valoriser les poils d’éléphant, utilisés localement ou artisanalement

Pour Marianne Courouble, il s’agit d’une avancée majeure, car ces produits dérivés s’accumulent depuis des années sans débouché légal, alors même qu’ils représentent une valeur économique importante, parfois proche de celle de l’ivoire.

Une reconnaissance des efforts de conservation des États africains

Cette décision ne doit rien au hasard. Elle vient récompenser des décennies d’efforts de conservation menés par ces quatre pays, qui abritent aujourd’hui les plus importantes populations d’éléphants au monde. Gestion des conflits homme-faune, encadrement strict de la chasse, investissements dans les aires protégées, lutte contre le braconnage : les politiques mises en place ont permis d’augmenter considérablement les effectifs, tout en maintenant une gouvernance nationale forte sur la gestion de l’espèce. La CITES reconnaît ainsi que ces États disposent des capacités techniques, scientifiques et administratives nécessaires pour encadrer une utilisation durable de leurs populations d’éléphants.

Un compromis après l’échec sur les stocks d’ivoire

Si les pays concernés n’ont pas obtenu l’autorisation de vendre leurs stocks d’ivoire, longtemps au cœur des revendications africaines, l’adoption de la proposition 14 apparaît comme un compromis stratégique. En permettant la valorisation légale des peaux, du cuir et des poils d’éléphant, la CITES offre une alternative économique crédible, susceptible de :

– financer la conservation et la lutte anti-braconnage
– renforcer l’acceptation locale de la présence des éléphants
– préserver les territoires dédiés à la faune sauvage par la valorisation économique
– limiter les conflits avec les communautés rurales

Pour Marianne Courouble, cette approche pragmatique illustre une évolution vers une meilleure prise en compte des réalités du terrain africain.

Chasse, conservation et utilisation durable : un débat rééquilibré

La question de la chasse de l’éléphant reste sensible, notamment en Europe. Pourtant, dans ces quatre pays, elle s’inscrit dans des systèmes de gestion stricts intégrés dans une réelle économie de la faune sauvage, où les prélèvements sont limités, scientifiquement encadrés et intégrés à des stratégies de conservation globale. La décision de la COP20 rappelle que la chasse et l’utilisation durable peuvent, dans certains contextes, devenir des outils de conservation, lorsqu’elles sont correctement réglementées et qu’elles bénéficient directement aux territoires et aux populations locales.

Une décision scrutée par l’ensemble du monde cynégétique

Pour le monde de la chasse, cette évolution est observée avec attention. Elle confirme que la CITES n’est pas un instrument figé, mais une convention capable de s’adapter aux résultats concrets de la conservation, et de reconnaître les modèles qui fonctionnent. Le dossier des éléphants d’Afrique australe pourrait désormais servir de référence pour d’autres espèces emblématiques, où la question n’est plus seulement de protéger, mais de gérer durablement. À travers cette décision, la COP20 de la CITES envoie un message clair : lorsque la conservation produit des résultats tangibles, elle peut ouvrir la voie à une utilisation raisonnée de la faune sauvage, au bénéfice des espèces comme de la société.

 

Partager cet article


Rédacteur en chef, SoChasse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Depuis la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize visant à « améliorer la sécurité à la chasse », le...

Découvrez d'autres articles

Retour en haut