La présence du loup dans le sud de l’Alsace ne relève plus du simple signalement isolé. Dans le Sundgau, plusieurs attaques sur des animaux d’élevage ont été recensées ces dernières semaines, et les fédérations de chasseurs du Haut-Rhin et du Bas-Rhin tirent désormais la sonnette d’alarme, notamment quant à une diminution de certaines espèces de la faune sauvage visées elles aussi par les prédations lupines.
Le président des chasseurs du Haut-Rhin parle d’« omerta »
Selon Gilles Kaszuk, président de la Fédération des chasseurs du Haut-Rhin, au moins deux loups seraient actuellement présents dans le secteur, photographies à l’appui. Des attaques auraient été constatées à Mooslargue, Levoncourt, Moernach et Kiffis, visant des moutons, brebis mais également des lamas.
Du côté des responsables cynégétiques, le climat est tendu. « Le loup crée une véritable et légitime psychose », explique le président haut-rhinois, qui dénonce un manque de transparence des autorités locales et une « omerta généralisée ». Les élus municipaux ne seraient pas systématiquement informés, les signalements remonteraient difficilement et l’Office français de la biodiversité se retrancherait derrière l’autorité préfectorale.
Des tests génétiques financés par les chasseurs ?
Face aux doutes persistants sur l’identification formelle du prédateur, la Fédération des chasseurs du Haut-Rhin se dit prête à financer elle-même les analyses génétiques des animaux attaqués si nécessaire. L’objectif : établir de manière irréfutable la responsabilité du loup.
Pour Jean-Marie Boehly, président de la commission grand gibier de la fédération, ces tests ADN constituent le seul moyen d’éviter toute contestation. Il rappelle également que les indices de prédation permettent déjà de distinguer lynx et loup : le premier franchit les clôtures en les escaladant, tandis que le second a tendance à creuser.
Au-delà des troupeaux domestiques, les chasseurs observent une diminution locale des populations de chamois et de chevreuils dans les zones où la présence du loup est avérée. « Nous ne demandons pas à tirer le loup », précisent-ils, rappelant que les tirs de défense ou de prélèvement relèvent des lieutenants de louveterie et restent strictement encadrés par dérogation, l’espèce demeurant protégée.
Une progression attendue vers les Vosges
Dans le Bas-Rhin, Frédéric Obry, président de la Fédération 67, indique ne pas avoir constaté récemment d’attaques sur des élevages, mais confirme la réception de clichés attestant du passage d’un loup. Les corridors écologiques, notamment le massif vosgien, constituent selon lui des axes naturels de progression.
Les responsables cynégétiques redoutent la constitution progressive d’une meute territorialisée. Le loup, dont les portées peuvent atteindre cinq à sept jeunes, présente un potentiel d’expansion bien plus rapide que celui du lynx. Une fois installé, le prédateur exploite d’abord la faune sauvage avant de s’orienter vers les zones d’élevage lorsque les ressources locales diminuent.
Autre inquiétude : le système national de quotas. Les prélèvements de loups étant plafonnés chaque année au niveau national, un retard d’intervention en Alsace pourrait, selon les fédérations, priver le territoire de toute possibilité d’action si le quota annuel venait à être atteint ailleurs en France.
Vers un assouplissement des tirs ?
Les ministres de l’Agriculture, Annie Genevard, et de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, ont annoncé le 17 février qu’un arrêté serait prochainement publié afin d’autoriser les tirs contre un loup ayant attaqué un troupeau, y compris lorsque celui-ci ne bénéficie pas de dispositifs de protection.
Un signal attendu par les éleveurs comme par les chasseurs, qui observent avec inquiétude l’extension progressive de l’espèce à l’ensemble des territoires, y compris dans des zones historiquement peu concernées.












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