La gestion de la grande faune en forêt domaniale de Roumare (Seine-Maritime) cristallise les tensions entre l’Office national des forêts (ONF), associations écologistes et certains riverains. À l’origine de la polémique : la découverte de cadavres de cervidés et une pétition qui dénonce une “extermination”. Mais derrière les images-chocs, la réalité de la gestion cynégétique reste plus complexe.
Images chocs et émotion, la pétition qui met le feu aux poudres
En décembre 2025, la découverte de plusieurs cadavres de cervidés, cerfs et chevreuils, abandonnés près des poubelles de la forêt de Roumare a suscité l’indignation d’une partie du public. Jérôme Bourges, retraité passionné de photographie animalière, s’est fait le porte-voix de cette colère : il a lancé une pétition en ligne, qui a rapidement recueilli plus de 25 000 signatures. Dans son texte, il dénonce : “ Des kilomètres de chasseurs postés deux fois par semaine qui tuent tout ce qui passe, c’est une horreur, je n’aurais jamais pensé vivre une telle boucherie. Cette situation me bouleverse car elle menace l’équilibre écologique local et la richesse naturelle que je visite régulièrement depuis 45 années.”
Le discours est relayé par l’ASPAS, association écologiste de sinistre mémoire, qui accuse l’ONF de privilégier la régénération forestière au détriment des populations de grands cervidés. Pour Lucy Bonmartel (ASPAS), qui dénonce le choix de l’ONF de ne pas protéger les jeunes plants pour des raisons de budget: “ le plus simple, c’est de réduire les populations de chevreuils et de cerfs ” afin de les protéger, une orientation jugée inacceptable par les militants.
L’ONF assume : la chasse, un outil de gestion nécessaire
Face à la polémique, l’ONF défend sa politique : “ En l’absence de grands prédateurs, la chasse est indispensable à l’équilibre et à la bonne santé des écosystèmes forestiers ”, rappelle l’organisme. Sur le terrain, les responsables s’appuient sur des constats concrets : le houx, “normalement un arbre buissonnant jusqu’au sol, est maintenant mangé jusqu’à 1m50”, témoigne Antoine Cambien, responsable du service chasse à l’agence ONF de Rouen. “Il y a aussi les petits houx qui ont du mal à pousser en raison de la pression du cerf.”
Pour l’ONF, il ne s’agit en aucun cas de faire disparaître l’espèce, mais bien de trouver une densité compatible avec le renouvellement de la forêt : “ Il fait partie de la biodiversité forestière, mais il faut par contre qu’il y ait une quantité adaptée au renouvellement forestier.”
Des quotas fixés scientifiquement, une population suivie de près
Le président de la Fédération des chasseurs de Seine-Maritime, José Doméné-Guérin, rappelle la réalité du terrain : “ Dans la forêt de Roumare, les populations de grands cervidés sont stables voire un peu à la baisse. C’est un sujet très passionnel, les chasseurs veulent voir beaucoup d’animaux, les passionnés de la nature veulent voir des cerfs partout mais nous, on se réfère vraiment aux données techniques, validées scientifiquement.”
Chaque année, les prélèvements sont ajustés sur la base de suivis scientifiques précis, loin des approximations ou des impressions de promeneurs. La préfecture, pour sa part, précise qu’il n’est pas question de “réguler davantage” la population de cerfs, mais simplement de poursuivre une gestion adaptée à l’équilibre de la forêt.
Derrière l’émotion, la nécessité d’une gestion rigoureuse
L’affaire de Roumare n’est qu’un nouvel épisode d’une tension croissante entre militants écologistes et gestionnaires de la faune. Si la vision d’un animal mort peut heurter, il est important de rappeler que l’équilibre forêt-faune repose sur des mesures validées, et que la régulation par la chasse reste, en l’état, le seul moyen efficace d’éviter l’effondrement du renouvellement forestier. La forêt domaniale n’est pas un parc animalier : elle doit être gérée pour préserver la biodiversité, le renouvellement du couvert et la cohabitation de toutes les espèces, y compris l’homme.












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