Loup : Malgré des quotas en hausse, des éleveurs toujours à bout

Meute de loups gris

Malgré l’augmentation du nombre des tirs autorisés pour 2026, la colère gronde dans les campagnes. Les éleveurs dénoncent des chiffres sous-estimés et réclament la fin d’un système de quotas jugé inadapté à la réalité du terrain.

Une hausse des tirs, mais un plafond maintenu

Début janvier 2026, comme nous vous l’avions relaté, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé deux mesures attendues : une augmentation du quota annuel d’abattages légaux et la possibilité de tirer un loup en situation d’attaque, y compris sur un troupeau non protégé. Concrètement, le coefficient de prélèvement passe de 19 % à 21 % (voire éventuellement 23%). Le quota théorique pour 2026 s’établira ainsi à 227 loups, contre 206 si l’ancien coefficient avait été maintenu. La clause supplémentaire de 23% permettrait même d’atteindre 248 tirs autorisés. Sur le papier, le signal semble aller dans le sens des éleveurs. Sur le terrain, beaucoup jugent la mesure largement insuffisante.

Des chiffres officiels contestés

Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), la population moyenne de loups en France pour 2025 est estimée à 1 082 individus, avec une fourchette comprise entre 989 et 1 187. En 2024, elle était évaluée à 1 013. C’est sur cette base que sont calculés les quotas annuels de prélèvement. Mais ces estimations sont fortement contestées. Dans plusieurs départements alpins ou préalpins, des comptages indépendants évoquent des effectifs pouvant atteindre entre 2 000 et 2 600 loups. Les variations importantes observées ces dernières années dans les chiffres officiels (+47 % en 2022, puis -8 % en 2024) alimentent le doute sur la fiabilité des méthodes de suivi. Pour de nombreux acteurs du monde rural, la population réelle serait bien supérieure aux données administratives, ce qui rend mécaniquement les quotas actuels inadaptés.

13 000 victimes en 2025

En 2025, le loup a officiellement causé près de 13 000 victimes dans les troupeaux ovins. Dans certains départements, la pression prédatrice atteint des niveaux inédits. En Lozère, par exemple, on recense une dizaine de meutes identifiées. Sur 440 constats de prédation en 2025, 142 ont donné lieu à indemnisation pour 107 dossiers validés. Derrière ces chiffres, ce sont des exploitations fragilisées, des nuits sans sommeil et une tension permanente sur les élevages. La progression territoriale est également spectaculaire : en une décennie, le loup est passé de moins de 10 départements concernés à plus de 60 aujourd’hui. Il ne s’agit plus d’un phénomène montagnard marginal, mais d’une présence diffuse sur l’ensemble du territoire national.

La fin du quota, revendication centrale

Avec le déclassement du loup au niveau européen, passé du statut de « strictement protégé » à celui de « protégé » au 1er janvier 2026, nombre d’éleveurs espéraient une rupture plus nette. Or le système des plafonds annuels demeure. Même relevé de quelques dizaines d’individus, il reste fondé sur une estimation jugée contestable de la population nationale. Pour les syndicats agricoles, l’enjeu n’est plus d’augmenter légèrement les tirs autorisés, mais de revoir en profondeur un régime de régulation conçu à l’époque où le loup était rare. Dans les campagnes, la demande est claire : réduire notablement une population qui, selon beaucoup d’observateurs de terrain, dépasse largement les chiffres officiels.

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