La maladie débilitante chronique des cervidés, surnommée “cerf zombie”, progresse en Europe. Si la France reste à ce jour épargnée, l’expérience américaine incite à la plus grande vigilance.
Une maladie redoutée désormais en Europe
Longtemps cantonnée à l’Amérique du Nord, la maladie débilitante chronique des cervidés (CWD, pour Chronic Wasting Disease) fait peser une nouvelle menace sur la faune sauvage européenne. Cette pathologie, provoquée par un prion — une protéine anormale et quasi indestructible — s’attaque au cerveau des cervidés : cerfs, élans, rennes et wapitis. Repérée pour la première fois dans les années 1960 aux États-Unis, elle s’est répandue à grande vitesse outre-Atlantique, touchant aujourd’hui plus de 36 États américains et plusieurs provinces canadiennes.
Depuis 2016, des cas ont été détectés en Scandinavie : Norvège (chez le renne, l’élan et le cerf élaphe), Finlande, Suède, et même en Corée du Sud, signalant désormais une progression mondiale. Les souches européennes diffèrent toutefois des variants américains, laissant supposer une apparition indépendante sur notre continent.
Symptômes et modes de transmission : un fléau insidieux
La CWD est d’une redoutable discrétion. Son incubation peut dépasser 18 mois : les animaux infectés semblent sains tout en disséminant le prion dans leur environnement. Les signes cliniques sont dramatiques : perte de poids, salivation excessive, démarche titubante, comportement apathique et regard fixe, d’où le surnom de “cerf zombie”. L’issue est toujours fatale : aucun traitement ni vaccin n’existe à ce jour.
Le prion responsable résiste à l’environnement pendant des années. Il contamine sols, végétation, points d’eau, et peut persister bien après la mort de l’animal porteur. La transmission s’opère par contact direct (fluides corporels), mais aussi indirectement, rendant toute tentative d’éradication extrêmement complexe. Le risque de propagation est accru par les mouvements naturels des cervidés et le transport non maîtrisé de carcasses.
Menace sur la biodiversité, la chasse et l’économie rurale
La maladie débilitante chronique fragilise directement les populations de cervidés, maillon essentiel des écosystèmes forestiers et ruraux. Sa progression pourrait bouleverser l’équilibre trophique, impactant prédateurs, végétation et, par ricochet, l’ensemble de la filière chasse. Les conséquences économiques seraient majeures : la chasse aux cervidés représente une ressource importante pour de nombreux territoires, sans parler de la venaison et de l’élevage. Outre-Atlantique, des mesures strictes encadrent désormais le transport de carcasses, l’exportation de venaison et les pratiques de nourrissage artificiel.
Un risque sanitaire sous surveillance, mais sans psychose
Aucune transmission à l’homme n’a jamais été confirmée. Néanmoins, la CWD appartient à la même famille que la maladie de la vache folle (ESB), ce qui impose une prudence accrue : les autorités sanitaires recommandent d’éviter la consommation de gibier potentiellement infecté dans les zones à risque et de privilégier le test des animaux abattus là où la maladie est présente.
La France, pour l’heure, ne compte aucun cas. Mais la situation évolue rapidement. La résistance du prion et la mobilité naturelle des cervidés exigent une veille permanente : les frontières naturelles ne protègent pas nos forêts, et le moindre foyer détecté déclencherait des mesures drastiques.
Coopération internationale et vigilance des chasseurs
Un collectif d’experts européens a récemment appelé à renforcer la coordination et la surveillance de la maladie sur l’ensemble du continent. En première ligne, les chasseurs jouent un rôle-clé : alerter sur tout comportement suspect, respecter les protocoles sanitaires, signaler les mortalités anormales et limiter la circulation de gibier non contrôlé.
Face à ce défi, c’est toute la filière cynégétique, gestionnaires, fédérations et passionnés, qui doit se mobiliser pour préserver la richesse de nos territoires. Anticiper, informer, ne rien cacher : voilà les clés pour éviter que la “maladie du cerf zombie” ne vienne bouleverser notre patrimoine naturel et rural.












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