En Moselle comme en Alsace, les chasseurs tirent la sonnette d’alarme. Malgré des quotas imposés de prélèvements, les populations de cerfs s’effondrent, avec des baisses allant jusqu’à 60 % selon la Fédération départementale des chasseurs de Moselle. Derrière la pression administrative, les passionnés redoutent la disparition d’une espèce emblématique, au détriment de l’équilibre forestier.
Des quotas obligatoires contestés
La situation est critique dans les grands massifs mosellans : Canner, Vosges du Nord, Hémilly, Féné, Sanon ou Donon voient leurs populations de cerfs chuter brutalement. En 2025, le plan de chasse départemental impose d’abattre au minimum 878 cervidés en Moselle. Mais sur le terrain, seuls 389 ont été prélevés à ce jour : les chasseurs peinent désormais à remplir des quotas qu’ils jugent bien trop élevés au vu de la raréfaction des animaux.
“On a trop prélevé de cerfs. On nous a obligé.” a déclaré Jean-Christophe Hamelin, président de l’association de chasse de Thionville. Pour lui, la situation est sans appel : “Les autorités nous ont obligés de prélever. Partout en France les populations de cerfs progressent par contre en Moselle et en Alsace on est à l’envers de ce qui se passe sur le territoire national. Si on continue de nous obliger de prélever de manière aussi importante, l’espèce sur la Moselle va être éradiquée.”
L’équilibre forêt-gibier en question
Depuis la crise des scolytes, d’immenses surfaces de jeunes arbres ont été replantées dans la région. Pour protéger ces investissements, l’ONF impose une maîtrise stricte des populations de cerfs, sous peine de voir les chasseurs perdre leurs baux. “Avec les grandes plantations qui ont été mises en place, la peur des forestiers était que ces plantations qui coûtent effectivement cher, soient mangées par le gibier. Là, la pression sur les cerfs a très fortement augmenté”, souligne encore le président de l’association de chasse.
Les forestiers publics comme privés poussent ainsi à limiter l’impact des cervidés, un choix dicté par la production de bois, levier économique régional. Mais pour les chasseurs, il s’agit de ne pas sacrifier l’avenir d’une espèce emblématique au seul profit de la filière.
Un animal menacé, un écosystème fragilisé
Le cerf élaphe, plus grand mammifère de nos forêts, fait partie intégrante du patrimoine naturel du Grand Est. Anthony Kohler, directeur zoologique du parc Sainte-Croix en Moselle, en rappelle l’importance écologique : “C’est un animal, hormis l’hiver, qui va manger beaucoup de graminées. C’est un herbivore qui se retrouve aujourd’hui beaucoup en forêt, à cause de la fragmentation de son habitat, à cause aussi du dérangement. Un cerf, s’il a le choix, il va aller brouter dans les champs. On ne les veut pas en forêt, on ne les veut pas en plaine, on ne les veut nulle part finalement.”
Le cerf a besoin de vastes massifs forestiers pour s’abriter, mais aussi de prairies pour s’alimenter. Sa disparition entraînerait un déséquilibre écologique majeur. “Perdre le cerf, c’est perdre une part du lien avec notre forêt, c’est aussi perdre un animal qui joue un rôle dans un écosystème complexe. La nature, c’est une succession de déséquilibres qui entraînent un équilibre global. En enlevant le cerf, on va certainement atteindre une situation économique plus confortable mais à quel prix.” explique Anthony Kohler.
Braconnage et mortalité routière : la double peine
La pression ne vient pas que de l’administration. Sur le terrain, des carcasses de cerfs ont été découvertes : certains tués par des collisions routières, d’autres probablement victimes de braconnage. En 2025, plusieurs animaux morts ont été retrouvés dans les forêts de Canner, Hémilly ou Sanon. L’Office français de la biodiversité a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de ces actes illégaux.











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