Sous pression des écologistes, la chasse du lagopède alpin menacée

Lagopède alpin ou perdrix des neiges

Saisi par plusieurs associations écologistes, le Conseil d’État a ordonné au gouvernement de suspendre la chasse du lagopède alpin pour une durée de cinq ans. Une décision qui relance le débat sur la gestion de cet oiseau de montagne, alors que les prélèvements restent très limités et que les chasseurs participent depuis longtemps au suivi de l’espèce.

Une suspension demandée pour cinq ans

Le Conseil d’État vient d’ordonner au gouvernement de suspendre la chasse du lagopède alpin, également appelé perdrix des neiges, pour une durée de cinq ans. Dans une décision rendue lundi 2 mars, la plus haute juridiction administrative estime que le maintien de cette chasse n’est pas « compatible avec les efforts de conservation de l’espèce ». Concrètement, le Conseil d’État enjoint à la ministre de la Transition écologique de prendre un arrêté suspendant cette chasse sur l’ensemble du territoire métropolitain dans un délai de deux mois. Cette décision fait suite à une procédure engagée par plusieurs associations opposées à la chasse, parmi lesquelles la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), One Voice et le Comité écologique ariégeois. Celles-ci contestaient l’arrêté qui autorisait encore la chasse du lagopède dans trois départements de montagne.

Une espèce fragile dans les massifs français

Le lagopède alpin est un galliforme de montagne typique des milieux froids. Présent dans les régions arctiques et boréales d’Europe du Nord, il ne subsiste en France que dans certains secteurs des Alpes et des Pyrénées, où il vit en petits noyaux de population isolés. Selon les données scientifiques évoquées par le Conseil d’État, les effectifs de l’espèce auraient diminué de manière sensible au cours des deux dernières décennies, notamment dans les Alpes. L’oiseau figure d’ailleurs dans la directive européenne « Oiseaux », qui encadre strictement les conditions de sa gestion. Dans les Alpes, le lagopède aurait disparu d’environ un tiers des communes où il était présent dans les années 1950. Dans les Pyrénées, la disparition concernerait environ 21 % des communes historiques.

Des prélèvements quasi symboliques

Dans les faits, la chasse du lagopède reste pourtant extrêmement marginale en France. Autorisée uniquement dans quelques secteurs de montagne et très encadrée, elle concerne un nombre limité de chasseurs spécialisés et donne lieu à des prélèvements particulièrement faibles voire symboliques. Depuis des années, les chasseurs de montagne participent également aux suivis scientifiques de l’espèce et aux actions de gestion des habitats. Cette implication repose justement sur l’existence d’une chasse très réglementée, qui maintient un lien étroit entre les pratiquants et la conservation de ces oiseaux de haute altitude. Pour de nombreux observateurs du monde cynégétique, supprimer purement et simplement la chasse risque donc de décourager les acteurs de terrain qui participent aujourd’hui au suivi et à la protection de ces populations fragiles.

Les associations anti-chasse à l’offensive

Cette décision judiciaire intervient dans un contexte de pression croissante des associations anti-chasse contre l’ensemble des pratiques cynégétiques et notamment sur plusieurs espèces emblématiques de montagne. La LPO et One Voice multiplient en effet les recours pour obtenir aussi l’interdiction de la chasse du grand tétras. Leur stratégie repose souvent sur l’argument de la protection des espèces, mais les chasseurs rappellent régulièrement que la pression de chasse sur ces oiseaux est aujourd’hui très faible et qu’elle ne constitue pas la principale cause de leur déclin. Dans les massifs alpins et pyrénéens, les perturbations liées aux activités humaines, tourisme de montagne, ski hors-piste ou aménagements touristiques, sont reconnus pour être parmi les facteurs les plus impactants pour ces galliformes de haute altitude.

Vers une nouvelle restriction de la chasse ?

Reste désormais à savoir comment le gouvernement appliquera la décision du Conseil d’État. Si un arrêté de suspension devait être pris dans les prochains mois, la chasse du lagopède pourrait être interrompue pour une durée de cinq ans. Une décision qui risque d’alimenter un nouveau débat entre les associations écologistes et les chasseurs de montagne, ces derniers estimant que l’interdiction pure et simple n’est pas toujours la solution la plus efficace pour préserver durablement les espèces et leurs habitats.

Partager cet article


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Depuis la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize visant à « améliorer la sécurité à la chasse », le...

Découvrez d'autres articles

Retour en haut