Valérie Damidot et la banalisation de la haine antichasse
Pour conclure sa dernière émission sur la radio publique ICI, Valérie Damidot a lancé un très gratuit « Vive Johnny, à bas la chasse ! ». Une petite phrase présentée comme amusante, prononcée sans explication et accueillie sans contradiction. L’épisode illustre surtout combien le mépris envers les chasseurs est désormais considéré comme une plaisanterie parfaitement acceptable.
Une dernière sortie le 17 juillet
Vendredi 17 juillet, Valérie Damidot présentait le dernier numéro de son émission « Au Taquet ! », qu’elle animait depuis deux saisons sur ICI, anciennement France Bleu, avec Éric Bastien. L’animatrice ne retrouvera pas sa tranche du midi à la rentrée, une nouvelle émission présentée par Énora Malagré devant prendre sa place. Au moment de faire ses adieux, Valérie Damidot a longuement remercié les auditeurs dont elle avait raconté les histoires et les engagements. Elle a notamment salué celles et ceux qui s’investissent dans des associations et se montrent « amoureux de tout, de la nature ». Puis est venue cette conclusion pour le moins surprenante : « Vive Johnny, à bas la chasse ! ». Aucun rapport apparent avec les remerciements qui précédaient, aucune explication, aucun argument. Puremédias indique que cette formule constituait un clin d’œil à un jeu diffusé quelques instants auparavant. Mais c’est peut-être justement là que réside tout le problème : attaquer la chasse est devenu suffisamment banal pour servir de simple ponctuation humoristique à une émission de radio.
Une plaisanterie qui ne fonctionne que dans un sens
Imaginons un instant qu’une personnalité médiatique ait conclu son émission par « à bas les pêcheurs », « à bas les agriculteurs » ou « à bas les écologistes ». La formule aurait probablement suscité des réactions indignées, des demandes d’explications et peut-être même quelques excuses embarrassées. Lorsqu’il s’agit des chasseurs, en revanche, tout semble permis. Ils constituent la cible idéale, celle dont on peut se moquer ou souhaiter symboliquement la disparition sans prendre le risque d’être réellement rappelé à l’ordre. Bien sûr, cette phrase n’est pas un appel à la violence. Mais la haine antichasse ne commence pas toujours par une menace ou une agression. Elle s’installe aussi par l’accumulation de petites phrases, de caricatures et de plaisanteries qui présentent continuellement les chasseurs comme une catégorie de Français dont le mépris serait légitime. À force de répéter que la chasse est honteuse et que ceux qui la pratiquent seraient des êtres infréquentables, certains finissent malheureusement par considérer les insultes, les dégradations et les agressions comme acceptables.
Une radio de proximité qui oublie les territoires ruraux
La sortie est d’autant plus malvenue qu’elle a été prononcée sur ICI. L’ancien réseau France Bleu regroupe 44 radios locales et se présente lui-même comme le média de la proximité et de la vie locale, au plus près des Français et de leurs territoires. Or, dans une grande partie de la France rurale, les chasseurs participent pleinement à cette vie locale. Ils siègent dans les associations communales, organisent des manifestations, entretiennent les chemins, aménagent les territoires et interviennent régulièrement aux côtés des agriculteurs et des collectivités. La Fédération nationale des chasseurs estime à environ 945 000 le nombre de pratiquants et à 800 000 celui des bénévoles engagés dans le réseau cynégétique. Derrière le mot « chasseurs », il y a donc des centaines de milliers de citoyens, d’auditeurs et de contribuables que l’on vient tranquillement de désigner à l’antenne comme une activité à abattre symboliquement.
Les chasseurs exclus des « amoureux de tout, de la nature » ?
La contradiction est presque parfaite. Valérie Damidot félicite les auditeurs pour leur amour de la nature, puis s’en prend immédiatement à ceux qui passent précisément une grande partie de leur temps dans cette nature. Car les chasseurs ne se contentent pas de prélever du gibier. Ils participent aux comptages d’espèces, entretiennent des zones humides, restaurent des haies, aménagent des habitats et collectent des données sur la faune sauvage. Le dispositif d’écocontribution, encadré avec l’Office français de la biodiversité, finance justement des projets consacrés à la connaissance et à la préservation de la biodiversité. Plus de mille opérations menées par le réseau cynégétique en faveur des milieux naturels sont également recensées sur la plateforme Cyn’Actions Biodiv. Pour rappel, l’opération « J’aime la Nature Propre », consacrée au ramassage des déchets et organisé chaque année par la FNC, a réuni 150 000 participants en 2025. On peut naturellement contester certaines pratiques cynégétiques ou ne pas souhaiter chasser soi-même. Mais prétendre aimer la nature tout en refusant systématiquement de reconnaître le travail effectué par les chasseurs relève davantage du préjugé que du débat.
Les chasseurs, dernière cible autorisée
Valérie Damidot n’est évidemment pas la première personnalité à céder à cette facilité. Humoristes, artistes, chroniqueurs et responsables politiques savent que quelques mots méprisants envers la chasse leur garantiront les applaudissements d’une partie de leur public. Ils n’ont pas besoin de connaître le fonctionnement d’une Fédération départementale des chasseurs, la réglementation d’un plan de chasse, le coût des dégâts de grand gibier ou le travail réalisé bénévolement sur le terrain. Le cliché suffit. Voilà comment la haine antichasse se banalise. Non pas seulement à travers les discours les plus radicaux, mais grâce à ces petites attaques lancées avec le sourire, comme si près d’un million de Français formaient une catégorie dont on pouvait souhaiter la disparition entre deux remerciements. On peut ne pas aimer la chasse. On peut même la combattre politiquement. Mais le débat mérite alors des arguments, pas une petite formule méprisante jetée sur une radio du service public. En lançant « à bas la chasse » pour conclure ses adieux, Valérie Damidot pensait probablement faire un bon mot. Elle n’aura fait qu’ajouter une pierre supplémentaire au mur de caricatures dressé depuis des années contre les chasseurs.
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