À Wolfskirchen, dans le Bas-Rhin, la tenue d’une battue administrative juste avant une chasse privée programmée de longue date fait polémique. Chasseurs et Fédération montent au créneau face à une décision préfectorale jugée incompréhensible et injuste.
Les chasseurs locaux vent debout contre la préfecture
À Wolfskirchen, la colère ne redescend pas. Günther Bimmerle, exploitant agricole et locataire de chasse, découvre début novembre qu’une battue administrative va avoir lieu sur ses terres, deux jours avant la sienne. « Depuis 30 ans, nous organisons deux importantes battues annuelles, en plus des chasses habituelles, les premiers vendredis de novembre et de décembre. À cette occasion, nous invitons environ 80 chasseurs », explique Jean-Luc Burr, garde-chasse et ouvrier agricole pour Günther Bimmerle à nos confrères des Dernières Nouvelles d’Alsace. Alerté par hasard, le garde-chasse ne décolère pas : « J’ai découvert par hasard qu’une battue administrative aurait lieu deux jours avant la nôtre. » Résultat : lors de la chasse privée du 7 novembre, aucun sanglier n’a été tiré.
Une décision « injuste » et contestée
Le chef d’entreprise Günther Bimmerle, qui possède une part du capital des Grands chais de Petersbach, estime cette battue administrative « illégitime ». Son avocat, Maître Jean Schieber-Herrbach, enfonce le clou : « L’organisation de cette battue, deux jours avant celle de mon client, est une atteinte au droit du locataire de la chasse et au droit de chasse. » La Fédération départementale des chasseurs du Bas-Rhin (FDC 67), par la voix de son président Frédéric Obry, apporte son soutien total : « Nous avons voté une motion de défiance lors de notre conseil d’administration du 17 novembre. L’organisation de cette battue à Wolfskirchen est d’autant plus surprenante qu’il n’y a pas eu beaucoup de dégâts sur ce territoire. » Le conseil d’administration va plus loin et juge « inadmissible l’organisation d’une battue administrative [ordonnée par la préfecture, ndlr] sur un lot de chasse où une battue a été programmée par le locataire deux jours plus tard. »
Des interrogations sur la gestion de la venaison
La manière dont la battue administrative s’est déroulée suscite aussi de nombreuses questions. « Les chasseurs mandatés pour cette battue administrative, sur nos terres, ont fait ça sans respect pour le gibier, 47 sangliers ont été abattus dont des laies, laissant les marcassins orphelins », dénonce Jean-Luc Burr. « Les deux battues que nous organisons sont autorisées et contrôlées. C’est un moment convivial où les chasseurs pratiquent leur loisir. »
La gestion du gibier est un point d’orgue sur le domaine Bimmerle, où la viande de sanglier est systématiquement contrôlée, conditionnée sur place par un boucher professionnel et soumise à des analyses de trichine avant d’être vendue à des restaurateurs, majoritairement allemands et français. D’où l’incompréhension : « On se demande ce qu’il est advenu de la viande de la cinquantaine de sangliers tués le 5 novembre ? Le produit de cette chasse nous a été confisqué. »
Des chasseurs lourdement mis à contribution
Le coût de ce loisir, les chasseurs le rappellent : « Nous payons le coût de la location à la commune d’environ 10 000 euros par an et cotisons à hauteur de 12 % du montant du bail au fonds d’indemnisation des dégâts des sangliers. S’y ajoute une contribution complémentaire en fonction des dégâts. De plus, chaque chasseur doit s’acquitter d’une contribution sanglier de 70 euros, en plus du coût du permis de chasse et de son renouvellement annuel. » Comme à Wolfskirchen, 17 autres territoires du Bas-Rhin pourraient être concernés par ces battues administratives jusqu’en février 2026.
L’État persiste et signe
Face à la grogne, le sous-préfet de Saverne, Loïc Luisetto, défend la position de l’État : « Nous avons mis en demeure deux fois ce propriétaire de lot de chasse, en octobre 2024 et au printemps 2025, par l’intermédiaire du lieutenant de louveterie. Mais la situation n’a pas changé, il n’a pas réagi et il y a toujours autant de sangliers », affirme-t-il. Selon lui, « c’est le propriétaire du lot de chasse qui est responsable et qui ne chasse pas assez. » Il précise : « Nous organisons ces battues administratives sur conseil du lieutenant de louveterie du secteur et n’avons pas à en communiquer la date. Les agriculteurs sont d’ailleurs contents de notre dernière intervention début novembre. »
Un climat de défiance persistant
Réguler la population de sangliers, classés nuisibles dans le Bas-Rhin, est devenu un sujet explosif en Alsace comme ailleurs, entre dégâts agricoles, pression administrative, incompréhension des chasseurs et multiplication des conflits d’usage. Un dossier loin d’être refermé.












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