En France, le plaisir de chasser le sanglier se transforme de plus en plus en corvée. Dans l’Aude comme partout sur le territoire, les chasseurs tirent la sonnette d’alarme : la régulation du sanglier, autrefois synonyme de passion, pèse désormais lourd sur leurs épaules. Entre la baisse constante du nombre de chasseurs actifs, la prolifération sans précédent du suidé et les contrôles tatillons, le ras-le-bol est général.
Moins de chasseurs, plus de sangliers, et des contraintes qui explosent
Dans l’Aude, ils étaient 15 000 titulaires du permis de chasser en 2007, ils ne sont plus que 9 000 aujourd’hui. Même constat dans nombre de départements ruraux : les populations de sangliers explosent alors que les rangs des chasseurs se clairsement d’année en année. Résultat : des territoires toujours plus embroussaillés, plus difficiles à couvrir, et des dégâts agricoles qui se chiffrent à plusieurs centaines de milliers d’euros. Sur l’ensemble du territoire, ce sont les fédérations de chasseurs qui assument l’indemnisation des agriculteurs, alors même qu’elles sont submergées par la tâche : « On est en train d’épuiser les chasseurs. On ne va plus à la chasse par plaisir, c’est devenu une contrainte », résume Patrice Lemoine, directeur de la fédération départementale des chasseurs de l’Aude (FDC 11) au micro de nos confrères de la Dépêche.
La double peine : sanctions et pression administrative
Aux difficultés sur le terrain s’ajoutent les sanctions et le zèle de certains services de l’État. Dernier exemple en date : un chasseur octogénaire verbalisé de 135 € pour avoir, selon l’OFB, dépassé la limite d’une zone interdite à la chasse après un incendie, ou encore des amendes infligées à des chasseurs qui, en pleine canicule, tentaient de protéger les cultures sous 40 °C. L’Office français de la biodiversité (OFB), régulièrement pointé du doigt pour ses contrôles et ses méthodes jugées excessives, accentuerait le malaise.
Un système à bout de souffle, une menace sur la régulation
Partout en France, la situation devient intenable. Les fédérations assument seules la gestion et l’indemnisation des dégâts, alors que l’État leur demande de multiplier les efforts… tout en multipliant les obstacles administratifs. Yves Bastié, président de la fédération de l’Aude, ne mâche pas ses mots : « Plus de 400 000 € par an sont versés par l’Aude à l’OFB (au titre de l’examen du permis de chasser, NDLR), qui passe son temps à nous emmerder. »
Même l’aide nationale (50 millions d’euros sur trois ans) n’y suffit pas. La colère monte et, comme le prévient Yves Bastié, les chasseurs pourraient finir par passer à l’action : « Nous avons prévenu que nous pouvions très bien faire des actions spectaculaires. S’il faut ça pour être entendus… ». Un constat partagé bien au-delà du seul département de l’Aude : la régulation du sanglier, essentielle pour l’équilibre rural, repose de plus en plus sur des épaules épuisées. Tant que l’on refusera d’écouter les chasseurs, le problème ne fera certainement qu’empirer.












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