Alors que la saison de chasse au sanglier bat son plein en Ardèche, la pression exercée par la population de suidés atteint des niveaux inédits. Jacques Aurange, président de la Fédération départementale des chasseurs, était l’invité de la matinale d’ICI Drôme Ardèche pour faire le point sur une situation qui n’a rien d’anodin.
Une pression jamais vue : 26 000 sangliers attendus au tableau
Le constat est sans appel. Cette saison, la barre des 26 000 sangliers abattus pourrait être franchie dans le département. Un record historique qui ne doit rien au hasard. « À ce jour, nous en sommes déjà à 20 347 sangliers prélevés en battues et nous estimons que nous allons terminer la saison 2025-2026 à 26 000. C’est une année dans une fourchette très haute. Les populations remontent depuis quelques années, et là, c’est vrai qu’on est à un point où il faut faire quelque chose parce qu’on ne peut pas supporter plus de sangliers, la population est en augmentation forte », explique Jacques Aurange.
Pourquoi une telle explosion des populations ?
Malgré l’augmentation constante des prélèvements, la courbe des effectifs de sangliers continue de grimper. Pour Jacques Aurange, la réponse se trouve dans une série de facteurs bien connus des chasseurs : « Je pense qu’il y a plusieurs éléments, il y a la nourriture, il y a le climat, il y a des endroits où, effectivement, il y a des réserves de chasse, où on n’a pas le droit de chasser, donc tout ça contribue à ce qu’il y ait un noyau qui reste, qui est trop important. »
30 % du territoire impossible à chasser, mais 100 % des dégâts à indemniser
Un des points de blocage ? L’impossibilité pour les chasseurs d’agir sur la totalité du territoire ardéchois. « À l’heure actuelle, nous pouvons chasser sur 70 % du territoire. Voilà, donc il y a 30 % où on ne peut pas chasser. Parce que soit c’est des gens qui ont fait opposition à leur chasse, ils ne veulent pas que les chasseurs chassent sur le territoire, et puis nous ne pouvons pas chasser à moins de 150 mètres des maisons. Par contre, on paye les dégâts sur la totalité des 100 % du territoire. » Un déséquilibre que les chasseurs dénoncent depuis des années.
Une facture de plus en plus lourde pour les chasseurs
L’augmentation des populations de sangliers se traduit directement dans les comptes de la fédération. « 2025-2026, on va arriver à peu près à 180 000 euros de dégâts, c’est plus de 70 % d’augmentation par rapport à l’an passé. En mesure de protection, on en est à plus de 230 000 euros, donc ça, c’est les chasseurs qui le payent, c’est la fédération. » En clair, la pression financière s’accroît chaque année sur les épaules du monde cynégétique, sans que les moyens de régulation ne soient étendus en conséquence.
Un appel à l’État et au respect des engagements
Face à cette situation, Jacques Aurange attend un geste concret de la part des pouvoirs publics :
« Mais j’attends déjà qu’il respecte les engagements qu’il a pris il y a deux, trois ans, puisqu’ils avaient pris les engagements avec le monde agricole, tout le monde avait signé, et puis il se trouve que là, on vient d’avoir un certain montant qui ne sera pas versé. Il nous manque de l’argent de l’État, et nous attendons cet argent. Le modèle d’indemnisation des dégâts ne peut pas durer comme ça mais vous savez, lorsqu’on partage une facture, c’est difficile de trouver des partenaires. »
Une situation sous tension
L’Ardèche n’échappe donc pas au casse-tête national de la gestion du sanglier, pris entre les restrictions d’accès au territoire et la pression financière croissante. Plus que jamais, le rôle des chasseurs dans l’équilibre rural apparaît essentiel – à condition de leur donner les moyens d’agir sur le terrain.











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