Neuf mois après une séquence vidéo qui avait déclenché une polémique nationale, la justice a tranché. Le chasseur de 76 ans poursuivi après avoir achevé un sanglier blessé au bord d’une route très fréquentée près de Châteauroux a été relaxé jeudi 24 septembre par le tribunal correctionnel. Une décision qui donne un tout autre éclairage à une affaire dans laquelle quelques secondes d’images avaient largement précédé l’établissement du contexte.
Une vidéo qui avait provoqué un tollé
L’affaire remonte au samedi 6 décembre 2025, aux abords de la zone commerciale Cap Sud de Saint-Maur, immédiatement au sud-ouest de Châteauroux. Une automobiliste avait filmé deux hommes auprès d’un sanglier se trouvant sur le bas-côté d’une route particulièrement fréquentée en cette période précédant Noël. Sur la séquence devenue virale, l’un des chasseurs finissait par épauler son arme et tirer à très courte distance sur l’animal, alors que plusieurs véhicules circulaient à proximité. Diffusées sans véritable explication dans les premières heures, les images avaient provoqué une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias. Mais le contexte apparu ensuite était sensiblement différent de celui que pouvait laisser imaginer la seule vidéo.
Un sanglier blessé qu’il fallait achever
Laurent Gandillot, président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Indre, avait alors livré à la presse un récit détaillé des événements. Selon lui, le sanglier avait été blessé plus tôt lors d’une action de chasse sans pouvoir être retrouvé. La chasse avait ensuite pris fin et les participants étaient repartis. Deux d’entre eux avaient finalement retrouvé l’animal au bord de cette route, dans un secteur où les grillages limitaient ses possibilités de fuite. Le premier avait tenté de servir le sanglier à la dague. L’animal l’avait alors chargé et le chasseur s’était blessé à la main. C’est seulement après cet échec que son camarade avait décidé d’utiliser son arme pour achever ce sanglier d’environ 80 kilos. Me Jérémy Schuletzki, avocat du tireur, avait également insisté sur un élément juridique essentiel : au moment des faits filmés, la battue était terminée et son client recherchait un animal blessé afin d’abréger ses souffrances. Il rappelait que la poursuite d’un animal blessé et le fait de l’achever ne constituent pas, en eux-mêmes, une action de chasse.
Garde à vue, armes saisies et poursuites
L’émotion provoquée par les images avait néanmoins rapidement entraîné une procédure judiciaire. Le septuagénaire s’était présenté aux autorités. Placé en garde à vue, il avait été libéré après quelques heures en raison d’une incompatibilité médicale, avant d’être entendu librement. Ses armes avaient été saisies et le parquet de Châteauroux annonçait alors vouloir apporter une « réponse ferme » à cette affaire. Le dossier avait finalement conduit deux hommes devant le tribunal correctionnel. Le tireur, âgé de 76 ans au moment des faits, était poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui. Son compagnon devait quant à lui répondre du transport sans motif légitime d’une dague de chasse. Après deux reports, l’audience s’est finalement tenue jeudi 24 septembre 2026.
Willy Schraen avait immédiatement pris sa défense
Au plus fort de la polémique, Willy Schraen avait adopté une position très différente de celle de nombreux commentateurs. Invité sur BFMTV dès le 8 décembre, le président de la Fédération nationale des chasseurs avait demandé que les images soient replacées dans leur contexte. Selon les informations dont il disposait alors, le sanglier était déjà blessé et constituait surtout un danger pour les véhicules circulant sur cette route. Willy Schraen reconnaissait que la situation n’était pas idéale sur le plan de la forme et de la sécurité, mais estimait que laisser repartir un sanglier blessé sur cet axe aurait également pu conduire à un accident extrêmement grave. Il avait alors prononcé une phrase qui avait beaucoup fait réagir : « Moi, je tire mon chapeau à ce monsieur ». Le président de la FNC ajoutait que le chasseur avait, selon lui, eu le courage d’intervenir avant qu’un drame ne survienne. Une prise de position particulièrement nette à un moment où le tireur faisait l’objet d’un déluge de critiques.
Le tribunal prononce la relaxe
Jeudi 24 septembre, le tribunal correctionnel de Châteauroux a finalement relaxé le chasseur poursuivi pour ce tir. France 3 Centre-Val de Loire, qui suivait l’affaire, indique qu’il va désormais pouvoir reprendre la chasse, une activité qu’il pratique depuis environ soixante ans. Cette décision est évidemment importante. Elle ne signifie pas qu’un tir effectué à proximité d’une route serait devenu anodin ni que les règles élémentaires de sécurité pourraient être négligées. Elles restent, et doivent rester, au cœur de toute manipulation d’une arme. Mais elle rappelle également quelque chose que nous écrivions déjà lorsque cette affaire avait éclaté : quelques secondes de vidéo diffusées sur les réseaux sociaux ne suffisent pas toujours à comprendre une situation. En décembre, beaucoup avaient vu un homme tirer sur un sanglier au milieu des voitures. Les éléments apportés ensuite décrivaient une scène plus complexe : un animal blessé, un premier homme tentant de l’achever à la dague et se blessant, puis un second prenant la décision de mettre fin à la situation avec son arme. Neuf mois plus tard, après une enquête et le passage devant un tribunal, ce second homme repart relaxé. Et la phrase de Willy Schraen, très contestée au moment des faits, prend aujourd’hui une résonance particulière : avant de condamner un chasseur à partir de quelques images, encore faut-il connaître toute l’histoire.











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