À la tête d’ECP depuis 2014, Stéphane d’Adeler dirige une entreprise devenue à la fois fabricant, importateur et distributeur d’armes, de munitions et d’accessoires. Lors du colloque consacré à l’économie de la chasse à l’Assemblée nationale, il a détaillé les nombreuses étapes qui précèdent l’arrivée d’un produit chez le chasseur, mais aussi les emplois et les savoir-faire qui dépendent encore de cette filière en France.
D’ECP à un métier de fabricant, importateur et distributeur
ECP existe depuis la fin des années 1950. À l’origine, l’entreprise était une société familiale locale liée à l’armurerie, avant d’évoluer progressivement vers la fabrication de munitions et la distribution. Stéphane d’Adeler l’a rachetée en 2014 et a depuis profondément transformé son activité. ECP est aujourd’hui à la fois fabricant, importateur et distributeur, avec une douzaine de salariés en France et environ 18 000 références traitées dans ses entrepôts. L’entreprise travaille notamment sur les produits réglementés, parmi lesquels les armes et les munitions. « On est devenu également, en plus de notre métier de fabricant, distributeur », explique Stéphane d’Adeler. Une évolution qui place l’entreprise au cœur d’une chaîne économique particulièrement structurée, avant même que le produit n’arrive chez un armurier.
La réglementation constitue la première étape de la chaîne
Pour les armes et les munitions, la commercialisation passe par une succession d’étapes réglementaires. Stéphane d’Adeler a notamment détaillé le rôle de la Commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives, la CIP, qui intervient dans la validation des produits avant leur mise sur le marché. La France fait partie des États membres de cette commission internationale. Pour les entreprises de la filière, cette étape constitue une porte d’entrée indispensable avant la commercialisation. Une fois les produits homologués, ils peuvent rejoindre les réseaux de distribution et, finalement, les armureries où ils seront proposés aux chasseurs. Ce processus implique une trésorerie solide puisqu’elle immobilise plusieurs mois la marchandise dans l’entrepôt, les délais de traitement du banc d’épreuve étant très long. Le coût de l’argent étant en forte augmentation, nombre de structure commence à souffrir grandement de cette problématique.
Saint-Étienne conserve un savoir-faire historique malgré la concentration du secteur
La fabrication française conserve par ailleurs un ancrage historique important, notamment autour de Saint-Étienne. Le bassin stéphanois demeure un centre de formation et rassemble encore plusieurs entreprises spécialisées dans les armes. Mais Stéphane d’Adeler décrit aussi une forte contraction du nombre d’acteurs. Après la guerre, environ 250 entités étaient présentes à Saint-Étienne. Dans les années 1960, elles n’étaient déjà plus qu’une dizaine. Aujourd’hui, il ne resterait plus que quelques fabricants historiques, tandis que le secteur connaît une concentration croissante et l’arrivée de capitaux étrangers. Le même phénomène concerne les munitions : l’un des leaders mondiaux du secteur, historiquement implanté en France, est passé sous capitaux étrangers en 2025, tout en conservant une production française. « Il y a toujours ce bassin, mais le dynamisme est clairement difficile dans nos métiers de producteurs », constate le dirigeant d’ECP, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays européens.

Une industrie qui travaille bien au-delà de la chasse
Les entreprises qui fabriquent et importent des armes et des munitions ne travaillent d’ailleurs pas uniquement pour les chasseurs. Selon Stéphane d’Adeler, la chasse représente un peu plus de la moitié de l’activité des fabricants et importateurs, tandis que le tir et les secteurs liés à la sécurité, à la défense ou aux activités civiles et parapubliques constituent également des débouchés importants. Cette diversification prend une nouvelle dimension dans le contexte géopolitique actuel, avec une concentration croissante des acteurs sur des activités considérées comme stratégiques. « Les groupes deviennent absolument énormes, et aucun aujourd’hui n’est français, malgré les pépites que nous pouvions avoir en France », souligne-t-il.
Un marché de 500 millions d’euros et 1 400 détaillants
Une fois les produits arrivés sur le marché, une autre partie de la chaîne économique entre en jeu : celle de la distribution. Stéphane d’Adeler estime à environ 1 400 le nombre de détaillants présents en France, pour un chiffre d’affaires global de l’ordre de 500 millions d’euros. À cela s’ajoutent les grandes surfaces spécialisées et la vente sur Internet, avec des volumes qu’il situe autour de 200 à 300 millions d’euros. Ces différents circuits ne constituent cependant qu’une partie de l’écosystème économique. La filière finance également des salons, des événements locaux, de la publicité dans les médias spécialisés, du sponsoring, des démonstrations, des essais de produits et de nombreuses opérations de communication numérique.
Plus de 6 000 emplois directs dans la fabrication et la distribution
Au-delà du chiffre d’affaires, Stéphane d’Adeler insiste sur les emplois générés par cette chaîne. Les fabricants et importateurs représenteraient environ 1 000 emplois directs en France, auxquels s’ajouteraient près de 5 000 emplois chez les détaillants. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte l’ensemble des entreprises qui travaillent indirectement pour la filière. Chimie, travail du métal, logistique ou encore différents métiers de sous-traitance interviennent à plusieurs niveaux. « On se rend compte qu’il y a beaucoup d’entreprises qui suivent derrière, mais dans des spécificités très diverses », explique-t-il. Une réalité qui montre que l’activité économique liée aux armes et aux munitions dépasse largement les seules entreprises identifiées comme fabricants ou distributeurs.

Importer un produit, c’est aussi créer de la valeur en France
Une grande partie des produits vendus dans les armureries françaises est aujourd’hui fabriquée à l’étranger. Stéphane d’Adeler estime qu’environ 80 % des produits présents dans une armurerie proviennent de l’international. Pour autant, leur arrivée sur le marché français mobilise de nombreux acteurs. Importation, homologation, démarches administratives, douanes, transport, stockage et distribution représentent autant d’étapes nécessaires avant que le produit puisse être vendu. Les entreprises doivent également composer avec des réglementations qui évoluent régulièrement et avec les contraintes imposées par les banques, les assureurs ou encore les transporteurs. « On a des autorisations administratives préfectorales, ministérielles, pluriministérielles, avec des audits réguliers », rappelle Stéphane d’Adeler. Il souligne également le rôle des douanes dans cette chaîne logistique particulièrement encadrée, avec plusieurs niveaux de contrôles, parfois en doublon ou triplon, très (trop) lourde administrativement. La dynamique des entreprises en est impacter. De grandes simplifications sont possibles, comme dans nos pays voisins, sans impacter le niveau de contrôle nécessaire à nos activités.
Des contraintes logistiques qui pèsent sur les entreprises
Le transport constitue lui aussi une problématique particulière pour les armes et les munitions. Les entreprises doivent respecter des procédures spécifiques et composer avec les contraintes propres aux produits réglementés. Cette complexité peut allonger considérablement les délais entre la sortie d’un produit de son site de production et son arrivée dans une armurerie. Dans un contexte de hausse du coût de l’argent et de tensions sur les prix, cette durée pèse également sur les entreprises qui doivent financer des stocks pendant de longs mois. Stéphane d’Adeler cite notamment le cas des cartouches et des armes, dont les prix ont fortement évolué ces dernières années. Pour lui, ces contraintes montrent que derrière un produit acheté par un chasseur se trouve une chaîne économique longue, composée de fabricants, d’importateurs, de distributeurs, d’armuriers, de sous-traitants et de nombreux prestataires.











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