Savoie : le tireur présumé sur la chasseresse blessée a été identifié

Chasseurs en battue en zone montagneuse

Quelques jours après le grave accident de chasse survenu à Bellecombe-en-Bauges, l’enquête permet d’y voir plus clair. La chasseresse de 53 ans blessée par balle au mollet, dimanche 27 septembre, était mercredi soir toujours hospitalisée et n’avait pas encore pu être entendue par les gendarmes. En revanche, les investigations ont permis d’établir qu’elle ne se serait pas blessée elle-même : un autre chasseur présent lors de la battue a été identifié comme l’auteur présumé du tir et a déjà été auditionné. Un accident qui intervient paradoxalement dans un département où la Fédération des chasseurs multiplie depuis plusieurs années les efforts et les investissements en faveur de la sécurité.

Le tir proviendrait de l’arme d’un autre chasseur

Lorsque nous avions relaté cet accident lundi, les circonstances exactes du tir demeuraient encore inconnues. Les premiers éléments de l’enquête permettent désormais d’écarter l’hypothèse d’un tir que la victime aurait elle-même accidentellement provoqué. Selon les informations recueillies par ICI Pays de Savoie, le projectile qui a atteint la quinquagénaire au mollet provenait de l’arme d’un autre membre de l’équipe de battue présente dimanche matin à Bellecombe-en-Bauges. Le tireur présumé a pu être identifié par les enquêteurs et a déjà été entendu par les gendarmes de la brigade du Châtelard, chargés des investigations. Pour l’heure, rien n’a été communiqué quant à son âge ou son profil. Un point essentiel reste cependant à déterminer : la balle a-t-elle directement atteint la victime ou celle-ci a-t-elle été touchée après un ricochet ? À ce stade de l’enquête, cette question demeure sans réponse.

La victime était toujours hospitalisée mercredi soir

La chasseresse de 53 ans n’a pour sa part pas encore été auditionnée. Toujours hospitalisée mercredi soir, elle avait été grièvement blessée au mollet dimanche matin alors qu’elle évoluait dans une zone escarpée du massif des Bauges. Les secours avaient été alertés peu avant 9 h 30. La configuration particulièrement difficile du terrain avait nécessité l’intervention du groupe montagne des sapeurs-pompiers de Savoie et de Dragon 74, l’hélicoptère de la Sécurité civile. Après avoir reçu les premiers soins sur place, la victime avait été hélitreuillée puis transportée vers le Centre hospitalier Annecy-Genevois. Son pronostic vital n’était pas engagé.

Une enquête pour blessures involontaires

L’enquête a été ouverte sous la qualification de blessures involontaires lors d’une action de chasse par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Cette qualification ne préjuge naturellement pas des conclusions définitives de l’enquête ni d’une éventuelle responsabilité pénale du chasseur entendu. Les investigations devront notamment reconstituer précisément la position des différents participants, la direction du tir, la trajectoire du projectile, la présence éventuelle d’un obstacle susceptible d’avoir provoqué un ricochet et les conditions dans lesquelles le coup de feu a été déclenché. Ces éléments seront déterminants. En matière d’accident de chasse, quelques mètres ou quelques degrés dans une trajectoire peuvent totalement modifier la compréhension d’une scène.

Identification, tir fichant et angles de sécurité

En battue au grand gibier, les règles élémentaires sont pourtant connues et répétées sans relâche : identifier formellement l’animal avant de tirer, connaître la position de ses voisins, respecter ses angles de sécurité et ne déclencher qu’un tir dont la destination finale est parfaitement maîtrisée. Les fameux angles des 30 degrés vise notamment à délimiter les zones dans lesquelles aucun tir ne doit être effectué en direction des chasseurs voisins, des traqueurs, des routes ou de toute autre zone présentant un danger. À cela s’ajoute l’obligation pratique fondamentale du tir fichant : derrière l’animal visé, le projectile doit pouvoir terminer rapidement sa course dans le sol. Dans les reliefs de montagne, cette appréciation réclame une vigilance encore supérieure. Pentes, rochers, vallons et changements brutaux de niveau peuvent compliquer la lecture d’une trajectoire et augmenter le risque de ricochet. Lorsque la destination d’une balle n’est pas certaine, il n’existe qu’une décision acceptable : s’abstenir de tirer.

La FDC de Savoie investit massivement dans la sécurité

Ce dramatique accident ne doit toutefois pas masquer le travail engagé depuis plusieurs années par la Fédération départementale des chasseurs de Savoie en matière de prévention. Quelques jours seulement avant les faits, la FDC 73 inaugurait à Chamousset son école de chasse de Pont-Royal et de nouveaux équipements spécifiquement destinés à l’entraînement et à la sécurité des chasseurs. Le site dispose désormais d’un pas de tir permettant de travailler jusqu’à 100 mètres ainsi que d’un Cinématir. Ce simulateur permet de confronter les chasseurs à différentes situations proches de celles rencontrées sur le terrain, d’analyser leurs tirs, leur position et leurs mouvements, mais aussi de corriger les erreurs avant qu’elles ne soient reproduites avec une arme réelle en action de chasse. L’investissement représente quelque 515 000 euros, dont 250 000 euros financés par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce ne sont donc pas simplement quelques affiches ou rappels théoriques : la sécurité fait désormais l’objet d’infrastructures, de formations et de moyens financiers considérables.

Régler son arme et apprendre à mieux la connaître

La Fédération propose également des séances consacrées au réglage des carabines à 50 et 100 mètres. Durant trois heures, les participants peuvent contrôler leurs armes, aborder des notions de balistique et revoir les consignes de sécurité avec les formateurs. Cette démarche peut paraître élémentaire, mais elle constitue précisément l’un des leviers permettant de réduire les risques. Un chasseur qui connaît parfaitement son arme, son optique, le comportement de ses munitions et ses propres limites sera mieux armé pour renoncer à un tir douteux et comprendre ce qui se passe après le départ du coup. La politique de formation menée en Savoie est d’ailleurs ancienne. Entre 2020 et 2023, plus de 1 600 chasseurs avaient déjà participé aux différentes séances de formation recensées par la Fédération et près de 2 000 avaient accompli leur formation décennale à la sécurité au printemps 2024.

Aucun accident de chasse la saison dernière en Savoie

Et ces efforts semblent produire des résultats. La Fédération départementale rappelle qu’aucun accident de chasse n’avait été enregistré en Savoie durant la saison précédente. L’accident de Bellecombe-en-Bauges constitue donc un rappel particulièrement brutal : même lorsqu’une politique de prévention porte ses fruits, le risque zéro n’existe pas dès lors qu’une arme à feu est utilisée. À l’échelle nationale, les chiffres montrent néanmoins une tendance de fond spectaculaire. L’Office français de la biodiversité a recensé 92 accidents corporels durant la saison 2025-2026, dont quatre mortels. En vingt ans, le nombre d’accidents de chasse a diminué de 49 %. La très grande majorité des victimes sont par ailleurs les chasseurs eux-mêmes.

La sécurité reste un combat permanent

Ce qui s’est produit dimanche à Bellecombe-en-Bauges devra donc être établi avec précision par les enquêteurs. S’il apparaît qu’une règle élémentaire de sécurité n’a pas été respectée, les responsabilités devront évidemment être déterminées. Aucune statistique favorable et aucun effort de formation ne peuvent banaliser la blessure grave d’une personne. Mais l’accident ne doit pas davantage faire oublier le travail considérable engagé par le monde de la chasse pour réduire l’accidentologie. Formation obligatoire, rappels permanents des angles de sécurité, obligation du tir fichant, apprentissage de la manipulation des armes, simulateurs et pas de tir : la prévention s’est profondément renforcée au cours des dernières décennies. La Savoie en fournit justement un exemple particulièrement concret. La saison dernière sans accident et les investissements récents de la FDC 73 démontrent que cette politique produit des résultats, même si l’objectif doit rester le même partout et en permanence : tendre vers zéro accident. L’enquête devra maintenant établir précisément comment cette balle a pu atteindre la chasseresse de 53 ans. En attendant ses conclusions, toute la rédaction de So Chasse renouvelle ses souhaits de prompt rétablissement à la victime.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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