9,3×64 Brenneke : le magnum allemand oublié des chasseurs

9;3x64 Brenneke

Conçu il y a près d’un siècle pour rivaliser avec les grandes cartouches britanniques, le 9,3×64 Brenneke demeure l’un des calibres européens les plus puissants. Capable de développer près de 6 000 joules, il conserve de sérieux arguments pour la chasse du grand gibier lourd. Et si ce géant méconnu avait également sa place dans nos battues ?

Un magnum allemand né en 1927

L’histoire du 9,3×64 Brenneke commence en 1927, lorsque le célèbre ingénieur et fabricant de munitions allemand Wilhelm Brenneke décide de proposer une alternative européenne aux puissantes cartouches britanniques destinées à la chasse du grand gibier africain. À cette époque, le .375 Holland & Holland Magnum, apparu en 1912, s’est déjà forgé une solide réputation auprès des chasseurs de safaris. Mais il nécessite des mécanismes suffisamment longs pour accueillir son imposante cartouche de 91,4 mm de longueur totale. L’ambition de Brenneke est différente : proposer une munition de puissance comparable, capable de fonctionner dans une action Mauser 98 de longueur standard. Le résultat est le 9,3×64, une cartouche à étui sans bourrelet ni ceinture magnum, développée spécifiquement pour exploiter au maximum le potentiel des carabines européennes à verrou. Ce calibre connaîtra une certaine reconnaissance parmi les chasseurs de grand gibier africain, sans toutefois parvenir à concurrencer commercialement le .375 H&H Magnum.

Deux millimètres de plus, mais beaucoup de puissance

À première vue, le 9,3×64 pourrait passer pour une simple évolution du célèbre 9,3×62 Mauser, apparu en 1905. Il n’en est rien. Les deux cartouches utilisent des projectiles de même diamètre, mais leurs étuis possèdent des dimensions sensiblement différentes. Celui du 9,3×64 présente notamment un diamètre de corps plus important, lui conférant une capacité interne supérieure. Il ne s’agit donc absolument pas d’un 9,3×62 dont on aurait simplement allongé l’étui de deux millimètres. Cette différence permet d’utiliser une charge propulsive plus importante et d’atteindre des vitesses nettement supérieures avec des projectiles de poids identique. La pression maximale admissible fixée par la Commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives (CIP) atteint 4 400 bars pour le 9,3×64, contre 3 900 bars pour le 9,3×62.

Les principales caractéristiques du 9,3×64

CaractéristiqueValeur
Création1927
ConcepteurWilhelm Brenneke
Diamètre du projectile9,3 mm (.366)
Longueur de l’étui64 mm
Longueur totale maximale85,60 mm
Pression maximale CIP4 400 bars
Capacité approximative de l’étui5,71 cm³
Type d’étuiÀ gorge, sans ceinture

Ce sont donc deux cartouches distinctes, évidemment non interchangeables, malgré leur apparente proximité.

Une balistique digne des grands magnums

Pour prendre toute la mesure des performances du 9,3×64 Brenneke, intéressons-nous à deux chargements du fabricant allemand utilisant exactement le même projectile TUG de 19 grammes, soit 293 grains. En 9,3×62, cette balle quitte le canon à 740 m/s, contre 785 m/s en 9,3×64. La différence peut paraître modeste, mais elle se traduit immédiatement par une augmentation sensible de l’énergie cinétique.

Comparaison du 9,3×62 et du 9,3×64

Distance9,3×62 vitesse9,3×64 vitesse
0 m740 m/s785 m/s
100 m680 m/s723 m/s
200 m623 m/s664 m/s
300 m569 m/s608 m/s
Distance9,3×62 énergie9,3×64 énergie
0 m5 202 J5 854 J
100 m4 393 J4 966 J
200 m3 687 J4 189 J
300 m3 076 J3 512 J

Données constructeur Brenneke pour les projectiles TUG de 19 grammes. Les vitesses réelles peuvent varier selon la longueur du canon. À projectile identique, le 9,3×64 dispose ainsi d’environ 12,5 % d’énergie supplémentaire à la bouche. Plus intéressant encore, cet avantage se maintient tout au long de la trajectoire. À 300 mètres, le 9,3×64 conserve une énergie supérieure à celle que développent à la bouche plusieurs chargements courants de calibres de chasse européens. Une réserve de puissance considérable pour une cartouche dont la conception approche désormais le siècle.

9,3×62 vs 9;3×64 Brenneke

Peut-il rivaliser avec le .375 H&H Magnum ?

C’était précisément l’ambition de Wilhelm Brenneke lors de la création de sa cartouche. Pour situer le niveau de performances, voici une comparaison avec un chargement manufacturé en .375 H&H Magnum.

Calibre et projectileV0V100V200V300
9,3×62 TUG 293 gr740680623569
9,3×64 TUG 293 gr785723664608
.375 H&H TSX 270 gr800712629552

Vitesses en m/s.

Calibre et projectileE0E100E200E300
9,3×62 TUG 293 gr5 2024 3933 6873 076
9,3×64 TUG 293 gr5 8544 9664 1893 512
.375 H&H TSX 270 gr5 6004 4363 4622 666

Énergies en joules. Valeurs Brenneke pour les deux 9,3 mm et Norma pour le .375 H&H. Le chargement Norma est donné pour un canon de 610 mm ; les données correspondent à des projectiles différents et ne constituent pas un essai comparatif réalisé dans des conditions strictement identiques.

Ces chiffres montrent que le 9,3×64 évolue effectivement dans la catégorie du célèbre magnum britannique. Ils ne signifient cependant pas qu’il surpasse systématiquement le .375 H&H, dont les performances varient considérablement selon les munitions employées, notamment avec les projectiles de 300 grains. Le calibre britannique bénéficie par ailleurs d’un avantage réglementaire important : son diamètre de 9,53 mm satisfait aux exigences minimales imposées pour certains gibiers dangereux dans plusieurs pays africains, là où le 9,3 mm peut être refusé. Une différence qui a probablement contribué à limiter la diffusion internationale du calibre allemand.

.375 Holland & Holland Magnum

Des projectiles jusqu’à 19 grammes et davantage

Le 9,3×64 Brenneke ne se limite pas aux lourdes balles traditionnelles. Le fabricant propose notamment une TOG de 16 grammes, annoncée à 862 m/s, développant 5 954 joules à la bouche. La TUG classique de 19 grammes privilégie davantage la masse du projectile et la pénétration, avec ses 785 m/s et ses 5 854 joules. Enfin, la TUG nature+, sans plomb, utilise un projectile de 14,2 grammes propulsé à 894 m/s, pour une énergie initiale de 5 695 joules. Cette diversité permet d’adapter le comportement terminal de la munition à différents types de grand gibier. La conception du projectile reste évidemment déterminante. Une balle destinée aux animaux massifs doit offrir une expansion maîtrisée tout en conservant une pénétration suffisante. Dans ce domaine, la seule valeur de l’énergie cinétique ne permet pas de prédire à elle seule le résultat d’un tir.

Et pourquoi pas en battue ?

C’est probablement la question que pourraient se poser certains chasseurs français en découvrant les performances de cette munition. Sur le papier, le 9,3×64 Brenneke possède largement les capacités nécessaires pour la chasse de nos plus grands sangliers et des cerfs les plus imposants. Son projectile de gros diamètre, sa masse importante et sa réserve d’énergie en font un calibre parfaitement envisageable pour le grand gibier européen lourd. Il serait toutefois excessif de prétendre qu’une telle puissance est indispensable pour nos battues. Le 9,3×62, le 9,3×74 R et de nombreux autres calibres ont depuis longtemps démontré leur efficacité sur les sangliers et les cervidés, avec des chargements adaptés et des tirs correctement placés. Le principal inconvénient du 9,3×64 réside dans son recul. À poids d’arme comparable, celui-ci sera sensiblement plus marqué qu’avec un 9,3×62, ce qui peut compliquer la remise en ligne de l’arme et l’enchaînement de plusieurs tirs. Autre élément à considérer : la longueur du canon. Le 9,3×64 gagne à être utilisé dans une carabine dotée d’un canon suffisamment long, idéalement autour de 60 à 65 centimètres, afin de valoriser sa capacité propulsive. Dans une arme de battue à canon très court, une partie de cet avantage risque d’être perdue. Reste que pour un chasseur habitué à son recul et disposant d’une carabine bien adaptée, rien n’interdit d’envisager son utilisation en battue sur les grands animaux européens. Ce serait davantage un choix de passionné qu’une nécessité balistique.

Des armes devenues relativement rares

Historiquement, le 9,3×64 Brenneke a notamment été chambré dans différentes carabines à verrou dérivées du système Mauser 98, ainsi que dans certaines productions d’Europe centrale. Le calibre a également été proposé sur des armes plus modernes, mais il n’a jamais bénéficié de la diffusion massive du 9,3×62. Aujourd’hui, le choix de carabines neuves demeure restreint, tout comme celui des munitions manufacturées disponibles chez les armuriers français. Cette confidentialité représente un véritable handicap pratique pour les chasseurs qui souhaiteraient adopter ce calibre. Il faut pouvoir trouver des cartouches, disposer d’un choix suffisant de projectiles et accepter un coût d’utilisation potentiellement supérieur à celui des calibres les plus courants. Le 9,3×62 possède ici un avantage commercial décisif, avec une offre bien plus étendue en armes et en munitions.

Steyr-Mannlicher modèle S chambrée en 9,3×64 Brenneke

Un grand calibre qui mérite de sortir de l’oubli

Près de cent ans après sa création, le 9,3×64 Brenneke reste une remarquable réussite de l’armurerie allemande. Wilhelm Brenneke était parvenu à concevoir une cartouche délivrant des performances proches de celles du .375 H&H Magnum tout en conservant une longueur compatible avec des mécanismes européens moins encombrants. Son manque de succès commercial ne doit donc pas être confondu avec un manque de qualités balistiques. Puissant, capable d’utiliser des projectiles particulièrement lourds et adapté aux grands animaux les plus robustes, ce calibre conserve aujourd’hui un véritable intérêt cynégétique. Pour la chasse européenne, sa puissance excède souvent les besoins habituels. Mais sur les plus grands sangliers et cervidés, notamment à l’approche ou à l’affût, il n’a rien perdu de sa pertinence. Et pour les amateurs de carabines puissantes qui maîtrisent parfaitement leur arme, son utilisation en battue reste une possibilité tout à fait défendable. Le 9,3×64 Brenneke n’est donc pas un calibre dépassé. C’est avant tout un grand classique qui n’a jamais rencontré le succès commercial que ses performances pouvaient laisser espérer.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

2 réponses à « 9,3×64 Brenneke : le magnum allemand oublié des chasseurs »

  1. BUHAGIAR

    Je posséde une Steyr Malincher en 9.3×64 que j’ utilise en battue sur du cervidé.

    Excellent calibre de battue

    Je confectionne moi même mes cartouches et tire même de la blindée sur du chevreuil sans aucun dommage.

    Salutations en Saint Hubert.

  2. Gérard Bailly

    Bonjour et merci pour cet article qui donne un beau coup de projecteur à ce grand calibre. En effet, je possède depuis des années une 9.3×64 Dumoulin. Ce calibre m’a permis de tirer plusieurs buffles et de grandes antilopes en Afrique. Je l’utilise régulièrement en battue en France et je tire des GPA en 11.6 grammes qui me donnent entière satisfaction sur notre gibier. Merci pour la qualité de vos articles.
    En St Hubert

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Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

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