28 Nosler : le 7 mm magnum conçu pour tirer loin

.28 Nosler

Avec son projectile de 7 mm lancé à des vitesses qui viennent sérieusement chatouiller les performances des gros magnums de calibre .30, le .28 Nosler fait partie de ces cartouches américaines encore peu connues des chasseurs français. Né pour les grands espaces, les tirs lointains et les projectiles à fort coefficient balistique, ce puissant calibre n’a pourtant rien d’un simple exercice de style. Homologué par la CIP et proposé dans plusieurs carabines disponibles ou distribuées en Europe, il possède de solides arguments pour l’affût et l’approche.

Une création Nosler née en 2015

Le .28 Nosler a été présenté en 2015, un an après le .26 Nosler, première cartouche entièrement développée sous le nom du fabricant américain. Il constitue le deuxième membre d’une famille qui accueillera ensuite notamment les .30, .33 et .27 Nosler. L’objectif était clair : obtenir les performances d’un très gros magnum tout en maintenant une longueur totale de cartouche compatible avec une action de longueur comparable à celles employées pour le .30-06 Springfield ou le .300 Winchester Magnum. Sa généalogie remonte indirectement au célèbre .404 Jeffery. Le dessin adopté par Nosler passe par la famille du .300 Remington Ultra Magnum, elle-même issue de cette architecture à gros corps sans ceinture. Nosler en a tiré un étui plus court, à forte capacité, doté d’un épaulement très prononcé et d’un bourrelet légèrement plus petit que le diamètre maximal du corps. Contrairement au 7 mm Remington Magnum ou au .300 Winchester Magnum, le .28 Nosler ne possède donc pas de ceinture. Cette conception permet d’emporter une quantité de poudre considérable tout en conservant une longueur totale maximale de 84,84 mm. C’est l’une des clés de la cartouche : beaucoup de volume interne, mais sans atteindre les dimensions hors tout des très longs magnums.

Un véritable 7 mm survitaminé

Le .28 Nosler utilise les projectiles classiques de diamètre .284 pouce, soit environ 7,21 mm. L’étui mesure au maximum 66,04 mm de longueur, pour une cartouche complète pouvant atteindre 84,84 mm. Le corps de l’étui approche 14 mm de diamètre dans sa partie arrière, ce qui donne immédiatement une idée du volume disponible pour la poudre. La CIP fixe sa pression maximale admissible à 4 400 bar. C’est élevé et parfaitement cohérent avec la philosophie de cette munition moderne. Aux États-Unis, la norme SAAMI retient de son côté une pression maximale de 65 000 psi, soit environ 4 480 bar. La CIP a officiellement adopté le .28 Nosler en 2023. Il ne s’agit donc plus d’une curiosité américaine ou d’un calibre exotique dépourvu de normalisation européenne.

Des vitesses de très gros magnum

C’est évidemment sur le plan balistique que le .28 Nosler révèle tout son intérêt. Avec des balles comprises entre 150 et 175 grains, il évolue dans des niveaux de vitesse que le 7 mm Remington Magnum peine à atteindre. Hornady propose par exemple toujours en 2026 une Precision Hunter chargée d’une balle ELD-X de 162 grains. Federal a développé une Terminal Ascent de 155 grains, tandis que Browning commercialise notamment une MaxPoint de 140 grains annoncée à 3 315 fps, soit un peu plus de 1 010 m/s, ainsi qu’une Silver Series de 175 grains donnée pour 3 100 fps, environ 945 m/s. Cette dernière développe plus de 5 000 joules à la bouche malgré un projectile de seulement 11,3 grammes. Le secret est évidemment la vitesse. Nosler reste naturellement très présent avec ses propres chargements, dont une Trophy Grade Long Range équipée de l’AccuBond Long Range de 175 grains. Le fabricant publie par ailleurs des données de rechargement pour des projectiles allant de 120 à 185 grains. Le .28 Nosler n’est donc plus aujourd’hui un calibre alimenté uniquement par Nosler. Hornady, Federal et Browning proposent ou ont développé des chargements manufacturés, même si leur disponibilité réelle chez les armuriers français reste évidemment beaucoup plus limitée que celle d’un .30-06 ou d’un .300 Winchester Magnum.

Des projectiles lourds qui conservent leur vitesse

L’intérêt du calibre n’est d’ailleurs pas seulement de produire un gros chiffre au chronographe. Les projectiles modernes de 7 mm offrent des coefficients balistiques remarquables. Une balle de 162, 168 ou 175 grains bien profilée conserve très bien sa vitesse à longue distance, résiste mieux au vent qu’un projectile plus léger de coefficient balistique inférieur et conserve une énergie importante bien au-delà des distances habituellement rencontrées à la chasse française. C’est précisément la raison pour laquelle le .28 Nosler a rencontré son public auprès des chasseurs américains de wapitis, cerfs ou mouflons évoluant dans de vastes territoires montagneux. Son terrain naturel est le tir précis depuis une position stable, avec télémètre et optique adaptée.

Des canons longs presque indispensables

Tout cela a cependant un prix. Pour exploiter une telle quantité de poudre lente, il faut du canon. La plupart des carabines historiquement chambrées en .28 Nosler utilisent ainsi des tubes de 24 à 26 pouces, soit environ 61 à 66 cm. De nombreux modèles ont même été conçus autour du canon de 26 pouces. Ce choix n’est pas esthétique. Raccourcir fortement le canon ferait perdre une partie de la vitesse qui constitue justement l’intérêt du calibre, tout en conservant une consommation de poudre élevée, une forte détonation et un important souffle à la bouche. Autrement dit, transformer un .28 Nosler en carabine courte de battue n’aurait guère de sens.

Savage et Bergara : le calibre peut se trouver en France

Le .28 Nosler reste rare sous nos latitudes, mais il n’est pas absent du marché européen. Savage a notamment proposé sa carabine 110 Ultralite dans ce calibre, et cette version figure dans la documentation française de l’importateur SIDAM. Elle reçoit un canon carbone de 24 pouces, soit 61 cm, et un magasin de deux cartouches. Avec son poids contenu, cette carabine correspond parfaitement à la philosophie américaine du calibre : une arme légère à transporter en montagne, capable de délivrer une munition à la trajectoire extrêmement tendue lorsque le tir se présente. Bergara constitue une autre piste particulièrement intéressante. La documentation officielle de la marque référence le B-14 Wilderness Ridge en .28 Nosler avec un canon de 26 pouces, soit 66 cm. Bergara disposant désormais de sa propre structure de distribution en France, cette combinaison est beaucoup moins théorique pour un chasseur français qu’elle ne pouvait l’être il y a quelques années. D’autres fabricants américains ont également chambré ou chambrent le calibre, notamment Nosler lui-même, Christensen Arms ou certaines productions spécialisées destinées à la chasse à longue distance. Leur disponibilité en France dépend cependant davantage des importateurs et des commandes particulières.

Certainement pas un calibre de battue

Chez nous, la question de son utilisation mérite d’être clairement posée. Le .28 Nosler peut évidemment tuer un sanglier à 50 mètres. Mais utiliser une cartouche de cette capacité, dans une carabine équipée d’un canon de 61 à 66 cm, pour tirer un animal traversant une ligne à courte distance reviendrait à employer un outil totalement disproportionné par rapport à sa mission. La longueur de l’arme est déjà peu adaptée à une battue en milieu fermé. Les vitesses très élevées peuvent également entraîner des réactions brutales sur certains projectiles à courte distance, tandis que le souffle et le niveau sonore sont importants. Le .28 Nosler doit donc être envisagé pour ce qu’il est réellement : une munition d’affût et surtout d’approche destinée aux chasseurs recherchant une trajectoire très tendue, une excellente tenue au vent et une énergie importante à grande distance. Dans une grande plaine, en montagne ou sur un territoire où les tirs peuvent se présenter loin, il prend tout son sens.

Le revers de la médaille

Il n’existe évidemment pas de miracle balistique. Pour obtenir de telles performances avec un projectile de 7 mm, le .28 Nosler brûle beaucoup de poudre et fonctionne à très haute pression. La température de la chambre et de la prise de rayures grimpe rapidement lors de séries de tirs répétées. La durée de vie utile d’un canon peut donc être sensiblement inférieure à celle obtenue avec des calibres moins surdimensionnés comme le 7×64 ou même le 7 mm Remington Magnum. Pour une carabine exclusivement consacrée à la chasse, avec quelques tirs de réglage et quelques cartouches tirées chaque saison, ce phénomène reste cependant beaucoup moins problématique que pour un tireur qui enchaînerait des centaines de coups au stand. Le recul n’est pas non plus négligeable. Malgré le diamètre relativement réduit du projectile, la masse de poudre propulsée est considérable. Les freins de bouche sont donc fréquents sur les carabines chambrées dans ce calibre.

Face au 7 mm Remington Magnum et au 7 mm PRC

Pour situer réellement le .28 Nosler, le plus parlant est de le comparer à deux références incontournables du 7 mm moderne : le 7 mm Remington Magnum et le 7 mm PRC. Nous avons retenu dans les trois cas un projectile Nosler AccuBond Long Range de 175 grains, affichant un coefficient balistique G1 de 0,648. Les vitesses de départ proviennent des tables officielles Nosler, tandis que les valeurs à 100, 200 et 300 mètres ont été calculées à partir de ces vitesses initiales et du coefficient balistique du projectile.

CalibreProjectileCanon d’essai0 m100 m200 m300 m
7 mm Remington MagnumABLR 175 gr61 cm905 m/s – 4 646 J857 m/s – 4 161 J810 m/s – 3 717 J764 m/s – 3 312 J
7 mm PRCABLR 175 gr61 cm933 m/s – 4 936 J883 m/s – 4 424 J835 m/s – 3 958 J789 m/s – 3 532 J
.28 NoslerABLR 175 gr66 cm979 m/s – 5 431 J927 m/s – 4 875 J878 m/s – 4 369 J830 m/s – 3 907 J

Le tableau montre immédiatement l’avantage du .28 Nosler en vitesse et en énergie, mais il faut apporter une précision importante : les trois cartouches ne sont pas testées avec la même longueur de canon. Nosler utilise un tube de 61 cm pour le 7 mm Remington Magnum et le 7 mm PRC, contre 66 cm pour le .28 Nosler. Ces cinq centimètres supplémentaires permettent au .28 Nosler de mieux exploiter sa forte charge de poudre lente et participent nécessairement à l’écart observé. À longueur de canon identique, le 7 mm Remington Magnum gagnerait lui aussi quelques mètres par seconde, tout comme le 7 mm PRC. Il serait cependant hasardeux d’appliquer une règle fixe de gain par centimètre de canon : la variation dépend du chargement, de la poudre utilisée, de la chambre et du tube lui-même. Il est donc préférable de conserver ici les données officielles Nosler telles qu’elles sont publiées plutôt que de présenter des vitesses extrapolées comme des mesures réelles.

Cette réserve ne remet toutefois pas en cause la hiérarchie générale. Le 7 mm Remington Magnum reste très performant, avec une balle de 175 grains encore animée d’environ 764 m/s à 300 mètres. Le 7 mm PRC prend une avance sensible et conserve près de 3 530 joules à cette distance. Le .28 Nosler reste devant avec environ 830 m/s et près de 3 900 joules à 300 mètres. L’écart serait donc un peu moins important si les trois calibres étaient tirés dans des canons de 66 cm, mais le .28 Nosler conserverait très vraisemblablement son avantage grâce à son étui plus volumineux et à la quantité supérieure de poudre qu’il peut exploiter. C’est précisément sa philosophie : obtenir le maximum de vitesse possible avec les projectiles lourds de 7 mm, au prix d’une consommation de poudre supérieure, d’un recul plus marqué et d’une dépendance beaucoup plus forte aux canons longs.

Un calibre spécialisé mais loin d’être inutile

Le .28 Nosler ne remplacera évidemment jamais le 7×64, le .30-06 Springfield ou le .300 Winchester Magnum dans les râteliers français. Il coûte plus cher à alimenter, les munitions sont moins faciles à trouver et les armes disponibles restent peu nombreuses. Mais le réduire à une simple extravagance américaine serait une erreur. Pour un chasseur pratiquant essentiellement l’approche ou l’affût, utilisant une carabine à verrou à canon long et souhaitant disposer d’une trajectoire extrêmement tendue avec des projectiles lourds et aérodynamiques, le .28 Nosler constitue une cartouche techniquement très aboutie. Inutile en battue ? Très probablement. Mais dans une carabine d’approche équipée d’un canon de 61 ou 66 cm et d’une bonne optique ? Là, en revanche, le .28 Nosler commence à devenir sacrément intéressant.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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