1917, la fine fleur de la jeunesse ouvrière et paysanne européenne, commandée par des généraux et politiciens souvent incompétents et imbéciles, s’étripe allègrement dans les tranchées des champs de batailles depuis 3 ans, l’empire Russe vit ses derniers instants, les USA entrent en guerre…Un monde meurt un autre se prépare à naître. En Allemagne Wilhelm Brenneke, qui n’a rien d’autre à faire, termine la mise au point de ce qui va devenir une de plus efficaces cartouches de chasse en Europe : le 7×64 Brenneke. On se demande comment dans une période si noire un inventeur ait pu se consacrer au développement d’une munition de chasse?
Historique succinct
La défaite de l’Allemagne, la révolution et l’occupation du pays par les alliés (français surtout) qui contrôlent toutes les activités armurières, limite voir interdit sa diffusion jusqu’à la fin des années 20. Puis il s’installe dans le paysage cynégétique allemand sans éclipser le 7×57 ou le 6,5×57. On la retrouve en Afrique à côté de la 9,3×62 où il contribue l’apport de protéines. Chargée par DWM avec une demi blindée de 11,2g connaît le succès sur les antilopes, zèbres et léopards. Développé à l’origine pour les gibiers européens : cerfs, sangliers, chevreuils, chamois, il gagne ses lettres de noblesse dans les années 50 en Allemagne, en Autriche et se répand chez nous par l’est du pays qui apporte la culture cynégétique et le tir des ongulés à la carabine au reste de la France. Il est peu répandu chez les Scandinaves. L’interdiction de la chevrotine oblige les chasseurs à changer de matériel: les carabines sur base de Mauser 98, efficaces, peu onéreuses, couplées à notre législation débile qui interdit les « calibres de guerre » contribuent à son succès. Efficace, moins brutal, moins onéreux que le 9,3×62, le 7×64 devient le calibre le plus utilisé chez nous. Les semi-automatiques en 280 Rem, 300 Win Mag, 35 Whelen vont lui faire perdre du terrain. L’arrivée tardives des Verney-Carron, Browning, HK et Benelli chambrées pour cette vieille dame lui redonne un second souffle.
Depuis 40 ans il décline dans son pays d’origine où le 30-06, ironie de l’histoire, est le plus utilisé ainsi que dans toute l’Europe et la France en particulier, elle qui en fut certainement l’utilisateur le plus important. Aux USA il est quasi inconnu hormis de quelques spécialistes ou d’américains ayant vécu ou servi en Europe ou en Afrique. En France, depuis 2013 et la « libéralisation » des munitions « de guerre » il est remplacé par le 30-06, victime du marketing et du mythe du « vainqueur ». Aujourd’hui, le 308 Winchester qui pointe son nez et le 7mm Rem Mag lui enlèvent encore des parts de marché.

Un peu de technique en 1917
Brenneke veut améliorer les performances de la 7×57. En utilisant sa 8c64 de 1912 il augmente le volume utile de l’étui, dont la longueur passe de 57 à 64mm. On peut toutefois se demander pourquoi il a choisi un diamètre de culot et de corps d’étui légèrement plus faible que le standard Mauser pour ses munitions… Il se peut qu’il ait voulu apporter sa marque de fabrique. Toujours est-il, le 7×64 est bien supérieur au 7×57 sur tous les plans. Le 7×64 Brenneke est un calibre qui se comporte de façon optimum avec des poids de balles de l’ordre de 9 à 10,4 grammes. Toutefois les balles lourdes comme la Brenneke TIG ou les balles suédoises ou américaines de 11g à 11,5g lui ont apporté le succès en battue et restent d’actualité pour les cerfs, les sangliers ainsi qu’élans et autres ours.

Les chargements qui ont fait et font le 7×64
Chargé par tous les grands noms de la cartouche ou presque, américains inclus, le 7×64 doit son succès initial aux maisons Brenneke et RWS. Pendant des décennies la TIG conçue et améliorée par Brenneke était la référence pour le 7×64. Beaucoup de d’utilisateurs ne veulent toujours pas entendre parler d’autre chose. Elle est aussi disponible en 10,4g. La H Mantel de 11,2g, plus fabriquée, controversée sans motif réel par l’ANCGG et l’UNUCR, lui a donné de beaux résultats y compris en Afrique sur les léopards, tout comme la KS qui fit sa réputation en montagne. Aujourd’hui RWS offre l’Evo Green et la Speed Tip Pro, balles polyvalentes, onéreuses mais extrêmement efficaces. De 0 à 300m à longueur de canon égal elles enterrent les 30-06 équivalentes en termes de balistique de vol sans souffrir de la comparaison en terme de balistique terminale. Norma charge 5 projectiles différents, de la Plastic Point et la Vulkan de 11g à la Bondstrike de 10,7g en passant par la Tipstrike et l’Ecostrike, Norma couvre tous les besoins du chasseur européen. En 2026 l’Oryx pourtant remarquable en terme de performance n’est plus au catalogue en 7×64.
Seul regret la HIT qui a remplacé l’Ecostrike originale. L’Evostrike n’est autre qu’une Evo Green RWS renommée. Mes préférées sont l’Evostrike et la Tipstrike. Sako, le finlandais de la Holding Beretta propose deux balles, la Gameking de 7,8g pour l’approche, la montagne et les gibiers légers. L’Hammerhead de 11g à noyau soudé pour la battue et les gibiers lourds, dont les élans et gros sangliers sa tenue est très bonne avec une excellente pénétration. Sako la déconseille pour les chevreuils car elle n’expanse pas bien sauf à taper les os.

Lapua dispose d’une très bonne Naturalis de 10,2g en cuivre presque pur. Pour ceux qui rechargent les étuis sont certainement les meilleurs du monde. Sellier&Bellot offre pas moins de 9 chargements. On retiendra la HPC de 10,2 grammes, la SBT dotée d’une précise Sierra GK de 11,4grammes ainsi que 3 balles en alliage cuivreux, les XRG et TXRG et depuis 2024 de la Cutting Edge. Une balle originale, précise, fiable et extrêmement efficace qui reprend le profil de la SPCE.
Bien placée en prix, plus polyvalente que la Geco Star c’est une option à considérer si on veut tirer « écolo ». Il ne faut pas la confondre avec les balles de la marque US Cutting Edge qui n’ont rien à voir. Sologne propose ses GPA de 8g et 9,7g qu’on ne présente plus si ce n’est pour dire qu’elles ne sont pas plus dangereuses que toutes les autres balles n’en déplaise à certains ayatollahs de diverses associations. Depuis 2024, la GPA2 une version remaniée pour répondre à la demande de balles plus aérodynamiques est disponible. Dotée d’une coiffe en polycarbonate et d’une ogive modifiée cette balle gagne en polyvalence bien que les autres n’aient jamais été à la traine. Sauvestre, qui vient d’être racheté par Rivolier propose deux FIP. La FIP battue monte une balle de 9,55g bimétallique dont la flèche portée assure pénétration et expansion contrôlée importante. Son efficacité est remarquable. La FIP approche de 9,4g, plus aérodynamique, très précise, est prévue pour « champignonner » sur une plus grande plage de vitesse. Il existe aussi des chargements qui peuvent satisfaire tout un chacun chez Blaser, Geco, PPU.

Geco et surtout PPU se distinguent par un excellent rapport qualité prix qui retient l’intérêt de celui dont le budget est limité ou qui tire beaucoup surtout en cette période de vaches maigres. Avant la chute de Remington ce fabricant proposait trois chargements. Aujourd’hui il reste la 140gr Core Lokt, bonne munition pour l’approche et l’affût à prix modéré. On peut encore trouver des 175gr Core Lokt ou Swift chez certains revendeurs.
Winchester charge toujours une classique PP de 162gr. Polyvalente et abordable, sans chichis elle fait ce qu’on lui demande et ses performances sont intéressantes. Hornady est le fabricant US qui fait le plus d’effort sur le marché européen avec son ECX en cuivre. Hornady a modifié l’ogive de sa balle CX afin de l’adapter au profil des chambres des anciennes carabines européennes. La coiffe en poly carbonate est aplatie. On trouve toujours des chargements à balles SST et GMX.
Le 7×64 se recharge facilement, il a une préférence pour les poudres de vivacité moyenne à lent en fonction du poids et de la structure des balles. Pour rappel, la vitesse initiale tabulaire de la 7×64 se situe entre 790 et plus de 950m/s en fonction des balles et chargements employés. Avec les plus aérodynamiques des balles de 7mm c’est une redoutable munition pour la chasse en montagne qui rend peu de terrain au 7 Rem Mag dans le monde réel. Les décennies d’utilisation de cette cartouche sur tous les continents, la classent comme valeur sûre.

Conclusion
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le 7×64 mais il faut retenir qu’il fait tout ce que fait le 30-06 trop vanté par le marketing. En fait si on compare des balles semblables à densité de section proche il fait souvent mieux que lui dans de nombreux chargements, surtout si on doit tirer au delà des 200 mètres. Trop vite enterré en 2013 lors de la légalisation du 30-06 par les services commerciaux et le mythe entourant la cartouche US, il reste une valeur sure pour toutes nos chasses hexagonales et pas qu’elles.
La cartouche de 7x65R, une jeunette à bourrelet
Que les féministes et bien pensantes m’excusent pour le titre…
A la chasse ou lors du choix d’une carabine ou d’une cartouche, si on fait fi des annonces et du marketing, l’objectif laisse souvent la place au subjectif. Parfois les deux se révèlent justes ou se combinent et c’est la naissance d’une histoire. Mon histoire d’amour avec le 7x65R vient d’une rencontre avec une Merkel K1, puis d’une histoire avec une Zanardini Koenig, une expérience de 28 ans sur le terrain et une longue liste de succès qui frise les 100% sur tous les gibiers européens (sauf ours et bouquetin) et cerfs de Virginie. Seule une balle d’apophyse sur un sanglier vosgien, qui fut tué la semaine suivante m’interdit le score parfait. Créé par Brenneke autour de 1917, le 7x65R est la version à bourrelet à quelques détails près du fameux 7×64.
Chargé en usine à des pressions plus basses (3800 bar) que la cartouche à gorge (4150bar) ce choix ne se justifie plus dans les armes basculantes modernes mais les fabricants sont coincés par les immuables normes CIP. Même si les chargements usines ne paraissent pas impressionnants face à un 7mm Rem Mag par exemple, la cartouche de 7x65R offre l’avantage du bourrelet pour une extraction sans faille dans ces armes qui n’offrent pas d’extraction primaire associé à une précision de très bon à excellent niveau et d’une puissance largement suffisante.

Bien entendu comme toujours il convient de déterminer ce qui va le mieux pour votre arme et votre chasse, qu’elles soient exclusives ou variées. La gamme de munitions, sans être aussi importante que celle du 7×64 ou du redondant 30-06 dont on nous rebat les oreilles depuis dix ans, permet de trouver sans problème chaussure à son pied quelque soit le gibier recherché avec des poids de balles allant de 8g à 11,5g, de la plus simple des chemisées blindées traditionnelles aux plus complexes des double noyau, arrière fuyant et coiffe balistique colorée en passant par les chargements écolos sans plomb.
Certains chasseurs lui reprochent un recul un peu sec mais vantent ensuite la douceur du 7mm Rem Mag…Quand le subjectif efface les lois de la physique. En fait même dans une très légère Merkel K1 le recul est facilement gérable y compris lors des tirs sous un angle prononcé. Lorsqu’on parle approche, aujourd’hui on pense surtout au tir d’été du brocard voir celui du renard. Pour une majorité de chasseurs (surtout ceux qui ne le chassent pas assez) le brocard est un animal léger et fragile pour lequel le 243 Winchester (voir un 222 Rem) suffit tout comme il convient au tir des chamois et isards. Ce qui est parfaitement valable mais assez réducteur car tôt ou tard on en vient à tenter un tir un peu scabreux.
Il doit y avoir des raisons pour que les 6mm soient réservés aux chevreuils dans toute l’Europe du nord et en Allemagne et de plus en plus déconseillés au Royaume Uni sauf pour les chevreuils et renards. La multiplication des sangliers et leur tir, souvent autorisé lors de la chasse d’été, mérite une munition un peu plus « conséquente » sans qu’on soit obligé de lancer des obus. Lorsqu’on a aussi la possibilité de chasser des grands cervidés, le supplément de « patate » et le plus grand diamètre de la 7x65R sont des avantages à ne pas négliger.
Après avoir utilisé les premières Oryx de 11g avec lesquelles j’ai proprement abattu en chasse individuelle ou collective des gibiers pesant jusqu’à 400kg je suis passé au rechargement avec deux balles Nosler de 9,7g, la Ballistic Tip et la Partition qui fut ma favorite. Pas la plus aérodynamique des balles et théoriquement moins précise que la BT cette balle groupait et groupe toujours 3 coups dans ½ à ¾ de moa avec ma carabine et une lunette S&B 4×36. Les données de chargements ne me convenant pas j’ai développé une charge qui me permet de pousser la Partition à 870m/s sans risque ni aucune surpression. A cette vitesse avec mon zéro à 200m j’ai +5,5cm à 125m pour -10cm à 250m et -24cm à 300m; avec près de 2400j à 250m et 2200j à 300m la Nosler avec son expansion brutale et sa chemise cloisonnée travaille remarquablement. En vérifiant mes données je vois que je n’en ai récupéré que 5 sur la cinquantaine de tirs étudiés.
Comme ça devient la galère pour trouver certains éléments de chargement et que j’emploie aussi d’autres carabines et calibres pour la chasse j’ai choisi un autre chargement. La Norma Tip Strike présentée comme balle de battue est remarquablement polyvalente, combinant excellente précision, expansion rapide mais contrôlée et une pénétration fiable. Annoncée à 850m/s la Tip Strike pèse 10,4g, son noyau est bloqué par un anneau interne un peu comme l’Interlock d’Hornady. Sans « boat tail » prononcé elle tient bien à l’impact aux vitesses élevées et garantit une bonne pénétration. Dans ma carabine avec un réglage à 200m elle s’élève juste en dessous des 6cm à la distance de 125m. Pas un problème même avec le chevreuil dont la zone vitale fait plus de 12cm de diamètre.
A 300 mètres il reste près de 2400 joules pour moins de 25cm de chute et une dérive de 21cm pour un vent plein effet de 18km/h. Pour tous ceux qui croient encore que le 30-06 est le « meilleur », ce chargement fait un peu mieux que la Tip Strike de 11g du calibre américain avec lequel j’ai fait tirer des béliers et chamois à plus de 300m. La Tip Strike que j’ai tirée et faites tirer à l’approche, en billebaude et à l’affût dans les calibres 308, 7-08, 7×64/65R et 30-06 n’a jamais requis un second tir.
Conclusion
Bien qu’il existe d’autres munitions plus modernes et théoriquement mieux adaptées à la chasse d’été, les deux vieilles cartouches de Wilhelm Brenneke restent toujours des standards sur lesquels le chasseur peut compter que ce soit pour le chevreuil et le renard ou pour le plus grand des sangliers de rencontre et tous les grands gibiers tirés en approche ou à l’affut. Si vous cherchez une munition polyvalente pour la chasse individuelle, en fonction de votre type d’arme, vous pourrez toujours compter sur ces deux centenaires.












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