Alors que les armées du monde entier cherchent encore la parade idéale face à la menace des drones, une tendance de fond se dessine : le retour à des principes balistiques bien connus… des chasseurs. Après le retour du fusil calibre 12 sur le terrain, c’est désormais la munition pour fusil d’assaut elle-même qui évolue dans cette direction.
Des fusils d’assaut qui tirent comme des fusils de chasse
L’annonce du groupe Kalashnikov Concern marque une nouvelle étape dans cette adaptation. Le fabricant russe a en effet développé une munition de calibre 5,45 x 39 mm capable de se fragmenter à la sortie du canon pour créer un cône de dispersion. Autrement dit, le principe est simple : au lieu d’une balle unique devant atteindre une cible minuscule et rapide, le tir génère plusieurs projectiles, augmentant mécaniquement les chances d’interception.
Un fonctionnement qui rappelle immédiatement celui d’une cartouche de chasse, notamment en chevrotine ou en plombs, utilisée depuis des décennies pour le tir du gibier en mouvement. La différence ? Cette logique est désormais intégrée directement dans un fusil d’assaut comme l’AK-12, ultime version de l’AK-74, lui même dérivé des légendaires AK-47 et AK-M, transformant chaque soldat en tireur anti-drone de proximité.
Une logique déjà éprouvée sur le terrain
Ce développement n’a rien d’un hasard. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les combattants des deux camps expérimentent des solutions empiriques pour faire face aux drones. On a ainsi vu apparaître des bricolages de fortune, notamment côté russe, avec des munitions artisanales remplies de billes d’acier. Une adaptation directe du principe du fusil de chasse, transposé à des armes militaires classiques. Face à des drones rapides, extrêmement maniables, évoluant à basse altitude, la précision pure ne suffit plus. Il faut saturer l’espace. Et dans ce domaine, les chasseurs ont une longueur d’avance depuis longtemps.
Une course mondiale à la munition anti-drone
La Russie n’est d’ailleurs pas seule sur ce créneau. L’Ukraine développe sa propre munition, la déjà célèbre Horoshok, en 5,56 x 45 mm (.223 Remington), capable de se fragmenter après une certaine distance afin de conserver une précision initiale avant dispersion. Une approche différente, mais toujours basée sur le même principe fondamental : multiplier les projectiles pour augmenter la probabilité d’impact.
Outre-Atlantique, la United States Navy travaille également sur des solutions similaires, tandis que plusieurs industriels européens explorent des munitions à fragmentation adaptées aux petits calibres. Des groupes comme Thales Group vont encore plus loin, en développant des roquettes remplies de billes métalliques destinées à créer de véritables “nuages” destructeurs face aux drones de plus grande taille.
Du marais à la tranchée, une même logique
Ce que révèle cette évolution est frappant : la guerre moderne redécouvre des principes que les chasseurs appliquent depuis toujours. Tir sur cible mobile, anticipation de trajectoire, utilisation de la dispersion… autant de fondamentaux parfaitement maîtrisés dans le monde cynégétique. Qu’il s’agisse du calibre 12 utilisé par l’armée française ou de ces nouvelles munitions militaires inspirées des cartouches de chasse, une évidence s’impose : face à des menaces rapides et imprévisibles, la multiplication des projectiles reste l’une des réponses les plus efficaces.
Les chasseurs, des précurseurs
Dans un monde militaire souvent présenté comme ultra-technologique, ce retour à des solutions simples et éprouvées a quelque chose d’ironiquement logique. Avant les ingénieurs, avant les industriels, ce sont bien souvent les chasseurs qui ont expérimenté ces techniques sur le terrain, génération après génération.
Aujourd’hui, alors que les drones redéfinissent les règles du combat, l’infanterie redécouvre une vérité ancienne : parfois, pour toucher une cible difficile à atteindre par sa mobilité, mieux vaut une gerbe qu’une balle. Et sur ce point, le monde de la chasse n’a jamais eu de leçon à recevoir et prouve encore aujourd’hui qu’elle a même à en donner….












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