Un jeune lièvre présentant d’étonnantes marques blanchâtres sur le dos a été prélevé le 26 septembre dernier à Nomain, dans le Nord. Photographié par un technicien de la Fédération départementale des chasseurs à l’occasion d’une opération scientifique, cet animal à la robe inhabituelle soulève une question : quelle anomalie peut expliquer une telle dépigmentation ?
Une étrange découverte dans le Nord
C’est une observation pour le moins inhabituelle qu’a réalisée Quentin Lecoeuvre, coordinateur départemental petit gibier à la Fédération des chasseurs du Nord (FDC59). Le samedi 26 septembre, à Nomain, un chasseur a prélevé un jeune lièvre brun dont le pelage présentait une particularité immédiatement visible. Sur son dos, la robe habituellement fauve et brunâtre était parsemée de nombreuses zones blanchâtres ou gris clair, donnant à l’animal l’apparence d’un vieux lièvre grisonnant. Une singularité d’autant plus étonnante que la tête de l’animal semblait conserver une coloration habituelle. La Fédération a partagé une photographie de ce spécimen sur ses réseaux sociaux, tout en avançant plusieurs hypothèses susceptibles d’expliquer cette coloration.
Le leucisme partiel, une première explication
La première piste évoquée par la FDC59 est celle du leucisme partiel, une anomalie de pigmentation rencontrée chez différentes espèces animales. Le leucisme désigne une réduction ou une absence de pigmentation touchant certaines parties du corps, voire parfois presque tout le pelage. Contrairement à l’albinisme complet, il ne s’accompagne pas nécessairement d’une dépigmentation des yeux. Les animaux concernés peuvent donc conserver leurs couleurs habituelles sur une partie du corps, tandis que d’autres régions présentent des poils blancs ou anormalement clairs. Chez le lièvre découvert à Nomain, la répartition irrégulière des zones grisonnantes pourrait correspondre à une anomalie de ce type. Le piébaldisme, une anomalie génétique caractérisée par la présence de plages dépigmentées, constitue une autre possibilité. Toutefois, les marques observées sur l’animal semblent relativement diffuses, avec un mélange de poils clairs et foncés plutôt que de grandes taches nettement délimitées. Il serait donc prématuré de retenir définitivement l’une ou l’autre de ces explications.
D’autres phénomènes peuvent modifier la couleur des poils
La génétique n’est pas la seule cause possible d’une dépigmentation localisée. Chez les mammifères, certaines atteintes des follicules pileux peuvent également provoquer la repousse de poils dépourvus de leur pigmentation habituelle. Des anomalies acquises de pigmentation, notamment après une inflammation ou une lésion cutanée, peuvent produire des zones blanchâtres. La mue constitue également un phénomène susceptible de modifier temporairement l’aspect du pelage, même si elle n’explique pas nécessairement les marques particulièrement visibles de cet animal. Il faut aussi rappeler que le lièvre brun d’Europe, contrairement au lièvre variable des régions montagneuses et nordiques, ne revêt pas normalement une robe blanche hivernale. En l’absence d’examen complémentaire du pelage et de la peau, l’origine exacte de cette coloration demeure donc incertaine. Une chose est néanmoins acquise : cette particularité ne permet pas, à elle seule, d’affirmer que l’animal était malade.
Une découverte réalisée pendant une étude scientifique
Cette observation a été effectuée à l’occasion d’une opération de récolte des cristallins organisée par la Fédération des chasseurs du Nord dont nous nous étions récemment fait l’écho. Cette collecte poursuit un objectif bien précis : améliorer la connaissance des populations de lièvres du département. Le cristallin, petite lentille naturelle située à l’intérieur de l’œil, présente en effet une particularité intéressante. Sa masse augmente avec l’âge, ce qui permet, après préparation et pesée en laboratoire, d’estimer la classe d’âge d’un animal. En étudiant les cristallins des lièvres prélevés pendant la saison, les techniciens peuvent notamment mesurer la proportion de jeunes et d’adultes. Ces informations constituent des indicateurs précieux pour apprécier le succès de la reproduction et orienter les mesures de gestion cynégétique. Lors de la campagne 2025, les analyses réalisées dans le Nord avaient ainsi révélé que 55 % des animaux étudiés étaient des jeunes de l’année. Pour la saison 2026, la FDC59 s’est fixé pour objectif de collecter 1 500 paires d’yeux. Les résultats doivent contribuer à améliorer les connaissances sur la dynamique des populations et à ajuster les attributions dans le cadre du futur Plan de gestion cynégétique approuvé.
Les chasseurs, observateurs privilégiés de la faune
Le cas de ce jeune lièvre au pelage grisonnant illustre une autre dimension du travail des chasseurs et de leurs fédérations : l’observation régulière de la faune sauvage. Au-delà des prélèvements, les informations recueillies sur les animaux permettent de documenter des particularités morphologiques, de suivre l’état des populations et parfois de signaler des phénomènes inhabituels. La découverte de Nomain n’a pas encore livré tous ses secrets. Le leucisme partiel reste une explication plausible, mais seule une analyse plus approfondie pourrait confirmer la cause de cette coloration. En partageant cette photographie, la Fédération des chasseurs du Nord invite d’ailleurs les chasseurs et les autres observateurs de la nature à signaler d’éventuels cas comparables. Une façon de rappeler que la connaissance du gibier progresse aussi grâce aux observations réalisées quotidiennement sur le terrain.












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