Développé pour conserver une énergie élevée dans les carabines à canon court, le 8,5×55 Blaser bouscule les habitudes des chasseurs de grand gibier. Avec des balles de 139 à 230 grains et jusqu’à 5 000 joules à la bouche, ce calibre récent possède de sérieux arguments face aux références traditionnelles de la battue.
Un calibre né des nouvelles exigences des chasseurs
Pendant des décennies, les fabricants de munitions de grande chasse ont principalement recherché davantage de vitesse, d’énergie et de portée. Cette course à la performance s’est souvent accompagnée de l’utilisation d’étuis volumineux et de canons relativement longs, nécessaires pour exploiter convenablement les chargements magnum. Mais les habitudes des chasseurs européens ont évolué. Les carabines compactes sont devenues particulièrement appréciées en battue, tandis que l’utilisation des modérateurs de son s’est progressivement développée. Or, ajouter un modérateur à une arme déjà équipée d’un canon de 60 ou 65 cm peut rapidement compromettre sa maniabilité. C’est dans ce contexte que Blaser a développé le 8,5×55, un calibre moderne spécifiquement destiné aux canons courts. Homologuée par la Commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives (CIP) le 22 mai 2019, cette cartouche s’inscrit dans une philosophie différente de celle des magnums traditionnels : conserver des performances élevées sans imposer une longueur de canon excessive. L’objectif n’était donc pas simplement de créer un nouveau calibre puissant, mais d’adapter la munition à l’évolution des armes et des pratiques cynégétiques. C’est la même philosophie, mais avec quelques années d’avance sur lui, que le 7 mm Backcountry, développé par Federal en 2025, que nous vous avions présenté il y a quelques semaines.
Un étui compact et une pression élevée
Le 8,5×55 Blaser utilise un projectile d’un diamètre réel de 8,59 mm, soit .338 pouce dans la nomenclature anglo-saxonne. Il appartient donc à la même famille de diamètre que les célèbres .338 Winchester Magnum et .338 Lapua Magnum, sans pour autant partager leur architecture ni leur vocation. Son étui mesure 54,70 mm de longueur, tandis que la longueur totale maximale de la cartouche atteint 75,84 mm. Cette compacité permet son utilisation dans des mécanismes adaptés, sans nécessiter les longues actions généralement associées aux magnums classiques. La pression maximale admissible fixée par la CIP atteint 4 300 bars, une valeur élevée qui participe au rendement de cette munition. Ses principales caractéristiques techniques sont les suivantes :
| Caractéristique | 8,5×55 Blaser |
|---|---|
| Homologation CIP | 22 mai 2019 |
| Diamètre du projectile | 8,59 mm (.338″) |
| Longueur maximale de l’étui | 54,70 mm |
| Longueur totale maximale | 75,84 mm |
| Diamètre maximal du corps de l’étui | 13,84 mm |
| Pression maximale CIP | 4 300 bars |
| Poids des projectiles documentés | 139 à 230 grains |
| Longueur de canon privilégiée | 47 à 50 cm environ |
Cette géométrie associe un étui relativement court et volumineux à un projectile de gros diamètre. Elle permet de conserver des performances de catégorie magnum dans une arme compacte. Blaser a également travaillé sur la géométrie interne de la cartouche et sur l’adaptation de ses chargements aux canons courts. Le fabricant recherche notamment une combustion compatible avec l’utilisation d’un modérateur de son, sans prétendre pour autant supprimer totalement les pertes de vitesse liées au raccourcissement du canon.
Jusqu’à 5 000 joules à la bouche
Les performances annoncées par Blaser montrent immédiatement que ce calibre n’a rien d’une munition intermédiaire. La gamme historique comprend des projectiles allant de 139 à 230 grains, avec des constructions adaptées à différents usages cynégétiques. Les chargements légers privilégient la vitesse et la trajectoire, tandis que les balles lourdes recherchent davantage de masse et de pénétration. Voici les performances publiées par le fabricant :
| Projectile | Vitesse initiale | Énergie initiale | Énergie à 200 m |
|---|---|---|---|
| SAX 139 gr | 1 030 m/s | 4 775 J | 2 968 J |
| Barnes TTSX 160 gr | 940 m/s | 4 597 J | 2 976 J |
| Nosler AccuBond 180 gr | 900 m/s | 4 741 J | 3 163 J |
| Norma Softpoint 210 gr | 840 m/s | 4 800 J | 3 181 J |
| Norma Oryx 230 gr | 820 m/s | 5 012 J | 3 305 J |
Ces données constructeur montrent l’extrême polyvalence recherchée. Avec une balle légère SAX, le 8,5×55 dépasse les 1 000 m/s à la bouche. À l’opposé, le chargement Norma Oryx propulse une balle de 14,9 grammes à 820 m/s, avec une énergie annoncée supérieure à 5 000 joules. À 200 mètres, cette dernière conserve encore 3 305 joules selon les tables Blaser, un niveau particulièrement intéressant pour le grand gibier européen. Il convient toutefois de rappeler que ces valeurs sont issues de tableaux balistiques constructeur. Elles ne constituent pas une garantie de vitesse dans toutes les armes, en particulier lorsque les longueurs de canon diffèrent. La vitesse réelle dépend notamment du chargement, de la longueur du canon et des caractéristiques propres à chaque arme.
Des trajectoires étonnamment tendues
Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son diamètre important, le 8,5×55 Blaser n’est absolument pas cantonné aux courtes distances. Avec un réglage à 100 mètres, Blaser annonce une chute de 9,7 cm à 200 mètres pour la Barnes TTSX de 160 grains. La Nosler AccuBond de 180 grains accuse 10,8 cm à la même distance, tandis que la Norma Oryx de 230 grains descend de 14 cm. La SAX de 139 grains, grâce à sa vitesse initiale de 1 030 m/s, affiche seulement 6,8 cm de chute à 200 mètres dans les conditions retenues par le fabricant. Les distances de réglage optimales publiées s’échelonnent ainsi d’environ 163 mètres pour la lourde Oryx à 204 mètres pour la SAX. Ces chiffres démontrent que le 8,5×55 ne se limite pas à la battue. Il peut parfaitement convenir à l’affût et à l’approche, sous réserve de choisir un projectile adapté au gibier recherché et à la distance de tir. La trajectoire plus tendue des projectiles légers ne doit cependant pas faire oublier d’autres paramètres essentiels, notamment leur résistance au vent et leur comportement terminal.
Face au .30-06, au .300 WM, au .338 WM et au 9,3×62
Pour situer le 8,5×55 Blaser, il est intéressant de le comparer à plusieurs calibres particulièrement répandus chez les chasseurs français. Le .30-06 Springfield constitue une référence polyvalente, le .300 Winchester Magnum incarne les magnums rapides, tandis que le 9,3×62 reste un grand classique du tir des sangliers et des grands cervidés en battue. Quant au .338 Winchester Magnum, apparu en 1958, il représente un concurrent particulièrement intéressant puisqu’il utilise exactement le même diamètre de projectile que le 8,5×55 Blaser, soit 8,59 mm. Le 8,5×55 se positionne précisément entre ces différentes philosophies. Il associe une énergie élevée, un projectile de diamètre important et une cartouche relativement compacte. Le tableau suivant reprend différents chargements de chasse publiés dans les catalogues Blaser et Hornady. Il s’agit de munitions spécifiques et non d’une comparaison absolue entre tous les chargements possibles de chaque calibre.
| Calibre et projectile | V0 | E0 | E200 |
|---|---|---|---|
| .30-06 Springfield CDC 160 gr | 855 m/s | 3 803 J | 2 675 J |
| .300 Win. Mag. CDC 165 gr | 955 m/s | 4 879 J | 3 180 J |
| .338 Win. Mag. SST 225 gr | 866 m/s | 5 463 J | 4 096 J |
| 9,3×62 CDC 285 gr | 720 m/s | 4 795 J | 3 231 J |
| 8,5×55 Blaser Oryx 230 gr | 820 m/s | 5 012 J | 3 305 J |
Le 8,5×55 Blaser dispose donc de performances parfaitement comparables à celles des grands calibres de chasse européens et américains. Face au .30-06 Springfield, il permet d’utiliser des projectiles de plus gros diamètre et d’obtenir une énergie supérieure avec les chargements lourds. Comparé au .300 Winchester Magnum, il privilégie un projectile plus gros et généralement plus lourd, sans rechercher systématiquement la même vitesse. La comparaison avec le .338 Winchester Magnum est particulièrement instructive. À diamètre de projectile identique et avec des balles de masses très proches, le magnum américain conserve un avantage sensible en vitesse et en énergie. Dans notre tableau, sa SST de 225 grains développe 5 463 joules à la bouche contre 5 012 joules pour l’Oryx de 230 grains du 8,5×55. À 200 mètres, l’écart atteint 791 joules en faveur du .338 Winchester Magnum. Il faut néanmoins tenir compte de la différence de construction et de coefficient balistique des deux projectiles, qui influe sur la conservation de leur vitesse et de leur énergie.
La véritable différence réside dans leur conception. Le .338 Winchester Magnum utilise un étui de 63,5 mm et a traditionnellement été associé à des canons relativement longs pour exploiter ses performances. Le 8,5×55 Blaser possède un étui de seulement 54,7 mm et a été développé pour fonctionner efficacement avec des canons sensiblement plus courts. Il ne cherche donc pas nécessairement à surpasser son concurrent américain en énergie maximale, mais à proposer un compromis différent entre puissance et compacité. Quant au 9,3×62, il demeure un concurrent particulièrement sérieux. Son diamètre de 9,3 mm et ses projectiles couramment proposés entre 232 et 286 grains, voire davantage, constituent des atouts bien connus des chasseurs de grand gibier. Il serait néanmoins abusif de décréter qu’un calibre est systématiquement supérieur à l’autre. La construction de la balle, sa vitesse à l’impact, la précision du placement et les conditions de tir jouent un rôle déterminant dans l’efficacité réelle d’une munition.
Le véritable avantage des canons courts
C’est sans doute sur ce point que le 8,5×55 Blaser se distingue le plus nettement de ses concurrents traditionnels. De nombreux calibres magnum ont été développés à une époque où les canons de 60 à 65 cm ne constituaient pas un handicap majeur. Leur fonctionnement repose souvent sur des charges de poudre importantes, dont l’exploitation optimale exige une longueur de canon suffisante. Raccourcir fortement ces canons peut entraîner une diminution sensible de la vitesse initiale, tout en augmentant le bruit et le souffle à la bouche. Le 8,5×55 a précisément été développé pour fonctionner efficacement avec des canons d’environ 47 cm. Blaser met notamment en avant une R8 équipée d’un canon de cette longueur, associée à un modérateur de son manchonné. Le fabricant a publié des comparaisons de vitesses entre différentes longueurs de canon, mettant en évidence une perte limitée de performances lorsque l’on passe d’un canon de 58 cm à un canon de 47 cm.
Cela ne signifie naturellement pas que la longueur du canon devient sans importance. Une arme plus longue pourra toujours offrir un supplément de vitesse avec un chargement donné. L’intérêt du 8,5×55 réside ailleurs : il permet d’obtenir une puissance élevée dans une configuration particulièrement maniable, sans imposer les dimensions habituellement associées à certaines carabines magnum. Pour les chasseurs pratiquant en milieu forestier dense, mais également pour ceux qui souhaitent utiliser un modérateur de son sans disposer d’une arme excessivement longue, cet avantage est loin d’être négligeable.
Quelles munitions peut-on trouver en France ?
Le 8,5×55 Blaser bénéficie d’une gamme de projectiles suffisamment diversifiée pour couvrir les principales situations de chasse au grand gibier. La Norma Oryx de 230 grains représente une option particulièrement intéressante pour la battue. Son noyau soudé à la chemise favorise la conservation de masse et une expansion contrôlée, deux qualités appréciables sur les animaux lourds. La Barnes TTSX de 160 grains propose une approche différente avec une balle monométallique en cuivre, sans plomb, conçue pour assurer une expansion régulière et une forte conservation de masse. La Norma Softpoint de 210 grains constitue une solution classique à noyau plomb, tandis que les projectiles légers de type SAX s’adressent davantage aux chasseurs recherchant une vitesse élevée et une trajectoire tendue. La Nosler AccuBond de 180 grains offre pour sa part une balle à noyau soudé, dont la conception vise à concilier expansion et pénétration.

8,5×55 Blaser Norma Oryx de 230 grains
Ces cinq chargements ont figuré dans les catalogues Blaser destinés au marché européen. La gamme a également évolué, avec notamment des références plus récentes à projectile CDX. En France, le véritable point de vigilance reste leur disponibilité chez les armuriers. Contrairement aux .30-06 Springfield, .300 Winchester Magnum ou 9,3×62, le 8,5×55 ne bénéficie pas d’un réseau de distribution aussi étendu. Certaines références peuvent être obtenues sur commande, mais leur présence dans un catalogue européen ne garantit pas un stock disponible immédiatement en armurerie française. Avant d’adopter ce calibre, il paraît donc indispensable de se renseigner sur la régularité des approvisionnements et sur la possibilité d’obtenir plusieurs boîtes d’un même chargement.
Quelles carabines chambrent le 8,5×55 Blaser ?
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, le 8,5×55 n’est pas exclusivement réservé aux carabines Blaser. La Blaser R8 constitue naturellement l’une de ses principales plateformes. Cette carabine à réarmement linéaire, déclinée dans de nombreuses configurations, bénéficie d’une conception compacte particulièrement adaptée à l’utilisation d’un canon court et d’un modérateur de son. La Blaser K95, carabine basculante monocoup particulièrement appréciée des chasseurs à l’approche, a également été proposée dans ce calibre. Elle illustre la polyvalence recherchée, puisque le 8,5×55 peut ainsi être utilisé dans une arme légère destinée au tir précis du grand gibier. Chez Sauer, la 505 figure parmi les modèles chambrés en 8,5×55 Blaser. Cette carabine à verrou moderne, dotée d’une architecture modulaire, permet également de profiter des caractéristiques de cette munition.

Blaser R8 LUXUS en 8,5×55 Blaser
Mauser a de son côté référencé le calibre sur certaines versions de ses carabines M18 et M12, notamment des configurations destinées à la chasse en milieu fermé. La Mauser M12 Trail, avec son canon court de 48 cm et sa crosse orange haute visibilité, constitue d’ailleurs un excellent exemple de carabine adaptée à la philosophie de cette cartouche. Il convient néanmoins de distinguer les modèles historiquement proposés dans ce chambrage de ceux effectivement disponibles à la commande aujourd’hui. Les configurations et les catalogues évoluent, et toutes les variantes ne sont pas nécessairement commercialisées en France.

Mauser M12 Trail
Un recul à ne pas sous-estimer
Blaser présente le 8,5×55 comme un magnum offrant un recul relativement maîtrisé. Cette affirmation doit toutefois être replacée dans son contexte. Une cartouche capable de délivrer près de 5 000 joules à la bouche ne peut évidemment pas produire un recul comparable au confort de celui d’un calibre léger. Avec des projectiles de 210 à 230 grains, ce recul pourra se montrer conséquent, particulièrement dans une carabine légère. Le poids de l’arme, la forme de la crosse, le montage d’un modérateur de son et la sensibilité du tireur influenceront sensiblement le confort ressenti. Il ne faut donc pas confondre optimisation du rendement balistique et disparition du recul. Le 8,5×55 demeure un calibre puissant qui exige une bonne maîtrise de l’arme, particulièrement lors des tirs rapides de battue.
Un calibre qui répond à une vraie évolution
Le 8,5×55 Blaser n’a pas été conçu pour remplacer tous les calibres traditionnels. Le .30-06 Springfield conserve sa remarquable polyvalence, le .300 Winchester Magnum ses qualités pour les tirs à longue distance, le .338 Winchester Magnum sa capacité à propulser des balles lourdes à grande vitesse et le 9,3×62 son immense expérience sur le grand gibier. Mais la création de Blaser apporte une réponse technique particulièrement cohérente aux attentes d’une partie des chasseurs contemporains. Pouvoir disposer d’une carabine compacte, éventuellement équipée d’un modérateur de son, tout en conservant une énergie de catégorie magnum et un choix de projectiles de 139 à 230 grains constitue un argument sérieux.
Les performances annoncées ne dispensent évidemment pas de choisir une balle adaptée ni de connaître précisément la balistique de son arme. Elles démontrent néanmoins qu’un calibre moderne peut privilégier l’efficacité dans un canon court plutôt que la seule recherche de performances maximales dans un canon long. Reste un obstacle important : la disponibilité et le coût des munitions, ainsi que le choix plus restreint de carabines par rapport aux grands standards du marché. Pour les chasseurs recherchant une arme courte, puissante et polyvalente, le 8,5×55 Blaser représente cependant une solution technique particulièrement intéressante. Sept ans après son homologation, il montre qu’il reste possible d’innover dans un domaine où les grandes références sont parfois centenaires.












Laisser un commentaire