Dans la nuit du 8 au 9 octobre, une nouvelle attaque de loups a provoqué la mort de 54 brebis dans le Vercors, en Isère. Huit autres animaux ont été blessés. Six semaines plus tôt, 64 brebis avaient déjà péri dans le même massif, côté drômois. Alors que les éleveurs subissent des pertes considérables, le gouvernement promet de relever légèrement le plafond des prélèvements de loups. Une réponse dont l’ampleur paraît bien dérisoire face à la situation.
54 brebis mortes en une seule nuit
C’est un nouveau désastre pour l’élevage ovin dans le Vercors. Dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 octobre, plusieurs loups ont attaqué un troupeau qui pâturait dans l’alpage de la Fauge, sur la commune de Villard-de-Lans, en Isère. Selon les informations communiquées par la préfecture, 54 brebis ont trouvé la mort et huit autres ont été blessées. L’Office français de la biodiversité (OFB) estime que plusieurs prédateurs ont participé à cette attaque particulièrement meurtrière. Mais les constatations réalisées sur place révèlent une réalité encore plus dramatique. Une quinzaine de brebis auraient été directement tuées par les loups. Les autres ont péri en tentant désespérément de leur échapper. Prises de panique, elles se sont précipitées dans une combe, où elles se sont entassées les unes sur les autres avant de mourir étouffées. Un véritable carnage qui rappelle que les conséquences d’une attaque de loups ne se limitent absolument pas aux animaux directement mordus ou dévorés.
118 brebis mortes en seulement 2 attaques !
Cette nouvelle catastrophe intervient à peine six semaines après une attaque d’une ampleur comparable, survenue dans la partie drômoise du Vercors. Le 10 septembre dernier, So Chasse relatait le calvaire de Sébastien Robert, éleveur installé à Oriol-en-Royans, dont le troupeau avait été attaqué dans la nuit du 30 au 31 août sur les hauteurs de Bouvante. Le bilan était déjà effroyable : 64 brebis retrouvées mortes et une vingtaine d’autres portées disparues. Plus grave encore, cet élevage disposait de chiens de protection, de clôtures électrifiées et même d’une autorisation de tirs de défense contre le loup. Autant de dispositifs qui n’avaient pas empêché les prédateurs de frapper. Avec les 54 victimes de Villard-de-Lans, ce sont donc 118 brebis qui ont péri dans ces deux attaques en l’espace de six semaines, sans même compter les animaux blessés ou disparus. Et derrière ces chiffres se trouvent des éleveurs qui doivent assumer les conséquences économiques, sanitaires et psychologiques de la prédation. Combien de catastrophes de cette ampleur faudra-t-il encore avant de considérer que la situation exige autre chose que des mesures ponctuelles ?
Le loup tue aussi par la panique qu’il provoque
L’attaque de Villard-de-Lans met en lumière un phénomène trop souvent sous-estimé dans les discussions sur la prédation. Sur les 54 brebis mortes, près de 40 n’auraient pas succombé directement aux morsures des loups, mais aux conséquences de leur fuite. Cette distinction est importante pour comprendre la réalité des dégâts. Un prédateur n’a pas besoin de tuer directement plusieurs dizaines d’animaux pour provoquer une véritable hécatombe. Dans un environnement montagnard, la panique d’un troupeau peut entraîner des chutes, des écrasements et des étouffements collectifs. La topographie des alpages transforme alors une attaque en catastrophe. Certains défenseurs du loup mettent régulièrement en avant le rôle naturel du prédateur dans les écosystèmes. Mais cet argument ne saurait faire disparaître les conséquences concrètes de sa présence sur les activités pastorales. Les brebis retrouvées mortes au fond de cette combe n’ont pas été victimes d’un simple désagrément de la vie sauvage. Elles ont péri en tentant d’échapper à des prédateurs dont la pression sur l’élevage est devenue considérable dans certaines régions. Et pour les éleveurs qui découvrent ces scènes, les discours rassurants sur la coexistence entre le loup et les troupeaux deviennent chaque jour plus difficiles à entendre.
Un fait avéré: le surplus killing
Il convient également de rappeler un autre phénomène, que So Chasse avait déjà évoqué à l’occasion de l’attaque de Bouvante : le surplus killing, ou prédation excessive. Ce comportement, scientifiquement documenté chez le loup, se manifeste lorsqu’un prédateur tue davantage de proies qu’il ne peut en consommer immédiatement. Les attaques sur des troupeaux domestiques peuvent favoriser ce phénomène, notamment lorsque les animaux paniqués ne parviennent pas à échapper aux prédateurs. Dans le cas de Bouvante, les 64 brebis retrouvées mortes n’auraient pas été consommées, selon les constatations rapportées à l’époque. À Villard-de-Lans, les circonstances sont différentes puisque la majorité des victimes ont péri par étouffement. Il serait donc prématuré de conclure à un nouvel épisode de surplus killing. Mais ces deux catastrophes illustrent, chacune à leur manière, combien les conséquences d’une attaque peuvent dépasser les besoins alimentaires immédiats des prédateurs. Voilà qui devrait définitivement tordre le cou à l’image simpliste d’un loup qui ne tuerait jamais davantage que ce dont il a besoin pour se nourrir.
Le gouvernement promet deux points supplémentaires
C’est dans ce contexte qu’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a annoncé le 8 octobre, lors du Sommet de l’élevage en Auvergne, un prochain relèvement du plafond annuel de prélèvement des loups. Actuellement fixé à 21 % de la population estimée, celui-ci devrait passer à 23 %, conformément à une possibilité déjà prévue par la réglementation. Cette augmentation représenterait environ 22 loups supplémentaires pouvant être prélevés sur l’ensemble du territoire national. La ministre a toutefois précisé que des conditions encadreraient ces tirs, afin d’éviter que le nouveau plafond ne soit atteint trop rapidement. Autrement dit, même lorsque le gouvernement reconnaît implicitement la nécessité d’accroître les possibilités d’intervention, il continue de raisonner dans le cadre d’un plafond national particulièrement contraignant. Pour les éleveurs confrontés à des attaques répétées, deux points supplémentaires constituent certes une évolution, mais certainement pas une garantie de protection efficace. D’autant que les conséquences de la prédation sont très inégalement réparties et que certains massifs, comme le Vercors, connaissent des situations particulièrement préoccupantes.
Les éleveurs ne peuvent pas être sacrifiés
Les deux attaques survenues dans le Vercors en quelques semaines doivent conduire à une réflexion sérieuse sur la gestion du loup en France. Nous avons déjà souligné, à propos de l’attaque de Bouvante, les limites des dispositifs de protection pourtant mis en œuvre depuis des années par certains éleveurs. La nouvelle catastrophe de Villard-de-Lans confirme l’ampleur des conséquences que peut provoquer la présence de plusieurs loups au contact d’un troupeau. Les éleveurs entretiennent les espaces ouverts, contribuent à la préservation des paysages et participent à la vie économique de territoires ruraux souvent fragiles. Leur activité ne peut pas devenir la variable d’ajustement d’une politique de conservation du prédateur qui négligerait les réalités du terrain. Personne ne conteste que le loup soit une espèce sauvage dont la gestion doit s’inscrire dans un cadre réglementaire. Mais sa protection ne saurait devenir un principe intangible auquel toute autre considération devrait systématiquement être subordonnée. Les tirs de défense et de prélèvement doivent pouvoir être mobilisés efficacement là où la pression de prédation le justifie, avec des procédures réellement adaptées aux urgences rencontrées par les éleveurs. Car derrière les débats sur les pourcentages et les plafonds, il existe une réalité autrement plus brutale : dans le Vercors, 118 brebis sont mortes en six semaines lors de deux attaques attribuées au loup. À force de vouloir protéger le prédateur sans parvenir à protéger suffisamment les troupeaux, c’est l’avenir même du pastoralisme que l’on met en danger. Et sans éleveurs pour entretenir nos montagnes, ce sont aussi nos territoires ruraux et leur biodiversité qui finiront par en payer le prix.












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