Une attaque d’une ampleur exceptionnelle s’est produite à la fin du mois d’août sur les hauteurs de Bouvante, dans la Drôme. 64 brebis ont été officiellement déclarées tuées par le loup et une vingtaine d’autres restent portées disparues. Le troupeau était pourtant équipé de moyens de protection et l’éleveur disposait déjà d’une autorisation de tirs de défense.
64 brebis mortes et une vingtaine toujours introuvables
Dans la nuit du 30 au 31 août, le troupeau de Sébastien Robert, éleveur installé à Oriol-en-Royans, se trouvait en estive sur les hauteurs de Bouvante, dans le massif du Vercors. Sur les quelque 580 ovins présents, l’éleveur a d’abord découvert une dizaine de cadavres. Mais, au fil des recherches, le bilan a pris une tout autre dimension. Deux jours plus tard, 64 brebis avaient été retrouvées mortes et une vingtaine d’autres manquaient toujours à l’appel. L’Office français de la biodiversité a officiellement attribué la mort des 64 animaux au loup. Un bilan que les élus du secteur qualifient d’exceptionnel. Jean-Jacques Dallon, maire d’Oriol-en-Royans, évoque auprès de l’AFP « un chiffre jamais vu a priori pour une attaque en plein air ». Plusieurs maires du Royans se sont depuis rendus auprès de l’éleveur pour lui apporter leur soutien. Damien Ferlin, maire de Saint-Jean-en-Royans, ne cache pas davantage son inquiétude : « À force d’attaques, les éleveurs vont finir par arrêter leur métier. » L’élu rappelle également le rôle essentiel joué par les troupeaux dans l’entretien des montagnes et la limitation de la végétation combustible.
Chiens, clôtures électriques et tirs de défense n’ont pas suffi
Cette attaque met surtout à mal l’idée selon laquelle les moyens de protection suffiraient toujours à empêcher la prédation. La préfecture de la Drôme a confirmé que l’exploitation disposait de mesures de protection comprenant notamment des chiens de protection ainsi que des filets électriques. Plus encore, Sébastien Robert bénéficiait depuis la mi-août de la possibilité de procéder à des tirs de défense contre le loup. Malgré cet ensemble de dispositifs, l’attaque s’est soldée par au moins 64 animaux morts. La situation de cet éleveur est d’autant plus révélatrice qu’elle ne date pas d’hier. Les archives mêmes de la préfecture montrent que Sébastien Robert est confronté depuis de nombreuses années à la prédation. En 2018, un arrêté préfectoral autorisant des tirs de défense renforcée précisait déjà que son troupeau faisait l’objet d’un gardiennage renforcé, d’un regroupement nocturne, d’un pâturage en parc électrifié et de la présence de chiens de protection. Malgré cela, son élevage avait subi au moins quatre attaques en 2016, occasionnant 29 victimes, puis au moins six nouvelles attaques en 2017 pour 16 autres victimes. Trois ans plus tard, l’administration constatait encore sept attaques sur son troupeau en l’espace de douze mois, pour au moins 19 ovins tués. Le secteur Royans-Vercors avait, pour la seule année 2020, enregistré 34 attaques imputables au loup et 81 victimes.
Des brebis tuées mais pas consommées
Autre élément particulièrement marquant, les constatations rapportées après l’attaque indiquent que les brebis tuées n’avaient pas été consommées. Une hypothèse évoquée localement voulait que des loups adultes aient pu apprendre à de jeunes individus à chasser, ce qui aurait éventuellement contribué au nombre particulièrement élevé de victimes. Sur ce point, il convient toutefois d’être prudent. L’OFB a confirmé l’attaque de loup mais a expressément indiqué qu’aucun élément ne permettait d’affirmer que de jeunes loups étaient présents lors de celle-ci. Le nombre d’animaux impliqués dans l’attaque n’est donc pas établi et rien ne permet, à ce stade, de parler avec certitude d’une meute accompagnée de jeunes. Ceci ne peut que renforcer nos convictions sur la réalité, que nous révélions dès l’année dernière, du concept de « surplus killing« , prouvant que la fable écolo du loup qui ne tue que pour se nourrir commence à se lézarder sérieusement.
Jusqu’où peut-on demander aux éleveurs de se protéger ?
La préfecture a annoncé vouloir mettre en œuvre rapidement l’indemnisation des pertes subies par Sébastien Robert et souligne elle-même « la gravité de cette attaque ». Mais au-delà de la compensation financière, l’épisode de Bouvante pose une nouvelle fois une question devenue centrale dans les territoires où le loup est durablement installé : jusqu’où peut-on demander aux éleveurs de multiplier les protections lorsque chiens, clôtures électrifiées et possibilité de tirs de défense ne suffisent manifestement plus à empêcher certaines attaques ? Le cas de Sébastien Robert est à cet égard particulièrement difficile à balayer d’un revers de main. Depuis des années, les documents administratifs attestent des moyens de protection mis en œuvre sur son exploitation. Depuis des années également, les attaques se répètent. Et cette fois, ce sont 64 brebis qui ont péri en une seule nuit, auxquelles pourraient encore s’ajouter une vingtaine d’animaux disparus. Pour les éleveurs et les élus du Vercors, le problème n’est donc plus de savoir s’il faut protéger les troupeaux. Ils le font déjà. La question est désormais de savoir ce qu’il reste à faire lorsque toutes ces protections échouent et la possibilité d’augmenter de manière sérieuse les quotas de prélèvements de cet animal, problématique pour l’élevage comme pour la biodiversité, devient pour nous une évidence.












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