Le procès très attendu d’Olivier Bouygues et de cinq autres prévenus s’ouvre ce lundi 7 septembre devant le tribunal correctionnel d’Orléans. Des destructions présumées d’espèces protégées commises pendant plusieurs années sur un vaste domaine de Sologne sont notamment au cœur du dossier. Dix-sept associations se sont constituées parties civiles. Parmi elles figure la Fédération départementale des chasseurs du Loiret, une présence qui rappelle que de tels faits, s’ils sont établis, ne sauraient être confondus avec la pratique légale de la chasse.
Deux jours de procès à Orléans
Initialement prévue au mois de mars sur une seule journée, l’audience avait finalement été renvoyée aux lundi 7 et mardi 8 septembre 2026 en raison de l’importance du dossier et du nombre particulièrement élevé de parties civiles. Six personnes doivent comparaître, parmi lesquelles Olivier Bouygues, propriétaire du domaine de Fontenaille à La Ferté-Saint-Aubin, en Sologne. Les poursuites concernent notamment des faits présumés d’atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’espèces animales protégées, de chasse en dehors des périodes autorisées ainsi que différentes infractions relatives aux armes. Les prévenus bénéficient naturellement de la présomption d’innocence et il appartiendra au tribunal d’établir les responsabilités de chacun.
Un charnier à l’origine d’une vaste enquête
Comme nous l’avions détaillé au mois d’avril, l’affaire trouve son origine dans un signalement anonyme adressé aux autorités au printemps 2025. Des photographies montrant ce qui semblait être un charnier d’oiseaux conduisent le parquet d’Orléans à ouvrir une enquête confiée conjointement à la gendarmerie et à l’Office français de la biodiversité. Le 4 juin 2025, plus de quarante gendarmes et agents de l’OFB participent à une importante perquisition sur le domaine de Fontenaille. Les investigations permettent notamment de découvrir des restes d’oiseaux appartenant à plusieurs espèces protégées. Cormorans, buses variables, aigrettes, hérons cendrés ou encore faucons crécerelles figureraient parmi les animaux concernés. Des pièges à mâchoires, interdits en France depuis plusieurs décennies, ainsi que des produits toxiques prohibés sont également retrouvés, selon les éléments de l’enquête rendus publics.
Des primes présumées pour certains animaux
Les enquêteurs se sont également intéressés à des documents internes qualifiés de « carnets de gestion ». Ceux-ci feraient apparaître un système de rétribution financière pour la destruction de certains animaux considérés comme indésirables sur la propriété. Selon les éléments déjà révélés, l’abattage d’un chat sauvage aurait ainsi pu donner lieu au versement de 8 euros et celui d’un cormoran à une prime de 4 euros. Ces documents mélangeraient des espèces pouvant, dans certaines conditions strictement réglementées, faire l’objet d’opérations de régulation et d’autres bénéficiant d’une protection intégrale. Un bilan relatif à une saison cynégétique ferait notamment apparaître la destruction de chats sauvages, hérissons, buses, hérons et cormorans. L’ensemble de ces faits reste à examiner contradictoirement devant le tribunal.
Jusqu’à 500 sangliers sur environ 160 hectares
L’enquête s’est aussi intéressée à la gestion d’un parc à sangliers situé à l’intérieur de la propriété. Entre 450 et 500 animaux auraient été présents sur une superficie d’environ 160 hectares. Ils auraient été nourris, abreuvés et suivis par le personnel. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si les caractéristiques et le fonctionnement de cette installation correspondaient encore juridiquement à ceux d’un enclos de chasse ou relevaient d’une activité d’élevage soumise à d’autres obligations réglementaires. Le domaine de Fontenaille s’étend au total sur environ 650 hectares et comprend plusieurs étangs, cultures et installations destinées au gibier.
La FDC du Loiret partie civile
C’est un élément essentiel de ce dossier : parmi les dix-sept associations constituées parties civiles ne figurent pas seulement la LPO, One Voice, l’ASPAS, France Nature Environnement ou encore l’Alliance des Opposants à la Chasse. La Fédération départementale des chasseurs du Loiret sera elle aussi représentée devant le tribunal. Sa présence mérite d’être soulignée. Car si les faits reprochés aux prévenus venaient à être établis, ils constitueraient précisément l’inverse de ce que doit être une pratique cynégétique respectueuse des règles : espèces protégées, périodes de chasse, moyens autorisés et réglementation des armes ne sont pas des notions facultatives laissées à l’appréciation de chacun. La constitution de partie civile de la Fédération départementale des chasseurs du Loiret rappelle ainsi qu’il serait particulièrement réducteur de présenter cette affaire comme une opposition entre chasseurs et défenseurs de la biodiversité. Les chasseurs ont eux aussi intérêt à ce que les actes de braconnage soient poursuivis et sanctionnés lorsqu’ils sont établis. Au-delà des dommages causés à la faune, de tels comportements portent directement atteinte à l’image de tous ceux qui pratiquent leur passion dans le respect de la réglementation.
« Ce n’est pas une dérive de chasse »
En mars dernier, Jean-Noël Rieffel, alors directeur de l’OFB Centre-Val de Loire, avait d’ailleurs tenu à effectuer lui-même cette distinction. « Ici, nous ne parlons pas de dérive de chasse, nous parlons d’une organisation », expliquait-il à Actu.fr. Une formule importante à quelques heures de l’ouverture des débats. Car ce procès ne sera pas celui de la chasse en Sologne ni celui des chasseurs français. Il devra déterminer si des personnes identifiées ont effectivement participé, comme le soutient l’accusation, à un système organisé de destruction illégale d’animaux, dont plusieurs espèces protégées. C’est précisément pour cette raison que la présence de la Fédération départementale des chasseurs du Loiret sur les bancs des parties civiles prend tout son sens.
Dix-sept parties civiles et deux jours de débats
Aux côtés de la FDC du Loiret figurent notamment plusieurs grandes associations de protection de la nature et des animaux, mais également des structures spécialisées dans la sauvegarde ou les soins apportés à la faune sauvage. Huit d’entre elles ont publié vendredi un texte commun dans lequel elles annoncent vouloir demander que les éventuelles sommes accordées par la justice servent notamment à financer des actions de restauration en faveur de la faune et des habitats locaux. Le tribunal correctionnel d’Orléans aura désormais deux journées pour examiner une procédure particulièrement volumineuse et entendre prévenus, enquêteurs et parties civiles. Le jugement permettra surtout de faire la distinction entre les faits désormais établis, ceux qui resteront contestés et les responsabilités individuelles dans une affaire qui, depuis plus d’un an, dépasse largement les frontières de la Sologne.












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