Parc à sangliers, primes pour chats et cormorans : ce que révèle l’enquête visant Olivier Bouygues

Une affaire judiciaire impliquant plusieurs personnes, dont l’homme d’affaires Olivier Bouygues, sera examinée les 7 et 8 septembre prochains par le tribunal judiciaire d’Orléans. Les prévenus sont poursuivis pour des faits présumés de destruction d’espèces protégées en bande organisée. Initialement prévue sur une demi-journée, l’audience a été étendue à deux jours en raison du nombre de parties civiles, aujourd’hui au nombre de seize!

L’enquête débute le 25 mars 2025 après la réception d’un courrier adressé à l’Office français de la biodiversité. Ce signalement anonyme contient plusieurs photographies montrant un charnier d’oiseaux. Les agents identifient alors des restes appartenant à différentes espèces protégées, notamment des faucons crécerelles, des buses variables, des cormorans et des aigrettes. Sur cette base, le parquet d’Orléans ouvre une enquête confiée conjointement à la gendarmerie et à l’OFB. Les investigations conduisent les enquêteurs vers le domaine de Fontenaille, situé à La Ferté-Saint-Aubin, en Sologne. Le 4 juin 2025, une perquisition de grande ampleur y est menée. Plus de quarante agents, mêlant gendarmes et inspecteurs de l’environnement, interviennent sur place pendant plusieurs heures, inspectant les bâtiments, les installations cynégétiques, les dépendances et les zones boisées. Au cours de cette opération, un charnier partiellement recouvert de chaux est examiné. Les enquêteurs procèdent également à la saisie de plusieurs éléments matériels, parmi lesquels des pièges à mâchoires, interdits en France depuis 1995, des produits toxiques tels que l’aldicarbe et le carbofuran, prohibés depuis 2008, ainsi que des armes semi-automatiques  dont l’usage est strictement encadré à la chasse.

Des documents internes, notamment des « carnets de gestion », sont également analysés. Selon les éléments rendus publics, ces carnets feraient apparaître un système de rétribution financière lié à la destruction d’animaux. Il y est notamment indiqué qu’un chat sauvage abattu pouvait donner lieu à une prime de 8 euros, tandis que la destruction d’un cormoran était associée à une somme de 4 euros. Ces consignes mélangeraient des espèces classées comme susceptibles d’occasionner des dégâts, comme le ragondin ou la fouine, et d’autres espèces bénéficiant d’un statut de protection. Un bilan mentionné pour une saison cynégétique ferait état de la destruction d’au moins cinq espèces interdites à la chasse, parmi lesquelles des chats sauvages, des hérissons, des buses, des hérons et des cormorans. Ces éléments, s’ils sont confirmés, seront examinés par le tribunal dans le cadre de l’audience.

L’enquête porte également sur la gestion d’un parc à sangliers situé sur le domaine. Selon les informations disponibles, entre 450 et 500 animaux auraient été recensés sur une surface d’environ 160 hectares. Certains éléments indiquent que ces sangliers étaient nourris, abreuvés et suivis par le personnel. La réglementation distingue toutefois les enclos de chasse et les élevages, notamment en fonction de la densité d’animaux présents, ce qui constitue un point d’analyse dans la procédure.

Le domaine de Fontenaille s’étend sur environ 650 hectares et comprend plusieurs étangs, des cultures agricoles ainsi que des parcs à animaux. Il abriterait également entre 6 000 et 7 000 oiseaux d’élevage, notamment des faisans, des perdrix et des canards. L’ensemble est entouré de clôtures dépassant 2,20 mètres de hauteur, un type d’installation historiquement associé à certains enclos cynégétiques de la région. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large propre à la Sologne, territoire marqué par le développement de grands domaines privés dédiés à la chasse. Une évolution législative est intervenue avec la loi du 2 février 2023, qui encadre plus strictement ces installations, notamment en limitant la hauteur des clôtures dans certains espaces naturels et en imposant une mise en conformité progressive d’ici 2027.

Plusieurs acteurs se sont constitués parties civiles dans ce dossier, parmi lesquels des associations de protection de l’environnement mais aussi la Fédération départementale des chasseurs du Loiret. Les personnes mises en cause contestent, selon les informations disponibles, tout ou partie des faits qui leur sont reprochés et bénéficient à ce stade de la présomption d’innocence. Le tribunal judiciaire d’Orléans devra examiner l’ensemble des éléments réunis au cours de l’enquête lors de l’audience prévue en septembre, dans le cadre d’un débat contradictoire.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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