Didier Gavens nous a quittés. Ingénieur, homme de terrain, spécialiste du monde rural et de la gestion des ressources naturelles, il aura consacré une grande partie de sa vie professionnelle à la chasse et à ceux qui la font vivre. De l’Afrique aux fédérations des chasseurs, son parcours raconte aussi celui d’un homme profondément attaché aux territoires, à la transmission et à une certaine idée de la chasse. Pour moi, Didier était aussi devenu, au fil des années, un ami.
De l’Afrique au monde de la chasse
Le parcours de Didier Gavens ne peut pas se résumer à ses fonctions au sein du monde cynégétique. Avant d’occuper des responsabilités dans les fédérations, il avait acquis une solide expérience de terrain, notamment en Afrique, autour de la forêt, de l’agriculture et de la gestion des ressources naturelles. Après avoir travaillé dans la formation agricole et forestière, Didier part au Rwanda en 1986 comme chef de projet forestier. Une première expérience africaine qui comptera dans son parcours et dans sa manière d’appréhender les territoires, les hommes qui y vivent et l’utilisation de leurs ressources. Quelques années plus tard, il retrouve le continent africain. De 1995 à 1999, il travaille au Tchad comme chef de projet pour l’AFVP-AFD, où il participe notamment à la structuration de la filière de la gomme arabique, avec pour objectif d’en développer la production et les exportations. Entre ces deux expériences, il aura également travaillé sur les problématiques environnementales françaises, notamment à travers un audit du massif pyrénéen pour une mission liée à l’Union européenne. Cette connaissance des réalités rurales, forestières et agricoles, acquise aussi bien en France qu’en Afrique, allait naturellement le conduire vers la gestion de la faune sauvage et la chasse. En 1999, Didier Gavens rejoint l’Office national de la chasse et de la faune sauvage comme ingénieur à la Direction de l’évaluation et de la prospective. Il y travaille notamment sur la coordination du réseau national Agrifaune, à la croisée de deux mondes qu’il connaissait particulièrement bien : l’agriculture et la faune sauvage. L’année suivante, il rejoint la Fédération Nationale des Chasseurs comme chargé de mission. Pendant trois ans, il participe notamment à la coordination des fédérations régionales de chasseurs et au suivi des politiques publiques territoriales. À partir de 2003, Didier poursuit son engagement au sein de la Fédération des Chasseurs d’Ile de France à des fonctions de direction générale. Didier Gavens aura également été l’un des artisans du rapprochement entre la FIC Paris-HSV et la FICEVY, qui aboutira en 2015 à la naissance de la Fédération Interdépartementale des Chasseurs d’Île-de-France (FICIF). Une fusion qu’il avait contribué à préparer et à porter, avec l’idée de fédérer les énergies, de mutualiser les moyens et surtout de construire une fédération capable de mieux répondre aux évolutions de la chasse francilienne. Là encore, on retrouvait chez Didier cette volonté d’anticiper plutôt que de subir et de préparer la chasse de demain. C’est également lui qui sera à l’initiative de Cocagne, plateforme imaginée pour faciliter la rencontre entre les chasseurs à la recherche de territoires et les responsables de chasse souhaitant accueillir de nouveaux pratiquants. Une idée, là encore, très révélatrice de sa volonté d’ouvrir la chasse et d’en faciliter l’accès aux nouvelles générations. Pendant plus de vingt ans, il accompagne ainsi les évolutions profondes qu’a connues la chasse française : évolution de la réglementation, transformation des territoires, nouvelles attentes de la société, gestion des espèces et des habitats, dialogue avec les acteurs ruraux et nécessité toujours plus grande d’expliquer la chasse. Didier connaissait les dossiers, mais surtout le terrain. Il savait que la chasse ne pouvait pas vivre enfermée dans ses habitudes et qu’elle devait être capable d’évoluer, de transmettre et de parler à ceux qui ne la connaissaient pas.
Didier, l’ami
J’ai rencontré Didier il y a une quinzaine d’années, à la Fédération Interdépartementale des Chasseurs d’Île-de-France à Boulogne. Avec Georges Dutruc-Rosset, il avait immédiatement été séduit par notre projet de créer, à travers So Chasse, des événements destinés aux jeunes chasseurs et aux femmes. À l’époque, certaines idées pouvaient sembler un peu iconoclastes. Organiser des soirées autour du permis de chasser dans des cafés parisiens, imaginer des chasses 100 % Diane ou réunir des non chasseurs autour de soirées consacrées au brame du cerf n’était pas forcément dans les habitudes du monde fédéral. Didier, lui, avait compris tout de suite. C’était l’une de ses grandes qualités. Didier était un avant-gardiste. Il avait compris qu’il fallait ouvrir les portes, créer des passerelles et inventer de nouvelles manières de faire découvrir la chasse. Il l’avait notamment montré dans son engagement autour de la Loi Chasse. Il ne s’agissait pas pour lui de renier ce qui faisait notre culture, mais au contraire de trouver les moyens de la transmettre. Et puis, avec le temps, les relations professionnelles ont laissé place à autre chose. Didier est devenu un ami. Un ami de ceux avec lesquels on partage une approche au brocard en Tarn-et-Garonne, une battue en Île-de-France, des discussions qui dépassent largement les dossiers et les réunions. Il était également présent à mon mariage. Ce jour-là résume peut-être assez bien le personnage. Entre le cocktail et le dîner, avec l’accord du responsable de la propriété, Didier était parti faire un tour à l’approche, entre chien et loup. Il était revenu après avoir prélevé un splendide brocard. Il en avait ensuite peint le trophée. Ce brocard est toujours accroché dans notre chambre. Il y restera évidemment, mais il aura désormais une autre signification.
Depuis plusieurs années, Didier se battait contre une sale maladie. De celles qui ne vous emportent pas brutalement mais qui vous éteignent peu à peu. Ceux qui l’ont connu garderont chacun leur Didier Gavens : le directeur, l’ingénieur, l’homme de terrain, le chasseur, le spécialiste des territoires, l’Africain de cœur pour certains, le compagnon de chasse ou simplement l’ami. Je garderai pour ma part l’image d’un homme qui avait compris très tôt que la chasse devait savoir regarder devant elle pour continuer à vivre. Didier a désormais rejoint Saint-Hubert. Et connaissant l’homme, j’aime à penser qu’il n’aura pas choisi n’importe quel endroit. Certainement quelque part au cœur des Cévennes, à l’heure où la lumière commence à tomber, sur un chemin que lui seul connaît. Adieu Didier.












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