Italie : trois blessés, mais le loup “ne représente aucun danger” !

Attaque d'un loup sur l'homme

Une mère allemande, sa fille de 12 ans et l’homme venu à leur secours ont été blessés jeudi 20 août à Gallipoli, dans les Pouilles, par un animal que les témoins identifient comme un loup. Si l’enquête doit encore déterminer formellement l’espèce du canidé impliqué, l’affaire intervient après plusieurs attaques récentes en Europe. De quoi sérieusement battre en brèche le discours selon lequel le loup ne représenterait « aucun danger pour l’homme ».

Une mère, sa fille et leur sauveteur blessés

La scène s’est déroulée jeudi soir dans la pinède d’un établissement touristique de Punta Pizzo, à Gallipoli, dans le sud de l’Italie. Une touriste allemande de 52 ans et sa fille de 12 ans ont été attaquées par un animal sauvage. Alerté par leurs cris, Domenico Capriello, 47 ans, qui se trouvait à une trentaine de mètres, s’est précipité pour leur venir en aide. « J’ai entendu les cris de détresse, j’étais à 30 mètres et je n’ai pas réfléchi deux fois », raconte-t-il à la télévision italienne. L’homme explique avoir frappé l’animal pour l’éloigner de la mère et de l’enfant avant que celui-ci ne se retourne contre lui. Il affirme avoir été mordu à plusieurs reprises avant de parvenir finalement à repousser l’animal avec une chaise. Il a dû recevoir des points de suture et souffre également de deux fractures aux doigts. La mère et sa fille ont été transportées à l’hôpital de Lecce avec plusieurs blessures. Aucune des trois victimes n’est heureusement en danger de mort. Domenico Capriello est persuadé d’avoir eu affaire à un loup. Les autorités restent toutefois plus prudentes et cherchent encore à déterminer s’il s’agissait effectivement d’un loup ou éventuellement d’un chien. Cette réserve sur l’identification de l’animal de Gallipoli ne change cependant rien à une réalité désormais solidement documentée : oui, un loup peut attaquer et blesser un être humain.

« Le loup ne représente aucun danger pour l’homme » vraiment ?

Après les faits, Giuseppe Coppola, adjoint au maire de Gallipoli, a tenu à rassurer la population en affirmant que des experts lui avaient assuré que « le loup ne représente aucun danger pour l’homme » et que les animaux recherchaient essentiellement de la nourriture. Une telle affirmation est difficilement défendable. Dire que les attaques de loups sur l’homme sont rares est parfaitement exact. Affirmer que le loup ne représente aucun danger est faux. Le Norwegian Institute for Nature Research, qui a réalisé l’une des études internationales les plus complètes consacrées aux attaques de loups sur l’être humain entre 2002 et 2020, a recensé 489 victimes dans des cas considérés comme suffisamment fiables à travers le monde. Parmi elles, 67 ont été victimes d’attaques qualifiées de prédatrices, dont neuf mortelles, tandis que 42 autres ont été victimes d’attaques défensives ou provoquées. Les autres cas impliquaient des animaux atteints de la rage. En Europe et en Amérique du Nord, les chercheurs soulignent que le risque est extrêmement faible compte tenu du nombre de loups et d’habitants. Mais leur conclusion est sans ambiguïté : la probabilité d’une attaque est supérieure à zéro. Autrement dit : le risque est rare. Il n’est pas inexistant. Et surtout, les chercheurs attirent précisément l’attention sur les loups qui perdent leur méfiance naturelle envers l’homme, adoptent un comportement audacieux ou s’habituent à rechercher de la nourriture d’origine humaine. Ce sont ces comportements qui peuvent déboucher sur des situations dangereuses.

Des attaques qui ne sont plus seulement des histoires anciennes

Présenter l’affaire de Gallipoli comme un événement totalement isolé serait également réducteur. Ces dernières années, plusieurs attaques ou contacts violents impliquant des loups ont été recensés en Europe et au-delà. En juillet 2022, près du village de Kidero, au Daghestan russe, un loup a attaqué trois enfants âgés de 7 à 9 ans qui se trouvaient près d’une rivière. L’un d’eux a été mordu et hospitalisé, un autre est parvenu à s’enfuir. Le troisième, âgé de 9 ans, a été emporté dans la forêt. Son corps a été retrouvé environ une heure plus tard. L’affaire avait déclenché une opération d’abattage des loups dans le secteur. Le 30 juillet 2025, aux Pays-Bas, un garçon de 6 ans a été attaqué dans les bois près de la Pyramide d’Austerlitz. Mordu au dos et sous une aisselle, il avait dû être hospitalisé. L’analyse ADN a ensuite formellement établi que l’agresseur était le loup GW3237m, déjà classé comme individu problématique par les autorités néerlandaises. Il a finalement été abattu en décembre 2025. Le 12 septembre 2025, à Neos Marmaras en Grèce, une fillette serbe de 5 ans qui jouait sur une plage a été attaquée par un loup. L’animal l’a mordue dans le dos et griffée au ventre et à la jambe. Le ministère grec de l’Environnement a ensuite décidé que le loup devait être retrouvé et euthanasié, allant jusqu’à prévoir l’intervention de chasseurs si sa capture échouait.

Et depuis le début de 2026, les exemples continuent

L’année 2026 apporte elle aussi son lot d’incidents. Le 18 février, dans l’arrière-pays de Chiavari, en Ligurie, Sandro Garibaldi, conseiller régional italien, est sorti de chez lui après avoir entendu ses moutons attaqués. Il s’est retrouvé face à un loup qui tuait l’un des animaux et a été mordu à la main en tentant d’intervenir. La plaie a nécessité dix points de suture. Quelques jours plus tard, le 27 février, dans le Val di Rabbi, dans le Trentin, une promeneuse a déclaré avoir été griffée à la jambe par un animal qu’elle a identifié comme un loup, à proximité de son domicile. Faute d’échantillon biologique exploitable sur ses vêtements, cette identification n’a toutefois pas pu être confirmée par les forestiers. Et surtout, le 30 mars dernier à Hambourg, un jeune loup égaré en pleine ville est entré dans une galerie commerciale du quartier d’Altona. Une femme qui tentait de venir en aide à l’animal, qu’elle aurait pris pour un chien, a été mordue au visage et hospitalisée. Les autorités allemandes ont présenté l’événement comme la première attaque documentée d’un loup sur une personne depuis le retour de l’espèce en Allemagne. Rare, donc ? Oui. Imaginaire ? Certainement pas.

Dans les Pouilles, trois enfants attaqués en quelques jours

Et le contexte italien rend les déclarations rassurantes entendues à Gallipoli encore plus déconcertantes. À Noicattaro, près de Bari, trois enfants ont été mordus depuis le début du mois d’août par un animal sauvage recherché par les autorités et fortement suspecté d’être un loup ou éventuellement un hybride chien-loup. Le 4 août, deux enfants avaient été attaqués dans un parc. Une fillette de six ans avait notamment été mordue au cou et aux membres et hospitalisée. Le soir du 15 août, un autre garçon de six ans a été attaqué. Ses blessures ont cette fois été particulièrement sérieuses : trois côtes fracturées et une perforation pulmonaire nécessitant une intervention chirurgicale en urgence. La Région des Pouilles a autorisé la capture de l’animal après avis favorable de l’ISPRA. Une task force a été constituée, des pièges photographiques installés et les carabiniers ont même engagé un drone équipé d’une caméra thermique. Les analyses génétiques doivent encore établir s’il s’agit d’un loup pur ou d’un hybride. Difficile, dans ces conditions, de continuer à expliquer aux habitants que le loup ne peut représenter aucun danger pour eux.

Marcel Züger : quand le loup perd sa peur de l’homme

C’est précisément ce que rappelle depuis plusieurs années le biologiste suisse Marcel Züger. L’intérêt de son témoignage est qu’il ne vient pas d’un adversaire historique du prédateur. Züger explique avoir initialement accueilli favorablement le retour du loup avant que l’observation de son comportement ne le conduise à réclamer une véritable gestion de l’espèce. Selon lui, des loups qui comprennent qu’ils n’ont plus rien à craindre des hommes peuvent progressivement devenir plus audacieux. Il estime également que si un animal découvre qu’un comportement agressif lui permet d’obtenir ce qu’il recherche, il peut apprendre à le reproduire. Pour lui, le principe doit donc être clair : conserver chez le loup sa méfiance vis-à-vis de l’homme et intervenir sur les individus qui franchissent certaines limites. Cette analyse rejoint d’ailleurs directement celle du NINA, qui considère les comportements audacieux, l’habituation à l’homme et l’accès répété à des sources de nourriture anthropiques comme des facteurs devant faire l’objet d’une surveillance et d’une gestion particulièrement attentives.

Oui, le loup peut être dangereux pour l’homme

Il faut donc sortir d’un débat caricatural. Affirmer que chaque loup constitue une menace permanente pour les promeneurs serait absurde. Mais présenter le prédateur comme un animal qui, par nature, ne peut pas être dangereux pour l’homme l’est tout autant. Les faits existent. Des personnes ont été mordues. Des enfants ont été attaqués. Certaines attaques documentées dans le monde ont été mortelles. Et la littérature scientifique reconnaît elle-même l’existence de comportements potentiellement dangereux, notamment chez des individus ayant perdu leur méfiance envers l’homme. Le loup est un grand prédateur sauvage doté des armes naturelles permettant de tuer des proies bien plus puissantes qu’un être humain. Oui, dans certaines circonstances, il représente donc un danger réel pour l’homme. La question n’est pas d’entretenir la peur du loup. Elle est de refuser de nier un risque simplement parce qu’il est statistiquement faible. Et surtout d’accepter qu’avec l’expansion de l’espèce en Europe et la multiplication des contacts avec les activités humaines, une gestion rapide et efficace des individus qui perdent leur comportement naturel de fuite n’est plus une option. À Gallipoli, l’enquête devra déterminer si l’animal qui a blessé trois personnes était effectivement un loup. Le témoignage de Domenico Capriello, venu au secours de la mère et de sa fille, est à découvrir dans la vidéo ci-dessous, diffusée récemment au JT de France 2.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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