Fontainebleau : malgré les faits, les chasseurs encore accusés

Manif anti-chasse

Alors que la préfecture de Seine-et-Marne a déjà démenti toute reprise de la chasse en forêt de Fontainebleau, une centaine de militants et sympathisants animalistes se sont rassemblés jeudi 13 août devant la préfecture à Melun. Dans leur viseur, l’intervention d’un lieutenant de louveterie chargé d’abréger les souffrances de deux cervidés agonisants. Une opération administrative qui continue pourtant d’être présentée comme un « massacre » commis par des chasseurs.

Les faits avaient pourtant été clairement établis

Nous vous relations il y a quelques jours la polémique née après plusieurs coups de feu entendus à proximité du massif de Fontainebleau. Très rapidement, certains avaient affirmé que la chasse avait repris dans cette forêt durement touchée par l’incendie de la mi-juillet. La préfecture de Seine-et-Marne avait pourtant été catégorique : aucune action de chasse n’avait été organisée et « aucun chasseur n’était présent » dans ce cadre. Les tirs entendus correspondaient à une intervention menée le 29 juillet par un lieutenant de louveterie, auxiliaire bénévole de l’État, missionné pour abréger les souffrances de deux animaux gravement blessés, une biche et un daguet décrits comme agonisants. Autrement dit, pas de battue, pas de chasse organisée et pas de prélèvement cynégétique.

Les animalistes parlent désormais de « massacre »

Ces explications officielles n’ont visiblement pas suffi. Jeudi 13 août, une centaine de personnes se sont retrouvées devant la préfecture de Melun à l’appel de plusieurs associations et collectifs animalistes. Parmi elles, Projet Animaux Zoopolis (PAZ), dont la cofondatrice Amandine Sanvisens a dénoncé au micro l’intervention d’un « chasseur » qui serait allé, selon ses mots, « massacrer » des animaux blessés, « soi-disant pour abréger des souffrances ». Un vocabulaire particulièrement lourd lorsqu’on le confronte à la réalité de l’intervention décrite par les services de l’État. Car le lieutenant de louveterie n’intervenait pas dans le cadre d’une action de chasse. Il accomplissait une mission confiée par l’administration afin de mettre fin à l’agonie de deux cervidés dont l’état avait été jugé incompatible avec leur survie.

Un vétérinaire plutôt qu’un lieutenant de louveterie ?

PAZ conteste également le choix de l’administration et estime que les animaux auraient dû être pris en charge par des vétérinaires ou des associations spécialisées. « Si on veut euthanasier un animal, en général on fait appel à un vétérinaire », a notamment déclaré Amandine Sanvisens, affirmant ne pas croire « les belles paroles du préfet ». L’association reproche également à la préfecture de ne pas avoir publié l’arrêté permettant cette intervention. Sur ce point aussi, les services de l’État ont répondu. La préfecture explique qu’il s’agit d’un arrêté nominatif désignant une personne pour une mission particulière et qu’elle n’a donc pas à le publier ni à le transmettre. Cette mission court jusqu’au 15 septembre afin de permettre une nouvelle intervention si un autre animal gravement blessé et impossible à soigner devait être découvert.

Deux animaux abattus, et aucun autre depuis

Autre élément qui cadre assez mal avec l’idée d’un prétendu « massacre » : depuis l’intervention du 29 juillet, aucun autre animal n’a été abattu dans ce cadre. Selon la préfecture, les grands animaux semblent avoir largement réussi à fuir les flammes lors de l’incendie. Sur l’ensemble du massif brûlé, une seule biche morte de ses blessures aurait été retrouvée depuis. Les deux tirs qui ont déclenché cette polémique concernaient donc bien deux animaux précisément identifiés, grièvement blessés et agonisants. Nous sommes loin de l’image d’une forêt ouverte aux chasseurs pour venir tirer la faune rescapée de l’incendie.

La chasse n’a toujours pas repris

Cela n’empêche pas les associations mobilisées à Melun de réclamer désormais l’arrêt immédiat de la chasse en forêt de Fontainebleau, une interdiction pendant deux ans dans toutes les forêts touchées par des incendies ainsi que dans leurs environs, mais aussi le report de l’ouverture de la chasse sur l’ensemble du territoire national. Une revendication d’autant plus étonnante dans le cas de Fontainebleau que, précisément, la chasse n’y a pas repris. La préfecture l’a de nouveau confirmé : aucune décision concernant sa réouverture n’a été prise et le massif reste actuellement totalement fermé au public. Les arrêtés relatifs à l’ouverture de la chasse doivent être publiés au mois de septembre. L’Office national des forêts doit par ailleurs réunir en octobre un comité de pilotage exceptionnel afin de dresser un état des lieux des conséquences de l’incendie sur le massif.

Les chasseurs désignés malgré les démentis

L’affaire devient finalement assez révélatrice du climat entourant aujourd’hui la chasse. Une rumeur évoque des chasseurs dans une forêt incendiée. La préfecture dément. Elle explique qu’il s’agissait d’un lieutenant de louveterie missionné par l’État. Elle précise que deux animaux agonisants seulement ont été concernés. Elle confirme qu’aucune action de chasse n’a repris. Et quelques jours plus tard, les chasseurs se retrouvent malgré tout au cœur d’une manifestation dénonçant des animaux prétendument « massacrés ». On peut naturellement discuter des choix de gestion de la faune sauvage après un incendie, demander davantage de transparence ou préférer une prise en charge vétérinaire lorsque celle-ci est matériellement possible. Mais encore faut-il partir des faits. À Fontainebleau, ceux-ci sont désormais connus : il n’y avait ni partie de chasse, ni chasseurs lâchés dans le massif sinistré, ni massacre de la faune sauvage. Seulement deux cervidés agonisants et un lieutenant de louveterie chargé par l’État de mettre fin à leurs souffrances.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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