Trente cervidés ont été tués en juillet lors d’opérations administratives menées de nuit par des lieutenants de louveterie en Dordogne. Destinées à protéger des cultures de maïs fortement touchées par les dégâts, ces interventions provoquent la colère de la SEPANSO, tandis que la préfecture et le monde agricole défendent leur nécessité.
Trente cervidés prélevés en quelques jours
La régulation des cervidés provoque de vives tensions en Dordogne. Selon ICI Périgord, deux arrêtés préfectoraux ont autorisé en juillet des opérations de destruction de cervidés (cerfs élaphes et chevreuils) sur plusieurs communes situées au nord de Lalinde. Le premier arrêté, pris le 16 juillet, concernait Sainte-Foy-de-Longas et Val de Louyre et Caudeau. Un second a été pris le 23 juillet pour Pressignac-Vicq ainsi que Mauzac-et-Grand-Castang. Ces opérations, d’une durée de deux semaines, ont été réalisées de nuit par des lieutenants de louveterie à la demande d’agriculteurs confrontés à des dégâts dans leurs cultures. Au total, 30 cervidés ont été tués, un chiffre confirmé par les services de l’État.
La SEPANSO dénonce une décision « absurde »
Ces destructions sont vivement contestées par la SEPANSO (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) Dordogne. Son président, Gérard Charollois, estime que de tels prélèvements pourraient fragiliser les populations locales de cervidés. « Au rythme où ça va, en quelques nuits, ils ont déjà tué 30 cervidés […] L’espèce va être compromise dans les secteurs concernés », affirme-t-il auprès d’ICI Périgord. Il conteste également l’intérêt de protéger à tout prix les cultures de maïs dans un contexte de sécheresse et de fortes chaleurs. « C’est absurde de sauver du maïs qui, de toute façon, est condamné. L’évolution du climat fait que la maïsiculture n’a plus sa place dans le sud de la France. Ce ne sont pas les cervidés qui compromettent les récoltes », estime le responsable associatif. Gérard Charollois va jusqu’à accuser l’administration de céder à la pression du monde agricole et demande à la préfète de ne plus autoriser ces tirs.
Jusqu’à 150 cervidés observés lors des sorties
La préfecture apporte cependant des éléments qui permettent de mieux comprendre sa décision. Les exploitants concernés sont notamment des éleveurs laitiers cultivant du maïs destiné à l’alimentation de leurs animaux. Ils avaient signalé d’importants dégâts dans leurs parcelles au mois de juillet. Selon les services de l’État, le secteur concerné est le deuxième plus touché par les dégâts agricoles au cours des trois dernières années parmi les 32 secteurs suivis dans le département. Surtout, les observations réalisées sur place font apparaître des concentrations particulièrement importantes de cervidés. Le lieutenant de louveterie chargé des opérations aurait ainsi observé « entre 120 et 150 cervidés » à chacune de ses sorties. La préfecture considère que les 30 animaux prélevés ont permis de réduire la pression sur les cultures tout en provoquant l’effarouchement des autres animaux présents. Les opérations sont désormais terminées.
Les fortes chaleurs ont écarté l’option des battues
Le choix d’intervenir de nuit est également expliqué par les conditions météorologiques. Avec les températures particulièrement élevées de cet été, la préfecture indique que les fortes chaleurs ne permettaient pas d’organiser des battues administratives dans de bonnes conditions. Les tirs réalisés par les lieutenants de louveterie ont donc été privilégiés pour répondre rapidement aux demandes des exploitants. Une méthode qui n’est toutefois pas sans susciter des interrogations. La destruction administrative de cervidés reste un sujet sensible, y compris dans le monde cynégétique, puisqu’elle intervient en dehors de la saison de chasse et peut avoir des conséquences sur les populations qui seront ensuite gérées par les chasseurs au cours de la saison suivante.
Le président de la chambre d’agriculture monte au créneau
Les déclarations de Gérard Charollois ont également provoqué une réaction très vive de Rémi Dumaure, président de la chambre d’agriculture de Dordogne. « Le maïs, c’est les agriculteurs qui le sèment, ils vont perdre assez gros, il n’y a pas besoin en plus de rajouter les dégâts de gibier dessus. Il faut préserver le maïs pour nos animaux, on n’est pas là pour nourrir la faune sauvage », répond-il. Il rappelle que les éleveurs doivent eux-mêmes faire face aux conséquences de la sécheresse et à une diminution des ressources alimentaires pour leurs troupeaux. « Nos animaux crèvent de faim et en plus de ça, on doit nourrir la faune sauvage qui est en surpopulation, ce n’est pas possible », poursuit-il. Le président de la chambre d’agriculture envisage désormais de porter plainte contre la SEPANSO. Derrière la virulence des échanges apparaît finalement une question particulièrement complexe : comment protéger des exploitations agricoles déjà fragilisées par les conditions climatiques sans déséquilibrer une population de cervidés qui constitue également une richesse importante de la faune sauvage périgourdine ? Un équilibre difficile à trouver et qui risque de continuer à alimenter le débat en Dordogne.












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