En Ariège, la cohabitation imposée avec l’ours continue de faire peser une pression énorme sur les éleveurs de montagne. À Soula, Daniel Delteil, éleveur ovin, a vécu deux rencontres extrêmement dangereuses avec un plantigrade en l’espace de deux semaines. Lors de la seconde, sa chienne Voxie a été très grièvement blessée.
Une première rencontre à quelques mètres
Installé depuis une dizaine d’années à Soula, Daniel Delteil fait paître son troupeau sur l’estive d’Arréou. Le 25 juillet dernier, alors qu’il part à la recherche d’une brebis égarée, il tombe nez à nez avec un ours. L’éleveur raconte avoir d’abord eu du mal à comprendre ce qu’il se passait avant de voir surgir l’animal seulement quelques secondes plus tard. Huit mètres à peine séparaient alors l’homme et le plantigrade. Pris de panique, Daniel Delteil tente de faire reculer l’ours en lui lançant des cailloux, mais sans succès. Il confie avoir alors basculé en « mode survie« . Selon son témoignage, l’animal n’a montré aucune crainte particulière de l’homme. Après avoir grogné, il a finalement quitté les lieux en marchant.
Une seconde attaque bien plus violente
Le 7 août, soit moins de deux semaines plus tard, l’éleveur est à nouveau confronté à l’ours. Cette fois, il est accompagné de sa chienne Voxie et part à la recherche d’un patou chargé de surveiller le pâturage. Daniel Delteil aperçoit le chien de protection au fond de l’estive et avance avec sa chienne. C’est alors que la situation dégénère brutalement. Voxie marque un arrêt, se met à aboyer, puis l’ours se jette sur elle. Dans la violence de l’attaque, la chienne chute d’une trentaine de mètres le long d’une falaise. L’éleveur se retrouve alors à seulement trois mètres de l’animal. Il décrit une scène glaçante : « Il est arrivé la gueule ouverte, en grognant, la patte levée vers moi. Il était prêt à en découdre. » Comme lors de la première rencontre, l’ours finit toutefois par faire demi-tour.
Une chienne mutilée, un éleveur sous le choc
Pour Voxie, les conséquences sont dramatiques. La chienne présente une patte sectionnée, cinq côtes cassées, un traumatisme au bassin, deux hémorragies internes ainsi qu’un hématome à la tête. Quant à l’éleveur, il reste profondément marqué par ces deux épisodes. Il résume le sentiment qui l’a traversé dans ces instants : « À ce moment-là, on pense à sa famille, à ses enfants qu’on ne reverra peut-être pas, à la chienne qui a dévalé la falaise, à ce qui peut se passer. »
Le dossier brûlant de la cohabitation
Ce nouveau témoignage rappelle à quel point la présence de l’ours dans les Pyrénées reste un sujet explosif pour les éleveurs. Au-delà des prédations sur les troupeaux, c’est aussi la sécurité des hommes et des chiens qui est désormais en cause sur certaines estives. Quand un éleveur en vient à croiser à deux reprises un ours dans un laps de temps aussi court, dont une fois à seulement quelques mètres dans une attitude manifestement agressive, difficile de continuer à parler d’une cohabitation sereine. Pour les professionnels de terrain, ces situations ne relèvent plus de l’exception anecdotique, mais bien d’une réalité quotidienne de plus en plus pesante.












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