Tête de sanglier, tags et intimidation : le siège de la LPO visé par des actes de vandalisme

Dans la nuit du 10 au 11 décembre, le siège national de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), installé dans le bâtiment historique des Fonderies Royales à Rochefort, en Charente-Maritime, a été la cible d’actes de vandalisme. Ces dégradations ont été revendiquées par des membres de la Coordination rurale 17, section départementale du syndicat agricole. Selon les éléments communiqués par la LPO, plusieurs sites ont été touchés simultanément. Outre le siège national de l’association à Rochefort, les locaux de la Réserve naturelle nationale de Moëze-Oléron, gérée par la LPO, ainsi que les bureaux de l’association Nature Environnement 17 à Surgères ont également subi des dégradations.

Les faits rapportés font état de tags injurieux apposés sur les bâtiments, de dépôts de ballots de paille et de pneus, ainsi que de la présence d’une tête de sanglier décapitée déposée sur les lieux. La LPO a immédiatement dénoncé des pratiques d’intimidation qu’elle qualifie d’inacceptables et indignes. Dans un communiqué diffusé à la suite des faits, l’association estime que la colère exprimée par les auteurs de ces actes se trompe d’adversaire. Selon la LPO, les difficultés rencontrées par le monde agricole ne relèvent pas de l’action des associations de protection de la nature, mais d’un système agro-industriel qu’elle juge responsable, depuis plusieurs décennies, de la dégradation des sols, de la biodiversité et de la situation économique des exploitants.

Le président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, a rappelé que l’association entend poursuivre son engagement en faveur d’une agriculture respectueuse du vivant et appelle à la responsabilité et au dialogue plutôt qu’à la violence et à la division. La LPO affirme être déjà engagée sur le terrain aux côtés de nombreux agriculteurs et refuse toute opposition frontale entre agriculture et protection de la nature.

Une action revendiquée et d’autres sites visés

Ces actes s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes entre une partie du monde agricole, certaines organisations environnementales et les institutions publiques. La LPO évoque une série d’attaques récentes visant des sites qu’elle gère ou auxquels elle est associée, notamment dans les réserves naturelles de Moëze-Oléron et de la Massonne.

Rappel: La position de la LPO face à la chasse

Au-delà de ces événements, la LPO rappelle régulièrement ses positions critiques à l’égard de la chasse telle qu’elle est pratiquée en France. L’association estime que certains responsables cynégétiques chercheraient à radicaliser les débats pour présenter la LPO comme un acteur extrémiste, avec lequel le dialogue serait impossible.

La LPO met en avant ce qu’elle considère comme des dérives de la chasse à la française. Elle souligne notamment que 64 espèces d’oiseaux sont chassables en France, contre une moyenne d’une trentaine dans la plupart des autres pays européens. L’association dénonce également la chasse d’espèces figurant sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, la pollution liée au plomb, la destruction de prédateurs qu’elle considère comme utiles à l’agriculture, ainsi que des pratiques de piégeage jugées non sélectives.

La LPO rappelle aussi avoir mené des actions contre la chasse de certaines espèces migratrices au printemps, pratique aujourd’hui interdite. Elle critique les lâchers massifs de gibier d’élevage, l’extension des périodes de chasse sur une grande partie de l’année, la présence de la chasse dans des espaces naturels protégés, ainsi que ce qu’elle qualifie de mauvaise gestion du sanglier, notamment à travers l’agrainage et certains lâchers. Sur le plan scientifique, l’association affirme que l’idée selon laquelle la chasse serait aujourd’hui indispensable à l’équilibre des écosystèmes ne repose sur aucun fondement solide. Selon elle, cette vision relèverait davantage d’une représentation idéalisée d’une ruralité ancienne que d’une réalité écologique objectivée.

Une opposition de fond entre deux visions du vivant

La LPO revendique une action constante contre ce qu’elle considère comme des abus cynégétiques, notamment par des recours juridiques visant certaines pratiques ou réglementations. Elle s’oppose à la chasse dans de nombreux espaces protégés, tels que les parcs naturels régionaux et nationaux ou les sites Natura 2000.

Les événements survenus à Rochefort illustrent une nouvelle fois la profondeur des fractures qui traversent aujourd’hui le monde rural, la protection de la nature et la chasse.Le dialogue apparaît plus que jamais fragilisé, dans un contexte où la question de la gestion de la faune et des territoires reste au cœur des tensions françaises.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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