Pierre Rigaux n’est pas un inconnu. Depuis des années, il s’est construit une notoriété et un modèle économique sur une opposition frontale au monde de la chasse et aux chasseurs. Plateformes de dons, prises de parole médiatiques, invitations sur des antennes nationales, tout repose sur une mécanique simple : désigner un adversaire, l’exposer et tenter de le ridiculiser.
La publication qu’il a diffusée ces derniers jours sur son compte Instagram (voir ci-dessous) en est une nouvelle illustration, et sans doute l’une des plus révélatrices. On voit un homme de dos, en tenue de chasse, poussant une poussette avec son enfant. En légende : « Promener le bébé entre deux flingages de sangliers ». Le cliché est pris dans le Jura. L’intention est claire : suggérer que le chasseur serait un individu moralement dangereux, incapable de distinguer la violence de la parentalité, et transformer un simple moment de vie en scène glaçante.
Le problème, c’est que cette fois, même son propre public ne suit pas. Les commentaires sous la publication sont sans appel. Des soutiens habituels de Pierre Rigaux s’interrogent : « Quel est l’intérêt de cette publication ? », « Ça ne sert pas la cause », « Tu peux critiquer la chasse mais là je ne vois pas le rapport », « C’est vachement bas pour le coup ». Certains, pourtant farouchement opposés à la chasse, rappellent une évidence : un homme qui promène son enfant reste un père avant tout, et le juger sur une tenue ou une activité relève d’un glissement inquiétant.
Cette réaction en dit long. Lorsqu’un militant pourtant suivi pour sa dénonciation des pratiques cynégétiques en arrive à se faire recadrer par sa propre communauté, c’est qu’une ligne a été franchie. La critique de la chasse, même radicale, peut se débattre. La stigmatisation des individus, de leur famille, de leurs enfants, est autre chose.
Car c’est bien cela qui transparaît derrière cette image : l’idée qu’un chasseur serait par nature un être moralement déviant, jusque dans sa vie privée. Qu’il faudrait voir dans une poussette non plus un symbole de protection, mais un prétexte à l’indignation. Cette vision n’a rien de naturaliste, rien de rationnel, rien de scientifique. Elle repose sur une caricature émotionnelle, volontairement choquante, conçue pour provoquer, faire réagir et, surtout, faire tourner une machine à clics et à dons.
Pierre Rigaux vit de cette confrontation permanente. Son financement via Tipeee, ses relais médiatiques, son positionnement public sont adossés à une dramaturgie : les chasseurs comme figure du mal. Mais à force de tirer sur la corde, le discours se vide de sens. Lorsqu’on ne s’attaque plus à des pratiques, à des règles, à des enjeux environnementaux ou de sécurité, mais à des pères de famille photographiés dans la rue, on quitte le débat pour entrer dans l’obsession.
Le plus frappant reste peut-être la dissonance entre l’image que Pierre Rigaux projette de lui-même et celle qu’il donne ici. Celui qui était invité sur France Inter pour parler de biodiversité et d’éthique animale publie désormais des photos de personnes anonymes, les détourne, les ridiculise, et laisse prospérer sous son post des commentaires parlant de « tueurs en série », d’êtres « qui ne devraient pas se reproduire » ou d’enfants « élevés dans la violence ». Même parmi ses abonnés, beaucoup sentent que quelque chose cloche.
On peut être opposé à la chasse. Mais lorsque le militantisme se transforme en mépris systématique de personnes ordinaires, en exploitation de leurs enfants pour nourrir une narration haineuse, il ne s’agit plus d’écologie ni de protection du vivant. Il s’agit d’acharnement. Et cette photo, bien plus que le chasseur qu’elle prétend dénoncer, révèle surtout jusqu’où Pierre Rigaux est prêt à aller pour entretenir son combat.












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