Souvent associées, parfois confondues, la chasse française et la chasse belge reposent pourtant sur des modèles profondément différents. Organisation institutionnelle, accès aux territoires, formation des chasseurs, place de la chasse dans la société : les écarts sont nombreux, même si la passion reste la même des deux côtés de la frontière.
Pour So Chasse, Benoît Petit, Président du Royal Saint-Hubert Club de Belgique, revient en détail sur les spécificités du modèle belge, les différences avec la France et les enjeux actuels d’une chasse plus discrète, mais solidement structurée.
BSL – Benoit Petit, pouvez-vous présenter brièvement l’histoire, les missions et le rôle actuel du Royal Saint-Hubert Club de Belgique dans l’organisation et la défense de la chasse ?
BP: Créé en 1909, le Royal Saint-Hubert Club de Belgique est la plus importante association de promotion et de défense de la chasse. Elle rassemble 12 600 chasseurs. L’association est organisée en deux ailes, l’ASBL wallonne du RSHCB et l’ASBL Hubertus Vereniging Vlaanderen.
Toutes deux poursuivent les mêmes objectifs de défense de tous les modes de chasse pratiqués avec une éthique responsable. Elles sensibilisent les chasseurs à la préservation et à l’aménagement des biotopes, à la sauvegarde de la petite faune des plaines, à la maîtrise des populations de grand gibier, à la défense des milieux naturels et de la biodiversité, au partage de la nature avec les autres utilisateurs, au bien-être animal, ou encore au rôle de sentinelle sanitaire sur la faune sauvage.
« Chasser, c’est bien plus que tirer », et c’est dans cette optique que le RSHCB forme les chasseurs au travers de cycles de formation, allant des cours théoriques et pratiques pour l’examen de chasse aux brevets traqueur, grand gibier ou petit gibier, en passant par la formation de personne formée et l’utilisation de simulateurs de tir.
Véritable fédération des chasseurs de Belgique, le RSHCB est considéré comme le relais des chasseurs et des conseils cynégétiques vers les autorités politiques, administratives et autres institutions. L’association est en quelque sorte le syndicat des chasseurs belges depuis près de 116 ans.
BSL – En quoi le RSHCB se distingue-t-il fondamentalement d’une structure comme la Fédération nationale des chasseurs en France, sur le plan institutionnel et représentatif ?
BP: La différence principale tient au cadre institutionnel. En France, les fédérations de chasseurs sont prévues par la loi et se voient confier des missions de service public liées à la gestion cynégétique. En Belgique, le RSHCB est une association et non un organisme de droit public doté de missions de service public. Son influence vient de sa représentativité, de son expertise, de ses services et de sa capacité de concertation, plutôt que d’une délégation légale comparable à celle des fédérations françaises.
La France repose sur un maillage départemental intégré à l’action publique. En Belgique, la représentation relève d’une logique associative d’adhésion volontaire. Le RSHCB agit donc comme une organisation nationale de défense et de services, influente par ses actions, sans être l’équivalent juridique d’une fédération française.

BSL – Comment se déroule concrètement l’obtention du permis de chasse en Belgique, et est-il considéré comme difficile ?
BP L’examen théorique exige de solides connaissances juridiques, balistiques, éthiques et biologiques. L’examen pratique confronte les candidats à différentes situations où sont évaluées la sécurité et la manipulation des armes. Il se termine par un exercice de tir nécessitant une adresse minimale. Le permis est considéré comme difficile à obtenir, avec un taux de réussite d’environ 60 % pour l’épreuve théorique et de 80 % pour l’épreuve pratique, accessible uniquement après la réussite du théorique.

BSL – Quelles sont les conditions à remplir pour devenir chasseur en Belgique ?
BP Il faut avoir 16 ans accomplis pour présenter l’examen de chasse, mais on ne peut détenir un permis de chasse et pratiquer qu’à partir de 18 ans. La chasse accompagnée n’existe pas en Belgique. Pour devenir chasseur et conserver son permis, il est nécessaire de réussir l’examen, de disposer d’un casier judiciaire vierge et de souscrire une assurance en responsabilité civile.
BSL – Quel est le coût global pour un candidat chasseur, entre formation, examen et début de pratique ?
BP Cette question varie entre la Flandre et la Wallonie. En Wallonie, les formations sont recommandées mais non obligatoires. Un candidat qui souhaite se donner toutes les chances de réussite investit généralement entre 200 et 450 euros. L’examen en lui-même est gratuit.
BSL – Comment l’État belge organise-t-il la chasse dans un contexte de régionalisation ?
BP La chasse est une compétence régionalisée relevant de la Flandre et de la Wallonie. Dans la Région de Bruxelles-Capitale, elle est interdite depuis 1991. Seules les réglementations concernant les armes et la venaison sont fédérales. Pour la suite, je m’exprimerai essentiellement pour la Wallonie, où notre association concentre ses activités.

BSL – Existe-t-il des structures équivalentes aux fédérations départementales françaises ou aux schémas de gestion cynégétique ?
BP La Wallonie est divisée en 50 conseils cynégétiques. Ce sont des associations privées, reconnues par la Région wallonne, dont les missions sont clairement définies. Ils coordonnent la gestion du grand gibier, centralisent les données cynégétiques, mettent en œuvre des plans de gestion pour certaines espèces de petit gibier et servent d’interlocuteurs collectifs auprès des autorités.
Ils ne disposent pas de pouvoir réglementaire ni de missions de contrôle, mais constituent des outils de concertation au service d’une gestion collective plus cohérente.
BSL – Où chasse-t-on principalement en Belgique et comment s’organise l’accès aux territoires ?
BP En Wallonie, la forêt est composée à parts égales de forêts publiques et privées. Le droit de chasse est attaché au droit de propriété. Il n’existe pas en Belgique d’équivalent aux ACCA françaises. L’accès à la chasse est donc plus restreint, notamment pour les personnes extérieures au milieu cynégétique.
BSL – Combien compte-t-on de chasseurs en Belgique aujourd’hui ?
BP La Belgique compte un peu plus de 25 000 chasseurs. Le nombre est stable en Flandre et en augmentation constante en Wallonie, avec un record récent de candidats au permis de chasse.

BSL – Quelles sont aujourd’hui les espèces les plus chassées en Belgique ?
BP Le petit gibier est en recul constant, pour des raisons similaires à celles observées en France. Le grand gibier, en revanche, se développe fortement, y compris dans des zones agricoles et périurbaines où il était autrefois absent. Le retour du loup pourrait influencer cette dynamique dans les années à venir.
BSL – La chasse est-elle perçue avant tout comme un outil de gestion, une tradition ou un loisir ?
BP La perception varie selon les acteurs. Du point de vue institutionnel et environnementaliste, la chasse est principalement envisagée comme un outil de gestion. Les chasseurs, eux, revendiquent une activité de loisir et de passion, fondée sur la transmission, la convivialité et une relation forte à la nature. La fonction de gestion est assumée, mais elle ne constitue pas l’unique justification de la pratique.
BSL – Qu’est-ce qui vous semble le plus similaire entre la chasse en France et en Belgique ?
BP La passion.
BSL – À l’inverse, quelles sont les différences majeures entre les deux pays ?
BP La France dispose d’un système centralisé, très structuré, avec une chasse populaire largement accessible. En Belgique, la chasse est davantage liée au droit de propriété, plus discrète dans l’espace public et moins intégrée au débat politique, ce qui la rend plus facilement réduite à une lecture strictement technique.

BSL – Est-il exact que de nombreux chasseurs belges viennent chasser en France, et pour quelles raisons ?
BP Oui. La densité de population en Belgique, la pression foncière et les coûts liés à la chasse incitent certains chasseurs à se tourner vers la France. La richesse cynégétique française et la diversité des territoires expliquent aussi cet attrait.
BSL – Quelle image la chasse renvoie-t-elle aujourd’hui auprès de la population belge ?
BP La chasse est souvent perçue à travers un prisme environnemental et gestionnaire, au détriment de ses dimensions culturelle et sociale.
BSL – Existe-t-il en Belgique des mouvements anti-chasse structurés ou des actions de sabotage ?
BP Oui, mais ils sont moins visibles qu’en France. Ils cherchent davantage à réduire progressivement la place de la chasse qu’à l’attaquer frontalement, même si quelques actes de sabotage sont observés chaque année.
BSL – Quels sont aujourd’hui les principaux combats menés par le Royal Saint-Hubert Club de Belgique ?
BP La défense institutionnelle des chasseurs, la promotion d’une chasse éthique et responsable, la formation, la représentation auprès des autorités et l’amélioration de l’image sociale et culturelle de la chasse en Belgique.
Royal Saint-Hubert de Belgique: https://www.chasse.be/












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