Quarante ans de vie de chasse partis en fumée
Dans la nuit du 11 au 12 décembre, la cabane de chasse de la société de chasse de Beauregard-de-Terrasson a été entièrement détruite par un incendie. Un lieu modeste, sans luxe, mais chargé d’histoire, de souvenirs et de convivialité, réduit à un tas de cendres au petit matin. Pour les quinze chasseurs qui y avaient leurs habitudes depuis parfois plusieurs décennies, le choc a été immense.
Cette cabane, construite il y a près de quarante ans par les chasseurs eux-mêmes, était bien plus qu’un simple abri. On s’y retrouvait pour organiser les battues, partager les repas, préparer les saisons, accueillir des randonneurs du village ou des associations voisines. Elle incarnait une certaine idée de la chasse, ancrée dans le territoire, ouverte et conviviale nous explique son président Bernard Boyer.
Une nuit, un feu, et de nombreuses questions
La veille de l’incendie, Bernard Boyer s’était rendu sur place pour déposer du matériel en vue de la chasse du week-end. Quelques heures plus tard, une voisine donnait l’alerte en apercevant de la fumée s’élever à l’aube. À l’arrivée sur les lieux, il ne restait plus rien.
Rapidement, les premiers éléments ont semé le doute. La porte en tôle avait été forcée, le cadenas brisé. Du matériel avait disparu : groupe électrogène, panneaux photovoltaïques, bouteilles de gaz, outillage, réserves alimentaires. Puis le feu. Pourquoi incendier la cabane après le vol ? Effacer des traces ? Geste gratuit ? Acte de malveillance ciblée ?
À ce stade, aucune certitude. Une plainte a été déposée, mais l’enquête n’a pas permis d’identifier les auteurs. Pour les chasseurs, le préjudice matériel est estimé entre 500 et 1 000 euros. Mais le vrai dommage est ailleurs : la perte d’un lieu commun, patiemment construit et entretenu, et l’effacement brutal de décennies de vie associative rurale.
Ni fantasme, ni accusation hâtive
Contrairement à ce que certains pourraient imaginer, Bernard Boyer se refuse à désigner des coupables tout trouvés. Dans le secteur, comme ailleurs, les équilibres cynégétiques sont parfois fragiles et les incompréhensions peuvent exister. Ce qui est certain, en revanche, c’est que cet incendie s’inscrit dans un climat plus large où les cabanes, miradors et installations de chasse sont de plus en plus souvent dégradés ou incendiés en France. Chaque affaire est différente, mais toutes laissent les mêmes traces : découragement, sentiment d’injustice, et impression d’abandon.
Une solution provisoire, mais pas durable
Depuis l’incendie, la mairie de Beauregard-de-Terrasson a réagi rapidement en mettant à disposition un local provisoire, situé au cœur du village. Une solution transitoire, qui permet à la société de chasse de continuer à fonctionner, mais qui reste peu adaptée à la réalité : proximité des habitations, nuisances sonores liées aux chiens, contraintes logistiques.
Surtout, cette situation ne peut être que temporaire. La commune a donc proposé d’acheter un nouveau terrain, cette fois constructible, et de prendre à sa charge les raccordements à l’eau et à l’électricité. Un engagement important pour une petite commune rurale, mais qui ne couvre pas la construction elle-même.
Reconstruire, ensemble, à hauteur d’hommes
Le projet est clair : reconstruire une cabane simple, fonctionnelle, en règle, pour permettre à la société de chasse de continuer à exister. Le budget estimé se situe entre 10 000 et 15 000 euros. Une somme considérable pour une association de quinze chasseurs, dont beaucoup sont retraités ou actifs modestes. C’est dans ce contexte qu’une cagnotte en ligne a été mise en place. À ce jour, 3500 euros ont déjà été réunis, entre dons en ligne et contributions directes de chasseurs ou de sympathisants qui ont préféré donner sans passer par Internet. Mais le compte n’y est pas encore.
Pourquoi cette cagnotte concerne tous les chasseurs ?
Ce qui s’est passé à Beauregard-de-Terrasson pourrait arriver ailleurs. Aujourd’hui, cette société de chasse est touchée. Demain, une autre. Derrière cette cagnotte, il n’y a ni grand projet immobilier, ni structure professionnelle, mais simplement des chasseurs qui veulent continuer à se retrouver, à chasser dans le respect des règles, et à faire vivre une tradition locale.
La cabane n’était pas réservée aux seuls chasseurs. Elle servait aussi de point d’abri pour des randonnées, des trails, des événements communaux. Elle était un lieu partagé, ouvert, prêté gracieusement à des associations venues parfois de loin. La détruire, c’est aussi appauvrir la vie rurale locale.
Une chasse fondée sur la convivialité
Bernard Boyer le rappelle avec simplicité : la chasse, pour lui et pour les siens, n’a jamais été une affaire de performance ou de trophées. C’est avant tout une question de convivialité, de transmission, de respect du territoire et des autres usagers de la nature. Cette philosophie, ils souhaitent la perpétuer dans une nouvelle cabane, reconstruite pierre après pierre, don après don. Si le projet aboutit, tous les contributeurs seront invités à l’inauguration de la future cabane. Et si des contributeurs souhaitent venir un jour à la chasse avec nous, ils seront les bienvenus. Une manière de remercier ceux qui auront permis à cette société de chasse de sortir la tête de l’eau.
Un appel aux lecteurs de So Chasse
Quelques euros, multipliés par des centaines de chasseurs, peuvent suffire à redonner un toit, un point de ralliement et un avenir à cette société de chasse de Dordogne.












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