Sophie Lasagni : « Entendre mes chiens mener les sangliers me donne des frissons »

De plus en plus de femmes rejoignent aujourd’hui le monde de la chasse. Passionnée par les armes, le tir et les chiens de chasse, Sophie Lasagni a découvert la chasse il y a quelques années dans les Corbières occidentales, un territoire où la chasse du sanglier demande des chiens très courageux. Entretien.

Quand et comment est venue votre passion pour la chasse ?

J’ai toujours évolué dans le milieu des armes. Je pratique le tir sportif depuis 2014 et j’ai travaillé dans des armureries, ce qui m’a plongée très tôt dans l’univers du tir et de la chasse. C’est un milieu qui m’a toujours passionnée. Mon mari chasse depuis plus de vingt ans et il m’en parlait souvent avec énormément de passion et de connaissances. Il y a environ quatre ans, nous avons décidé de monter notre propre meute de chiens. Nous avons notamment des Jack Russell terriers et des Fauves de Bretagne, des chiens avec du mordant, parfaitement adaptés pour chasser sur notre territoire. Nous chassons dans les Corbières occidentales, un secteur très fermé où la chasse est parfois compliquée. Au début, je l’accompagnais simplement pour découvrir. Puis j’ai commencé à suivre les journées de chasse plus régulièrement. Le moment qui m’a vraiment marquée, c’est lorsque j’ai entendu mes propres chiens travailler sur la voie du sanglier. Voir leur travail, découvrir l’ambiance d’une journée de chasse, la nature et la complicité entre chasseurs m’a complètement séduite. Petit à petit, je suis tombée dedans et c’est devenu une véritable passion. J’ai découvert un univers que je ne connaissais finalement qu’à moitié, ce qui m’a donné envie de franchir le pas et de passer moi aussi mon permis de chasser.

À quel âge avez-vous passé votre permis de chasser ?

J’ai passé mon permis de chasser en mai 2024, donc c’est très récent. Je suis encore une jeune chasseresse finalement. Mais j’ai la chance d’être entourée de personnes très passionnées et expérimentées. Cela permet d’apprendre très vite et d’acquérir rapidement les bons réflexes sur le terrain.

Vous souvenez-vous de votre première journée de chasse ?

Oui, je m’en souviens très bien. La première journée est assez particulière lorsqu’on débute. On se retrouve seule à son poste, dans la nature, avec beaucoup de silence autour. On écoute tout, on observe tout et on se pose énormément de questions. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de la chasse. L’attente, l’écoute des chiens, l’observation et surtout l’adrénaline qui monte progressivement rendent ce moment très intense.

Vous souvenez-vous de votre premier gibier ?

Oui, je m’en souviendrai toute ma vie. Mon premier gibier était un sanglier de 89,5 kilos. Ce qui rend ce moment encore plus spécial, c’est que ce sanglier avait été levé et mené par mes propres chiens. Le prélever devant eux et les voir arriver à la mort a été un moment extrêmement fort. Entre le travail des chiens, l’émotion du moment et le respect pour l’animal, c’est un souvenir que je garderai toute ma vie.

Comment avez-vous été accueillie en tant que femme dans l’équipe de chasse ?

Franchement très bien. Je connaissais déjà certains chasseurs car mon mari chasse avec eux depuis des années, ce qui facilite l’intégration. Mais surtout, nous avons une superbe équipe et une très bonne ambiance. J’ai été très bien accueillie et encouragée. Je dois même avouer qu’ils me mettent souvent sur de très bons postes, donc je suis peut-être un peu privilégiée. Mais honnêtement, tout le monde est gentil et respectueux. Et oui, j’ai aussi mes petits chouchous dans l’équipe, même si je ne donnerai pas de noms.

Quel gibier préférez-vous chasser ?

Je préfère clairement le grand gibier, notamment le sanglier. Il y a quelque chose de très fort dans cette chasse. L’attente au poste, l’adrénaline et surtout le travail des chiens dans la traque créent une atmosphère unique. Comme j’ai mes propres chiens, entendre leurs voix dans la forêt est un moment magique. Lorsqu’ils mènent un animal, cette musique résonne dans les bois et donne vraiment des frissons. Quand ce sont tes propres chiens, l’émotion est encore plus forte.

Quel regard portez-vous sur la chasse en France aujourd’hui ?

Je pense que la chasse en France est parfois très mal comprise, surtout par les personnes qui ne la connaissent pas. Il existe beaucoup d’idées reçues. Pourtant, la chasse est avant tout une gestion de la nature, une tradition et une immense passion pour les territoires et les animaux. Pour améliorer l’image de la chasse, il faut montrer la réalité de ce que nous faisons. Il faut expliquer nos pratiques, partager nos journées et montrer le travail des chiens ainsi que le respect du gibier et de la nature. C’est pour cela que je suis très active sur les réseaux sociaux. Je partage régulièrement des moments de chasse. Il m’arrive de recevoir des messages haineux et même des insultes, ce qui peut être difficile. Mais je continue parce que je pense que c’est important de montrer ce qu’est réellement la chasse.

Quel est votre rêve cynégétique ?

Mon rêve cynégétique va peut-être paraître simple, mais j’aimerais beaucoup prélever un cerf. Sur le territoire où je chasse actuellement, il n’y en a pas. Nous chassons notamment sur Ladern-sur-Lauquet et Cavanac et cette espèce n’y est pas présente. Mais je reçois parfois des invitations ailleurs. Peut-être qu’un jour l’occasion se présentera. Ce serait un moment vraiment incroyable pour moi.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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