Cher : la fin des tirs de nuit relance le débat sur la régulation des sangliers

Thermique tir sangliers de nuit

Dans le Cher, la décision du tribunal administratif d’annuler partiellement un arrêté préfectoral autorisant les tirs de nuit contre les sangliers suscite l’inquiétude des agriculteurs… et relance un débat de fond sur l’organisation de la régulation. Depuis 2024, un dispositif permettait en effet d’intervenir rapidement sur les parcelles, notamment grâce à l’usage de sources lumineuses et de dispositifs de visée thermique. Une solution jugée efficace sur le terrain, mais qui sortait du cadre fixé par la réglementation nationale.

Des agriculteurs confrontés à l’urgence


Avec le retour au droit commun, les exploitants agricoles se retrouvent aujourd’hui avec des moyens jugés moins réactifs. Les premiers dégâts sont déjà constatés sur les semis de maïs, et les inquiétudes grandissent à l’approche de la période sensible de fin juin, lorsque les cultures deviennent particulièrement attractives pour les sangliers. Sur le terrain, certains décrivent un quotidien éprouvant, fait de nuits passées à effaroucher les animaux à coups de bruit et de passages répétés. Une solution chronophage, difficilement tenable dans la durée, surtout en pleine saison agricole.

Un recours venu du monde de la chasse


Le tribunal administratif a estimé que l’arrêté préfectoral allait au-delà des possibilités offertes par la réglementation, notamment en autorisant des moyens interdits comme les sources lumineuses pour le tir ou l’usage de lunettes thermiques. À l’origine de ce recours, l’Association départementale des chasseurs de grand gibier du Cher, qui souhaite une remise à plat du système actuel, notamment en matière d’indemnisation des dégâts agricoles. En l’état, les interventions restent possibles, mais dans un cadre plus contraint : tirs à l’affût ou à l’approche en horaires légaux, battues administratives et autres actions, menées sous l’autorité des lieutenants de louveterie.

Des chasseurs qui rappellent leur rôle… et leurs limites


Les représentants des chasseurs soulignent que plusieurs leviers existent toujours pour protéger les cultures : clôtures électriques, effarouchement, interventions encadrées ou encore mobilisation de la louveterie. Mais ils insistent surtout sur un point de fond : le poids croissant des indemnisations. Dans le Cher, près de 800 000 euros ont été versés l’an dernier pour compenser les dégâts liés au gibier. Un système qui repose entièrement sur les chasseurs, alors même que leur nombre diminue, et que les populations de sangliers continuent d’augmenter.

Un débat de fond sur l’organisation du système


Derrière la question des tirs de nuit se dessine en réalité un débat plus large. Certains évoquent la possibilité de permettre aux agriculteurs d’intervenir plus directement sur leurs parcelles pour protéger leurs cultures, notamment par des tirs à l’affût encadrés. Une évolution qui poserait immédiatement la question de l’indemnisation : si les exploitants peuvent agir eux-mêmes, le modèle actuel, fondé sur une prise en charge collective par les chasseurs, pourrait être remis en cause. À ce stade, aucune évolution n’est actée. Mais entre contraintes réglementaires, pression des dégâts et équilibre financier fragile, le dossier des sangliers reste plus que jamais un sujet sensible dans les territoires.

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