Dégâts de grand gibier : Willy Schraen alerte sur un système à bout de souffle

Sangliers

Parmi les sujets les plus sensibles abordés au congrès de Deauville, celui des dégâts de grand gibier occupe une place à part. Willy Schraen n’a pas tourné autour du problème. Pour le président de la Fédération nationale des chasseurs, le système actuel d’indemnisation est à bout de souffle et conduit les fédérations départementales vers une impasse budgétaire. Son message est clair : les chasseurs ne veulent plus être les seuls à supporter une charge devenue, selon lui, démesurée.

Une facture annuelle proche de 100 millions d’euros

Le chiffre avancé par Willy Schraen résume l’ampleur du malaise : plus ou moins 100 millions d’euros par an seraient acquittés par les fédérations de chasseurs pour indemniser les dégâts de grand gibier. À ses yeux, un tel niveau de dépense n’est plus soutenable. Il parle d’un véritable délire budgétaire, qui empêche les structures cynégétiques de remplir d’autres missions pourtant utiles à l’intérêt général. Derrière cette somme, le président de la FNC veut faire comprendre qu’il n’est plus seulement question d’un dossier technique ou comptable. Le système pèse désormais sur l’ensemble du fonctionnement fédéral. Une fois la facture réglée, demande-t-il, que reste-t-il dans les caisses pour financer des aménagements en faveur du petit gibier, conduire des études scientifiques sur les migrateurs ou soutenir des actions concrètes de biodiversité ?

Des fédérations poussées vers le mur financier

Le cœur de l’alerte tient à cette idée d’asphyxie. Willy Schraen estime que le paiement des dégâts de grand gibier va conduire les fédérations dans un mur financier si rien ne change rapidement. Il insiste sur l’urgence, en indiquant que plusieurs parlementaires proches du groupe chasse partagent ce diagnostic. Cette rhétorique vise à sortir le sujet du seul cadre cynégétique. Selon lui, l’effondrement budgétaire de certaines fédérations ne toucherait pas uniquement les chasseurs. Il fragiliserait aussi tout un ensemble d’actions territoriales liées à la gestion de la faune, à la sécurité et à l’équilibre agro-sylvo-cynégétique. En d’autres termes, il cherche à montrer que le modèle actuel use un acteur qui rend déjà de nombreux services à la collectivité.

Les 10 millions d’euros encore attendus de l’État

Willy Schraen a également rappelé un autre contentieux, cette fois avec l’État. Selon lui, le ministère doit toujours 10 millions d’euros à la chasse, dans le cadre de l’enveloppe négociée et signée en 2023 entre l’État, le monde agricole et la FNC. Il reproche au gouvernement de ne pas avoir honoré sa signature, alors même que les conditions prévues par l’accord auraient été remplies. Il avance un chiffre précis pour appuyer son argument : la baisse de l’impact des dégâts sur les surfaces agricoles atteindrait 28 % cette saison. Autrement dit, la chasse aurait tenu sa part du contrat, sans recevoir en retour les fonds promis. Cette dénonciation nourrit un double ressentiment : contre la charge croissante des indemnisations et contre la parole publique qui, selon lui, ne serait pas tenue.

Le refus de payer les petits dossiers

Dans ce contexte, le président de la FNC a justifié le refus actuel de payer les « petits dossiers » au monde agricole. Il a expliqué que ces dossiers correspondent financièrement aux termes de l’accord non respecté par l’État. Une motion en ce sens avait déjà été votée l’an dernier en congrès.

Ce point montre que la tension ne concerne pas seulement la relation entre chasseurs et administration. Elle risque aussi de peser sur le dialogue entre partenaires agricoles et cynégétiques. Willy Schraen le reconnaît lui-même : dans ces conditions, les relations vont continuer à se tendre. Mais il refuse que la responsabilité soit renvoyée vers les chasseurs. Pour lui, le blocage est d’abord causé par l’État.

Des dégâts aggravés par les zones de non-chasse et certaines contraintes

L’une des lignes fortes du discours consiste à déplacer une partie de la responsabilité. Willy Schraen demande combien de temps les chasseurs accepteront encore de payer pour des dégâts qui sont souvent générés, selon lui, par des zones de non-chasse où les sangliers trouvent refuge, ou par des contraintes locales devenues absurdes, où l’on demande de chasser sans réellement pouvoir chasser.

Cette critique est importante car elle remet en cause le principe d’un paiement unilatéral par la chasse. Dans sa logique, si les dégâts sont favorisés par des choix administratifs, territoriaux ou réglementaires échappant aux chasseurs, alors l’État et les collectivités doivent prendre leur part. La chasse ne veut plus être seule au guichet.

Un enjeu national qui dépasse le seul monde cynégétique

Willy Schraen a cherché à replacer le dossier dans un cadre plus large. Selon lui, il ne s’agit pas d’accorder un privilège aux chasseurs, mais de répondre à un enjeu national. Les dégâts de grand gibier affectent directement les agriculteurs, mettent en jeu la souveraineté alimentaire, augmentent les risques de collisions routières et interfèrent avec l’équilibre sylvo-cynégétique. Ce déplacement rhétorique est stratégique. Il vise à faire sortir la question du registre corporatiste. En demandant que l’État et les territoires contribuent davantage, le président de la FNC veut montrer que le problème concerne l’intérêt général. Les chasseurs, dans son récit, ne demandent pas une faveur, mais la fin d’un système déséquilibré qui les transforme en financeurs quasi exclusifs d’un problème collectif.

Réponse aux accusations sur les sangliers

Le président de la FNC a aussi répondu aux critiques régulièrement formulées contre les chasseurs, accusés par certains militants écologistes d’être des « éleveurs de sangliers ». Il a invité ses opposants à regarder les chiffres des dégâts à l’échelle mondiale pour comprendre qu’il s’agit d’un problème touchant de nombreux pays. Par cet argument, il refuse l’idée selon laquelle la situation française résulterait essentiellement de pratiques cynégétiques déviantes. Il rappelle au contraire que plusieurs États rémunèrent les chasseurs pour leur action de régulation. La comparaison est utilisée pour souligner l’exception française : ici, les chasseurs paient pour rendre un service d’intérêt général, là où ailleurs ils peuvent être considérés comme des auxiliaires utiles.

Une revendication désormais assumée

À Deauville, Willy Schraen a formulé une demande sans détour : les chasseurs ne veulent plus payer la partie indemnisation de la facture totale des dégâts de gibier. Cette phrase marque un durcissement très net. Elle signifie que la FNC ne se contente plus de demander des ajustements à la marge ou un soutien complémentaire. Elle remet en question le principe même du dispositif tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Dans le même souffle, le président a rappelé deux autres chiffres destinés à nourrir la colère du monde cynégétique : les 100 millions d’euros du grand gibier et les 130 millions d’euros qu’il associe au travail bénévole sur les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. En cumulant ces montants, il construit l’image d’un système où les chasseurs paient, agissent et assument, tandis que d’autres décident, critiquent ou freinent.

Un dossier appelé à devenir central

Le message envoyé depuis Deauville est limpide. Pour la FNC, le dossier des dégâts de grand gibier n’est plus un irritant parmi d’autres. Il devient l’un des sujets majeurs de la période, probablement l’un des plus explosifs politiquement. Si la situation budgétaire continue de se dégrader, la question de l’indemnisation pourrait rapidement devenir un point de rupture entre la chasse, l’État et le monde agricole. En mettant ce sujet au premier plan, Willy Schraen parle bien sûr aux fédérations en difficulté. Mais il parle aussi à tous les chasseurs qui estiment supporter une charge excessive dans un contexte où les contraintes s’accumulent. Le congrès de Deauville aura au moins acté cela : le temps de la simple alerte est terminé.

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