À l’occasion d’une formation consacrée aux tirs de défense contre le loup, organisée par l’Office français de la biodiversité et que So Chasse a pu suivre, Baudouin de Saint-Léger a rencontré Jean-Pierre Caujolle, président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes. Formation des chasseurs, réglementation toujours plus complexe, pression exercée sur la faune sauvage ou encore désaccord autour des estimations officielles de population le responsable cynégétique azuréen livre une analyse franche et sans concession de la situation dans son département.
Baudouin de Saint-Léger : Jean-Pierre Caujolle, depuis quand la Fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes organise-t-elle des formations dédiées aux tirs sur le loup ?
Jean-Pierre Caujolle : Cette démarche date déjà de plusieurs années. Dès les premières phases de mise en œuvre des tirs de prélèvement, nous avions engagé un vaste travail de formation qui avait permis de sensibiliser près de 3 000 chasseurs dans les Alpes-Maritimes. Depuis cette période, le cadre réglementaire n’a cessé de se complexifier, notamment avec l’évolution du statut du loup, passé d’espèce strictement protégée à espèce simplement protégée. Comme vous avez pu le constater au cours de la formation, certaines subtilités juridiques reposent parfois sur de simples nuances lexicales. Dans ce contexte, la moindre erreur peut entraîner de lourdes conséquences. Même si certains chasseurs pourraient théoriquement intervenir seuls lorsqu’un éleveur les mandate, j’ai préféré imposer une ligne claire dès le départ : chacun doit suivre cette formation afin de maîtriser précisément les règles en vigueur. Car au moindre incident, les critiques se tournent systématiquement vers les chasseurs.

BSL : Dispose-t-on d’une estimation du nombre de chasseurs ayant déjà participé à des tirs ou à des prélèvements de loups ?
JPC : Non, aucune donnée précise ne circule à ce sujet. Même lorsqu’un loup est prélevé, tout demeure entouré d’une grande discrétion. Les autorités verrouillent soigneusement les informations afin qu’aucun détail ne filtre. Lors des opérations menées conjointement avec la louveterie et les chasseurs, nous apprenons qu’un prélèvement a eu lieu, mais ni le lieu exact ni l’identité du tireur ne nous sont communiqués.
BSL : Quelle estimation avancez-vous concernant la population de loups dans les Alpes-Maritimes ?
JPC : Tout dépend si l’on souhaite une réponse diplomatique ou une réponse plus directe… Je préfère simplement renvoyer vers les données du programme Wolf Life. Entre 2000 et 2023, les analyses génétiques ont permis d’identifier 486 signatures différentes sur la moitié du territoire des Alpes-Maritimes. Même en intégrant une mortalité évaluée à 10 % de la population, je pense sincèrement que nous approchons aujourd’hui les 500 loups dans ce seul département.
BSL : Le loup exerce-t-il une pression importante sur la faune sauvage locale ?
JPC : Oui, mais l’impact varie fortement selon les espèces. D’ailleurs, plusieurs études conduites par la Fédération nationale des chasseurs devraient prochainement éclairer cette question. Lorsqu’un loup colonise un territoire, les premières années donnent parfois l’illusion d’une cohabitation relativement neutre avec la faune sauvage. Mais dès lors que 60 % du territoire accueille le prédateur de manière permanente ou occasionnelle, les conséquences deviennent nettement plus visibles. Les mouflons ont d’abord lourdement subi cette pression en montagne, puis dans le Moyen-Pays. Paradoxalement, leurs effectifs semblent aujourd’hui amorcer une légère remontée. Les cerfs résistent plutôt bien ; les derniers comptages demeurent encourageants. Les populations de sangliers conservent également une certaine stabilité.

En revanche, la situation du chevreuil suscite une réelle inquiétude. Dans certains secteurs, les effectifs auraient chuté d’environ 50 %. Mais la préoccupation majeure concerne désormais les chamois. En Haute-Tinée notamment, nous avons enregistré jusqu’à 40 % de baisse, y compris au cœur de la zone centrale du parc. Le problème le plus alarmant réside dans l’effondrement des jeunes classes d’âge : nous ne retrouvons plus qu’environ 10 % d’éterlous et 15 % de chevreaux. Une telle évolution bouleverse complètement la pyramide des âges. Face à cette situation, nous avons engagé une révision de nos plans de prélèvement. Depuis l’an dernier, dans certains secteurs comme la Haute-Tinée,nous avons diminué les prélèvements de 40% et ne tirons plus que des adultes pour voir si on arrive à améliorer la situation nous limitons fortement les prélèvements et concentrons davantage les tirs sur les adultes.

BSL : Les mesures actuellement mises en place pour encadrer la gestion du loup vous satisfont-elles ?
JPC : Comme souvent dans ce dossier, la situation demeure contrastée. Les éleveurs bénéficieront probablement d’une protection un peu plus efficace, mais les retours du terrain montrent que les louvetiers obtiennent encore trop rarement les autorisations nécessaires pour intervenir rapidement. Le principal point de blocage concerne surtout les quotas. Lorsqu’on affirme qu’il n’existerait que 1 080 loups en France, je considère cette estimation totalement sous-évaluée. Et derrière ces chiffres, on impose des quotas de prélèvements insuffisants. L’an dernier, par exemple, seuls 35 loups ont pu être prélevés dans le département alors que nous évoluions depuis plusieurs années autour d’un minimum de 50. Immédiatement après cette réduction, les dégâts et les attaques ont progressé d’environ 15 %. Voilà pourquoi je dis que la coupe reste à moitié pleine.












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