Les tensions entre l’Office français de la biodiversité et la Fédération nationale des chasseurs n’est pas nouvelle, mais elle a récemment pris une tournure plus directe lors du Congrès de Deauville. À la suite des critiques formulées par Willy Schraen, président de la FNC, Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, a choisi de répondre point par point dans un entretien au ton ferme mais posé que Maître Aymard de la Ferté-Sénectère a pu suivre pour nous. Une prise de parole qui éclaire les désaccords, tout en dessinant les contours d’une certaine vision de la chasse française.
« L’OFB n’est pas contre la chasse »
D’emblée, Olivier Thibault tient à lever ce qu’il considère comme un malentendu majeur. « L’OFB n’est pas contre la chasse », insiste-t-il. L’établissement public, rappelle-t-il, n’a pas vocation à s’opposer aux chasseurs mais à faire appliquer les règles fixées par le législateur, en s’appuyant sur les données scientifiques disponibles. « Nous appliquons les décisions politiques, qu’elles soient favorables ou non à la chasse », précise-t-il, soulignant que son rôle n’est ni idéologique ni militant. Cette clarification intervient dans un contexte où une partie du monde cynégétique estime que l’OFB s’est éloigné de ses missions initiales. Willy Schraen a notamment dénoncé une institution jugée trop répressive, voire hostile aux chasseurs. Un reproche que le directeur général rejette fermement, tout en reconnaissant l’existence d’un climat de défiance.
La question sensible du financement
L’un des points les plus débattus concerne le financement de l’OFB. Dans les discours de la FNC, revient régulièrement l’idée que les chasseurs financent largement l’établissement. Olivier Thibault nuance fortement cette affirmation. « Il n’y a pas d’argent du permis de chasser qui va directement à l’OFB », affirme-t-il. Selon lui, la redevance cynégétique payée au moment de la validation annuelle du permis de chasser (environ 48 millions d’euros par an) ainsi que la contribution directe pour l’examen du permis (2 millions d’euros par an) sont versées en réalité vers les agences de l’eau. Ce sont ces dernières qui financent ensuite l’OFB à hauteur de 400 millions d’euros par an pour un buget global d’environ 600 millions. Il tient également à préciser que ces agences sont financées majoritairement par les consommateurs via leurs factures, à hauteur d’environ 60 %. « Les chasseurs contribuent, c’est indéniable, mais ils ne financent pas seuls le système », résume-t-il. Une fois collectés, ces fonds deviennent de l’argent public, et non une ressource attribuée à un groupe spécifique.
Un investissement réel pour la chasse
Face aux critiques, Olivier Thibault insiste sur les moyens consacrés à la chasse. Il avance un budget d’environ 57 millions d’euros par an. Cette somme couvre les contributions reversées aux fédérations pour gestion des plans de chasse et des ACCA (9 à 10 millions d’euros par an), les missions de police de la chasse (19 millions d’euros par an + 7 millions de frais de fonctionnement) et les travaux scientifiques sur les espèces (7 millions d’euros par an + 3 millions de frais de fonctionnement). « La chasse est une activité structurante pour nous », explique-t-il. « Nous investissons dans son encadrement, dans sa connaissance et dans son fonctionnement. » Une manière de rappeler que l’OFB joue un rôle central dans l’organisation même de la pratique cynégétique en France.
La police de la chasse, un sujet qui divise
La question des contrôles reste l’un des points les plus sensibles. Certains chasseurs dénoncent une pression excessive sur le terrain. Olivier Thibault assume pleinement cette mission. « La police fait partie de notre rôle », affirme-t-il. « Sans contrôle, il n’y a pas de règle. Et sans règle, il n’y a pas de confiance. » Il précise que ces opérations ne visent pas à sanctionner systématiquement, mais à maintenir un cadre clair et sécurisé. « On privilégie des actions visibles, notamment en début de saison, pour rappeler les règles. C’est aussi de la pédagogie. »
La gestion adaptative au cœur du débat
Autre sujet central, la gestion adaptative des espèces. Ce dispositif, qui consiste à ajuster les prélèvements en fonction de l’état des populations, est défendu par l’OFB comme une nécessité scientifique. « C’est l’avenir de la chasse », affirme Olivier Thibault. Il cite l’exemple de la tourterelle des bois. Face à la chute des effectifs, un moratoire européen a été instauré. Grâce à la gestion adaptative, il a été permis de rouvrir la chasse avec des quotas. « Aujourd’hui, on observe une amélioration, ce qui permet d’envisager une reprise encadrée », explique-t-il. Il reconnaît néanmoins que les décisions sont intervenues tardivement, limitant les possibilités actuelles. Pour lui, la gestion adaptative est l’avenir de la chasse des migrateurs. En effet, lorsqu’il s’agit de gibiers sédentaires, le chasseur prend soin de gérer les populations existantes sur son territoire afin de pouvoir les maintenir d’une année sur l’autre. En revanche, lorsqu’il s’agit de gibiers migrateurs, le chasseur a tendance à se comporter en chasseur-cueilleur, en tirant les espèces sans forcément se soucier du nombre de prélèvements. La gestion adaptative, avec des quotas imposés par territoire, doit permettre de gérer les populations de migrateurs aux niveaux national et européen et de maintenir leur chasse sur le long terme. À cet égard, le carnet de chasse numérique « ChassAdapt », mis en place par la FNC, est un très bon outil, qui doit permettre d’accompagner cette gestion adaptative.
Le déclin des espèces : des causes multiples
Sur la question sensible de la biodiversité, Olivier Thibault adopte une position nuancée. « La chasse n’est généralement pas la cause principale », assure-t-il. Il met en avant d’autres facteurs majeurs, comme la dégradation des habitats, l’intensification agricole ou la disparition des zones humides. « La chasse peut être un facteur aggravant, mais elle n’est pas à l’origine du problème. »
Un permis de chasser exigeant mais nécessaire
Le permis de chasser fait également l’objet de critiques, notamment sur sa complexité. Olivier Thibault défend un niveau d’exigence élevé. « C’est aussi un permis de port d’arme. On ne peut pas faire l’économie de la sécurité. » Avec un taux de réussite d’environ 70 %, il estime que l’examen reste accessible tout en garantissant un socle solide de connaissances. Sur les délais, il renvoie une partie des responsabilités aux fédérations chargées de la formation, tout en affirmant que les délais administratifs de l’OFB sont aujourd’hui très courts. Pour lui, l’examen et la délivrance du permis de chasser doivent demeurer des prérogatives régaliennes. Si la gestion relevait des fédérations, la moindre lacune ou déficience serait automatiquement reprochée au monde de la chasse en cas d’accident. En l’état, l’OFB, en tant qu’établissement public de l’Etat, protège la FNC.
Des agents souvent mal compris
Face aux accusations d’hostilité envers la chasse, Olivier Thibault répond sans détour. « Les agents ne sont pas des militants. Ce sont des professionnels qui appliquent le droit. » Il souligne que les inspecteurs sur le terrain sont issus de territoires ruraux et connaissent bien la réalité du terrain. Il évoque également une baisse de moral chez certains agents, liée aux critiques répétées dont ils font l’objet.
Vers une chasse plus encadrée et plus transparente
Au fil de l’entretien, une ligne se dessine clairement. Pour Olivier Thibault, l’avenir de la chasse repose sur un équilibre entre tradition et adaptation. « La chasse doit s’appuyer sur la science, sur la transparence et sur la responsabilité », résume-t-il. Plutôt que d’entretenir l’opposition, il appelle à une meilleure compréhension entre les acteurs. « L’OFB n’est pas un adversaire. Nous faisons partie du même système. » Un message qui, au-delà des tensions actuelles, pose une question de fond : celle de la place de la chasse dans une société en mutation, entre attentes environnementales et défense des pratiques rurales.












Laisser un commentaire