Incitation à la haine : Jeremstar VS Willy Schraen, une justice à deux vitesses ?

L’un incarne le monde de la chasse, l’autre l’univers de la téléréalité devenu militant anticorrida. Sur le papier, Willy Schraen et Jeremstar n’ont à peu près rien en commun, sinon l’essentiel : tous deux ont été visés par un déferlement de haine en ligne, avec insultes, menaces de mort et intimidations d’une violence sidérante. Pourtant, à l’arrivée, les sanctions obtenues n’ont pas du tout la même allure. D’un côté, des auteurs de menaces contre le patron des chasseurs condamnés à de modestes amendes et à des stages de citoyenneté. De l’autre, un influenceur qui affirme avoir transformé ses haters en ligne budgétaire, jusqu’à revendiquer 185 000 euros encaissés en 2025. De quoi nourrir une question embarrassante : la justice frappe-t-elle pareil quand la cible s’appelle Willy Schraen ou Jeremstar ?

Deux hommes, deux mondes, une même matière première : la haine en ligne

Il faut d’abord rappeler le point commun central. Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, a été la cible d’un torrent de messages après ses propos de 2020 sur les chats errants. Ce dernier a reçu des menaces explicites du type « Je sais où tu habites », « On va te tirer comme un lapin » ou encore « Je vous embroche comme un gros cochon ». L’affaire avait pris une telle ampleur qu’une protection policière avait été mise en place, et 162 plaintes ont été déposées dans le cadre de cette séquence.

Jeremstar, lui, raconte depuis plusieurs années être visé par un cyberharcèlement massif mêlant insultes, campagnes diffamatoires, injures homophobes, menaces de mort, divulgation d’informations personnelles et, selon ses propres déclarations et atteintes à sa vie privée. En février 2026, il a revendiqué avoir gagné 185 000 euros en 2025 en poursuivant ceux qui, selon ses mots, « racontaient des conneries » sur lui. Il a aussi expliqué s’appuyer sur trois huissiers chargés de surveiller les contenus publiés à son sujet.

Chez Willy Schraen, des menaces très lourdes, mais des peines qui ont laissé un goût amer

Le contraste est brutal. Dans le dossier Willy Schraen, huit prévenus, six hommes et deux femmes âgés de 20 à 70 ans, ont été reconnus coupables à Saint-Omer pour les menaces proférées en ligne. Pourtant, malgré des réquisitions du parquet allant de quatre à douze mois de prison avec sursis pour sept d’entre eux, et jusqu’à six mois ferme pour un prévenu, le tribunal a finalement prononcé des amendes de 200 ou 300 euros et des stages de citoyenneté. Willy Schraen a d’ailleurs jugé ces sanctions insuffisantes. Autre élément irritant : les prévenus étaient absents à l’audience. En clair, le président des chasseurs a encaissé les menaces, l’appareil judiciaire a identifié huit auteurs, le parquet a requis du sursis, mais, au bout du couloir, il n’est sorti ni prison, ni dommages massifs, ni symbole répressif fort. Pour un dossier présenté comme exemplaire sur la haine numérique, le résultat a eu des allures de tape sur les doigts. Version institutionnelle, bien sûr : on condamne. Version ressentie sur le terrain : on condamne, mais sans vraiment impressionner qui que ce soit.

Chez Jeremstar, une stratégie d’occupation du terrain judiciaire

Le cas Jeremstar obéit à une logique différente. Là où l’affaire Schraen a surtout marqué par un procès groupé emblématique, Jeremstar décrit une stratégie de harcèlement judiciaire en retour, presque industrialisée : veille continue, captures, constats d’huissier, identification des auteurs, procédures répétées, puis exécution forcée en cas d’impayés. Dans son récit, il ne s’agit pas d’un coup de semonce, mais d’un travail de fond, dossier après dossier, profil après profil, jusqu’à faire rentrer l’argent via saisie ou prélèvement sur salaire. Ce point est capital pour comprendre l’écart d’image entre les deux affaires. Dans le cas Jeremstar, la justice est aussi devenue un récit public : il met en scène ses victoires, détaille les profils condamnés, raconte les audiences, affiche les montants et donne le sentiment d’une riposte permanente.

Alors, pourquoi une telle différence ?

La première explication tient au type de dossiers. Dans l’affaire Willy Schraen, les condamnations relayées publiquement portent surtout sur un procès pénal groupé, avec des amendes et des stages de citoyenneté. Dans les affaires Jeremstar les plus médiatisées, on voit au contraire apparaître des condamnations assorties de dommages et intérêts, donc de l’argent sonnant et trébuchant, ce qui n’est pas la même vitrine judiciaire. Autre élément, plus inconfortable : l’image sociale de la victime compte peut-être moins dans le droit que dans la bataille culturelle autour du droit. Jeremstar reste une personnalité clivante, mais certains des faits retenus contre ses adversaires touchent à des qualifications particulièrement sensibles dans l’espace public, comme les injures homophobes ou la diffusion d’accusations diffamatoires liées à des affaires sexuelles. Cela voudrait donc potentiellement dire que l’image liée à la chasse pourrait avoir une résonance dans les tribunaux. Peut-être. En tout cas, la simple réalité des chiffres semble le rappeler.

Le vrai malaise pour les chasseurs

C’est probablement là que se loge le cœur du problème. Car enfin, vu de la chasse, le tableau a de quoi faire tiquer. Le patron de la FNC reçoit des menaces de mort, des messages évoquant son domicile, des scénarios de mise à mort et même des attaques visant sa famille ; il obtient au final des condamnations, oui, mais si légères qu’elles ont été vécues comme une demi-victoire. Pendant ce temps, Jeremstar raconte qu’il finance ses voyages avec l’argent de ses harceleurs et donne presque à voir une forme de rentabilité judiciaire. Dans un pays où l’on répète à longueur de colloques que la haine en ligne est un fléau, l’écart de perception est saisissant.

Le plus ironique dans l’histoire est peut-être là : la chasse, souvent décrite comme brutale par ses adversaires, découvre une justice feutrée ; la téléréalité, souvent moquée pour son vacarme, semble obtenir des résultats autrement plus sonores. Il est permis de se demander si le monde cynégétique ne paie pas aussi, devant les tribunaux, le prix d’une impopularité culturelle plus large. Pas dans les textes. Mais dans les regards, dans l’ambiance, dans le bénéfice du doute. Et c’est peut-être cela, au fond, qui alimente aujourd’hui le sentiment d’un deux poids, deux mesures.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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