Lors d’une intervention en commission des affaires économiques, Yannick Jadot a interpellé avant-hier Mathieu Lefèvre, Ministre chargé de la Transition Ecologique sur la question de la chasse. Il appelle à dénoncer certaines pratiques (rien de nouveau sous le soleil) et à faire évoluer les traditions pour ses promenades dominicales. Le sénateur écologiste a livré une vision très critique et unilatérale de la chasse, qu’il n’a pourtant pas toujours eue. Une vision à laquelle nous souhaitons répondre.
Interpellation de Yannick Jadot à Mathieu Lefèvre
« Sur la chasse de la même façon, il y a la chasse traditionnelle, il y a les chasses traditionnelles, il y a les chasses patrimoniales, c’est l’histoire de notre pays. Pardon, on a évolué, heureusement, sur les traditions. Il y a toute une série de traditions dont on n’osait plus parler. J’allais dire, la communauté des chasseurs a aussi évolué. C’est plus la même. Je veux dire, il y a beaucoup d’urbains aujourd’hui chez les chasseurs. Il y a même une partie des agriculteurs qui ne chassent plus. Donc tout ça a évolué. Donc simplement, vous ne pouvez pas donner comme seul critère, pardonnez-moi, la disparition ou pas, les menaces ou pas, sur l’espèce. On a aussi évolué sur le bien-être animal. Je veux dire, est-ce que c’est une bonne chose la chasse à la glu ? Ben non, ce n’est pas une bonne chose. Est-ce que c’est populaire la chasse à courre ? Ben non, ce n’est pas une chasse populaire. C’est une chasse qui, pour moi, ne respecte pas l’animal. Moi, je suis de Picardie dans l’Aisne. Quand je défends un jours sans chasse, ce n’est pas pour interdire la chasse définitivement. C’est que le samedi matin et le dimanche matin, quand je suis dans ma campagne, la réalité, c’est que je ne peux pas aller me balader, je ne peux pas aller courir, parce que ça tire dans tous les sens. Ce n’est pas simplement que je prends le risque d’être tué. C’est que mon environnement de promeneur est complètement parasité par le fait que ça tire dans tous les sens. C’est tout. Est-ce que tous ces pays qui ont instauré un jours sans chasse pour avoir un autre rapport à la nature, ce n’est pas simplement la question. Est-ce que c’est accidentogène de se balader quand il y a de la chasse ? C’est tout. C’est un autre rapport à la nature. »
Notre réponse
Monsieur Jadot, Vous dites que la tradition ne suffit plus à justifier la chasse. Nous vous répondons que la chasse n’est pas un vestige figé, mais une pratique qui a profondément évolué, encadrée, modernisée, responsabilisée. Vous dites que la chasse à la glu n’est “pas une bonne chose”. Nous vous répondons qu’elle a été interdite sans démonstration sérieuse de son impact sur les espèces. Une décision politique plus que scientifique, qui illustre une logique d’interdiction plutôt qu’une approche fondée sur les faits. Vous dites que la chasse à courre ne respecte pas l’animal. Nous vous répondons qu’elle reproduit un mécanisme naturel de prédation, comparable à celui du loup, que votre courant politique protège pourtant activement. D’un côté, la nature serait acceptable. De l’autre, l’homme devrait s’effacer. N’est-ce pas contradictoire?
Vous dites que vous « prenez le risque d’être tué » en allant courir. Nous vous répondons que cette affirmation ne résiste pas aux faits. Un territoire est chassé en moyenne une dizaine de jours par an, laissant 355 jours de libre accès. Même en saison, les zones varient. Concrètement, vous pouvez courir quasiment toute l’année sans croiser une chasse. Vous dites que la chasse est accidentogène. Nous vous répondons que les chiffres disent l’inverse : 4 morts la saison dernière, 5 de moins que l’année précédente, 36 de moins qu’il y a vingt ans. Une baisse constante, issue des efforts des chasseurs eux-mêmes.
Vous dites vouloir un autre rapport à la nature. Nous vous répondons que ce rapport existe déjà, vécu sur le terrain par ceux qui gèrent, entretiennent et connaissent les milieux naturels. Vous ne dites rien, en revanche, du rôle des chasseurs dans la biodiversité. Un oubli surprenant, surtout au regard de vos positions passées. Alors nous vous posons la question : votre discours évolue-t-il avec la réalité… ou avec le vent politique ? Car à vous entendre aujourd’hui, la chasse n’existe plus que par ce qu’elle devrait interdire. Jamais par ce qu’elle apporte. Et si, finalement, le vrai décalage n’était pas votre perception de ce qui se vit dans la nature?












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