Publier une photo de chasse en 2026 sur les réseaux sociaux peut suffire à déclencher une déferlante de haine. Anaïs en a fait l’amère expérience. Insultes, intimidations, menaces de mort : pendant plusieurs semaines, cette chasseresse sarthoise a été la cible d’un véritable acharnement en ligne. Elle a porté plainte. Quelques mois plus tard, elle apprend que sa démarche est classée sans suite. Sans enquête. Une décision qui interroge, et qui alimente un malaise grandissant dans le monde cynégétique.
Une spirale de haine déclenchée par ses publications
Tout commence en novembre dernier. Anaïs publie sur ses réseaux sociaux un message relatant son premier prélèvement de faon. Très rapidement, les réactions dégénèrent. Ses publications sont massivement repartagées dans des groupes opposés à la chasse, amplifiant mécaniquement leur visibilité et attirant une vague de commentaires hostiles. Les critiques virent vite à l’insulte. Puis à la menace.
En décembre, après avoir partagé un post sur une journée de recherche au sang sur un cerf (Anaïs est membre de l’Union départementale pour l’utilisation des chiens de rouge de la Sarthe, l’UDUCR 72), une nouvelle vague, encore plus violente, s’abat sur elle. Cette fois, certains messages franchissent un cap. Il ne s’agit plus seulement de désaccords ou de provocations, mais de propos visant directement sa sécurité.
Face à l’ampleur des attaques, Anaïs tente d’abord de calmer le jeu. En vain. Elle finit même par créer un espace dédié pour canaliser les messages haineux. Une initiative qui se retourne contre elle : le fil devient un point de fixation pour des propos de plus en plus agressifs, dont plusieurs menaces de mort explicites.
Une plainte… puis un classement sans suite
Devant la gravité des faits, Anaïs dépose plainte en ligne. La gendarmerie lui demande des éléments complémentaires, qu’elle transmet. Elle est alors informée des difficultés potentielles pour identifier les auteurs, notamment en raison de l’utilisation de faux comptes. Puis, plus rien.
Jusqu’à ce mail, reçu quelques semaines plus tard : sa plainte est classée sans suite. Aucune investigation apparente. Aucune identification. Aucun signal fort. Pour la jeune femme, la décision est incompréhensible. « Ce qui me révolte le plus, c’est que ce type de classement sans enquête peut banaliser des menaces graves. Demain, cela pourrait viser une personne plus fragile et avoir des conséquences dramatiques », nous confie-t-elle.
Un sentiment d’impunité qui dérange
Au-delà de son cas personnel, cette affaire pose une question plus large. Que valent aujourd’hui des menaces de mort proférées en ligne, lorsqu’elles visent une chasseresse ? Car le contraste est difficile à ignorer. Dans d’autres dossiers très médiatisés, des auteurs de propos haineux ont pu être identifiés, poursuivis et condamnés. Parfois même à verser des dommages et intérêts significatifs.
Ici, malgré la répétition des messages et leur gravité, la procédure s’arrête avant même d’avoir réellement commencé. Sans tirer de conclusion hâtive, ce type de décision nourrit un sentiment déjà bien installé dans le monde cynégétique : celui d’une tolérance implicite vis-à-vis de la haine dirigée contre les chasseurs. Comme si, derrière l’écran, quand on s’en prend aux chasseurs, tout devenait permis.
Un contraste qui interroge
Difficile, dans ce contexte, de ne pas penser à d’autres affaires de cyberharcèlement largement médiatisées. L’influenceur Jeremstar (militant ouvertement anti-corrida), par exemple, revendiquait récemment avoir perçu jusqu’à 185 000 euros en une année en poursuivant ses détracteurs en ligne. Identification des auteurs, procédures engagées, condamnations avec dommages et intérêts : dans son cas, la machine judiciaire semble avoir pleinement fonctionné.
À l’inverse, pour Anaïs, malgré des menaces de mort répétées, la procédure s’arrête net dès le stade de la plainte. Un écart de traitement qui, sans permettre de tirer de conclusion définitive, alimente inévitablement une interrogation : toutes les victimes de haine en ligne sont-elles réellement accompagnées avec la même détermination ?
Quand la menace devient banale
Le danger, pourtant, est connu. Les discours violents en ligne ne sont pas sans conséquence. Ils participent à installer un climat où l’invective, la menace et la déshumanisation deviennent monnaie courante. Dans ce contexte, un classement sans suite, surtout lorsqu’il intervient sans investigation visible, envoie un signal trouble. Celui d’une parole qui ne serait pas prise au sérieux. Celui d’une violence qui finirait par être considérée comme ordinaire.
Anaïs, elle, a depuis signalé la situation à la Fédération Nationale des Chasseurs. Mais la question demeure entière : combien de menaces faudra-t-il pour que ce type de dossier soit traité à la hauteur de sa gravité ? Anaïs nous a récemment contacté pour nous faire part de son intention de ne pas en rester là. Avec son avocat, elle va très bientôt lancé une cagnotte en ligne afin de pouvoir régler les frais inhérents à son action devant la justice. So Chasse ne manquera pas de partager le lien vers cette cagnotte afin de la soutenir et vous fera part des avancées, espérons le, positives, dans cette révoltante affaire.












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