Les gardes particuliers tirent la sonnette d’alarme : « Nous faisons de la police rurale sans les moyens de nous protéger »

Face à la montée des incivilités, du braconnage et des atteintes à l’environnement, Roger Rossi, président de la Confédération Nationale des Garderies Particulières et de la Protection de l’Environnement (CNGPPE), interpelle l’État. Ancien policier, il dénonce un manque de reconnaissance des gardes particuliers, des missions toujours plus sensibles et une réglementation qu’il juge dépassée. Entretien.

Roger Rossi, pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre engagement auprès des gardes particuliers ?

Je suis un ancien fonctionnaire de la Police nationale. À ma retraite, en 1996, j’ai participé à la structuration de la représentation nationale des gardes particuliers. J’ai d’abord exercé des responsabilités au sein du Syndicat national des gardes particuliers avant de créer la Confédération Nationale des Garderies Particulières et de la Protection de l’Environnement, dont je suis aujourd’hui président. L’objectif était de fédérer les différentes catégories de gardes particuliers présentes en France et de défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics.

Pourquoi estimez-vous que la situation s’est dégradée ?

Au fil des réformes, les gardes particuliers ont perdu une partie de leurs prérogatives et des symboles qui les distinguaient. Nous avions autrefois des équipements et des attributs qui traduisaient notre statut d’agents chargés d’une mission de service public. Aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être de moins en moins considérés alors même que nos missions demeurent essentielles pour la protection des propriétés, de l’environnement, de la chasse, de la pêche ou encore des espaces forestiers.

Pourquoi avoir adressé ce nouveau communiqué aux ministères aujourd’hui ?

Parce que la réalité du terrain évolue rapidement. Les gardes particuliers sont confrontés à des situations de plus en plus tendues : braconnage, dépôts sauvages, atteintes aux propriétés privées, actes d’incivilité ou dégradations environnementales. Nous sommes parfois amenés à intervenir seuls, de jour comme de nuit. Pourtant, les textes réglementaires n’ont pas suivi cette évolution. Nous estimons que cette situation crée un véritable problème de sécurité pour les gardes.

Que demandez-vous concrètement au gouvernement ?

Nous demandons avant tout l’ouverture d’un dialogue avec les ministères concernés afin de moderniser le cadre réglementaire.

Nos revendications portent notamment sur :

  • Une meilleure reconnaissance du rôle des gardes particuliers ;
  • L’autorisation de certains équipements de protection passive et dissuasive adaptés aux risques actuels ;
  • La possibilité d’utiliser des outils modernes de sécurisation et de constatation ;
  • Une clarification juridique du statut des gardes particuliers.

Nous estimons que l’État doit assumer ses responsabilités vis-à-vis d’agents qu’il agrée lui-même.

Vous insistez beaucoup sur la spécificité de votre statut. Pourquoi ?

Parce qu’il existe une confusion fréquente. Le garde particulier n’est pas un agent de sécurité privée au sens classique du terme. Nous sommes agréés par le préfet, assermentés devant l’autorité judiciaire et nous exerçons des missions définies par le Code de procédure pénale. Nous intervenons pour protéger des propriétés et constater certaines infractions dans des domaines spécifiques comme la chasse, la pêche, la forêt ou l’environnement.

Comment devient-on garde particulier ?

Le candidat doit suivre une formation adaptée aux missions qu’il souhaite exercer. Après validation de cette formation, un dossier est transmis à la préfecture qui procède aux vérifications administratives nécessaires. Lorsque le candidat est commissionné par un propriétaire ou une structure habilitée, il peut obtenir son agrément et prêter serment. Le garde particulier est alors habilité à exercer dans le cadre fixé par son commissionnement.

Avez-vous encore des relations avec les pouvoirs publics ?

Nous continuons à solliciter les ministères et les administrations concernées, mais nous avons le sentiment d’être insuffisamment associés aux réflexions sur la sécurité rurale et environnementale. Pourtant, les gardes particuliers sont présents sur le terrain et peuvent constituer un relais utile dans la lutte contre certaines formes de délinquance environnementale.

Quel message souhaitez-vous faire passer aujourd’hui ?

Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons simplement que les missions confiées aux gardes particuliers soient cohérentes avec les moyens qui leur sont accordés. Si l’État considère que nous avons un rôle à jouer dans la protection des espaces ruraux et de l’environnement, alors il doit ouvrir une réflexion sur les conditions dans lesquelles nous exerçons ces missions.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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