Plus de 42 000 hectares brûlés et un incendie toujours hors de contrôle : la Gironde vit une nouvelle catastrophe. Président de la Fédération départementale des chasseurs de la Gironde, Thibault Varenne est engagé depuis plusieurs jours sur le terrain, avec ses tracteurs et son matériel, aux côtés des pompiers, agriculteurs, chasseurs et habitants. Pour So Chasse, il témoigne de la violence du feu, s’inquiète pour la faune et pointe le manque de moyens aériens. Surtout, après les incendies de 2022, il pose une question : pourquoi n’a-t-on pas davantage renoué avec les pare-feu et l’entretien des massifs que pratiquaient les anciens ?
BSL : Vous aviez déjà vécu les incendies de 2022. Ce que vous voyez aujourd’hui est-il comparable ?
TV : J’ai vécu 2022 aux côtés d’Henri Sabarot, qui était alors président de la Fédération des chasseurs de la Gironde. Mais là, on est sur quelque chose de totalement démesuré. C’est dramatique. Le feu est proche de chez moi et je suis engagé sur le terrain depuis plusieurs jours avec mes tracteurs et mon matériel, aux côtés de mes collègues et de mes voisins. J’ai vu des flammes de 20 mètres de haut. J’ai vu un petit hameau quasiment entièrement brûlé. Le feu est tellement vaste que les moyens sont dépassés. À certains moments, cela nous dépasse tous.
BSL : Quelle est la situation sur le terrain ?
TV : On essaie notamment de tenir une ligne de front pour éviter que le feu remonte vers le Médoc. On tient, mais c’est très tendu. Les hommes sont épuisés. Certains sont sur le terrain depuis des jours et repartent sans cesse. Nous avons des tracteurs et du matériel agricole qui permettent d’apporter un soutien, mais les pompiers sont submergés par l’ampleur du sinistre. Il y a aussi des difficultés de coordination. Par moments, on peut accéder à une zone, puis on ne peut plus. Il faut passer par les mairies, obtenir les autorisations… alors que le feu, lui, avance extrêmement vite.
BSL : Face à un incendie d’une telle ampleur, les animaux arrivent-ils à fuir ?
TV : Je pense que les ongulés adultes arrivent globalement à se déplacer et à fuir. Mais ce qui me frappe, c’est qu’en cinq jours sur le terrain, j’ai vu très peu d’animaux. Une grande partie a probablement quitté les secteurs menacés. Nous en avons aussi vu se réfugier aux abords des maisons pour échapper au feu. En revanche, je suis un peu plus inquiet pour les jeunes animaux. Des chevrillards ont pu se retrouver bloqués dans certains secteurs et certains sont certainement morts. Il faut comprendre la violence et la vitesse du feu. À certains endroits, tout est allé extrêmement vite. Il est évident que toute la faune n’a pas pu s’échapper. Nous mesurerons réellement les conséquences lorsque l’incendie sera maîtrisé et que nous pourrons retourner sur l’ensemble des territoires brûlés.
BSL : Combien de territoires de chasse sont aujourd’hui concernés ?
TV : Au moins une dizaine de communes sont touchées. Et ce sont de grosses communes, avec des superficies considérables. Cela représente énormément de territoires et des milliers d’hectares d’habitats pour la faune. Les conséquences seront importantes, mais aujourd’hui la priorité reste évidemment de maîtriser l’incendie et de protéger les populations.
BSL : De quoi manque-t-on le plus aujourd’hui ?
TV : D’avions. De Canadair. Les pompiers font un travail extraordinaire, mais face à un incendie de cette taille, les moyens terrestres ne peuvent pas tout faire. Quand vous avez un front aussi vaste et un feu qui avance aussi rapidement, les moyens aériens sont indispensables pour ralentir sa progression et permettre aux équipes au sol de travailler. On ne peut pas demander aux hommes et aux engins terrestres d’être partout à la fois.
BSL : Quel rôle jouent les chasseurs depuis le début de la catastrophe ?
TV : Les chasseurs font ce qu’ils peuvent avec les moyens dont ils disposent. Certains sont directement sur le terrain avec des tracteurs, des tonnes à eau et du matériel agricole pour aider les secours, ouvrir des accès ou créer des pare-feu. La Fédération des chasseurs de Gironde a également organisé une collecte avec plusieurs points de récupération pour fournir de l’eau, de la nourriture, des produits d’hygiène et tout ce qui peut être utile. Les chasseurs connaissent le territoire, les pistes, les chemins et les accès. Certains disposent aussi de matériel qui peut être mobilisé immédiatement. Dans une situation pareille, chacun apporte ce qu’il peut.
BSL : Vous insistez beaucoup sur les pare-feu. Pourquoi ?
TV : Parce que les anciens les faisaient et qu’ils savaient pourquoi. Les pare-feu, l’entretien des espaces, les coupures dans la végétation permettent de casser la continuité du combustible. Cela ne va évidemment pas empêcher tous les incendies, mais cela peut ralentir un feu et donner aux pompiers une possibilité de l’arrêter. Il faut revenir à certaines choses que les anciens savaient faire. Quand on voit aujourd’hui la vitesse à laquelle le feu peut parcourir un massif, on comprend tout l’intérêt d’avoir des zones entretenues capables de casser sa progression.
BSL : Après les incendies de 2022, les enseignements ont-ils été tirés ?
TV : Rien du tout. On savait pourtant qu’il fallait travailler sur la prévention, les pare-feu, l’entretien des massifs, les accès et les moyens d’intervention. Quatre ans après 2022, nous sommes de nouveau face à un incendie gigantesque. Une fois l’urgence passée, il faudra regarder sérieusement ce qui n’a pas été fait et surtout ce qu’il faut changer. On ne peut pas attendre le prochain incendie pour se poser à nouveau les mêmes questions.
BSL : Dans ce contexte, une pétition demandant l’interdiction de la chasse dans les zones incendiées aurait déjà recueilli 150 000 signatures. Que répondez-vous ?
TV : Il n’y a pas de sujet. Il y a un moment où il faut arrêter. La chasse est fermée. Aujourd’hui, des chasseurs sont sur le terrain avec leurs tracteurs. Ils participent à la création de pare-feu, apportent de l’eau et de la nourriture et soutiennent les pompiers comme les habitants. Pendant que des hommes se battent contre les flammes et que des habitants voient leur territoire brûler, je pense que nous avons d’autres priorités. Il est plus que probable que tout comme en 2022, aucun plan de chasse ne soit mis en place sur les territoires sinistrés.












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