Après plusieurs semaines de tensions entre le Sologne Shooting Club et la Fédération Française de Ball-Trap (FFBT), marquées par une prise de parole publique de Benjamin Tranchant, un communiqué de la Fédération puis plusieurs vidéos de réponse du dirigeant du club, une question de fond se pose : comment accompagner le développement du ball-trap en France ? Au-delà du différend qui l’oppose à la FFBT, Benjamin Tranchant livre son analyse du fonctionnement actuel de la Fédération et partage sa vision des évolutions qu’il juge nécessaires pour l’avenir de la discipline.
SC : Benjamin, comment expliquez-vous que les relations entre le Sologne Shooting Club et la Fédération Française de Ball-Trap se soient autant dégradées ?
BT : Nous avons créé le Paris Shooting Club il y a une quinzaine d’années, puis le Sologne Shooting Club quelques années plus tard. Nous nous sommes affiliés à la Fédération afin de délivrer des licences et d’organiser des compétitions officielles. On se demande bien pourquoi, après avoir investi des millions d’euros dans ce sport ! Depuis, nous avons énormément investi pour développer des installations modernes et proposer des événements d’envergure internationale. Malheureusement, nous avons progressivement eu le sentiment que cette dynamique n’était pas toujours perçue de manière positive alors qu’elle l’est par les tireurs, les chasseurs et les compétiteurs. Voilà ce qui nous anime, Charles Bardou et moi.
SO : Vous estimez que vos compétitions ont changé quelque chose dans le paysage du ball-trap français ?
BT : Je le pense. Nous avons créé des compétitions qui attirent des centaines de tireurs venus de nombreux pays, avec des dotations importantes. Notre objectif était de rendre la discipline plus attractive et de montrer qu’il était possible d’organiser de grands événements en France. À mes yeux, cela contribue au développement du ball-trap, profite à l’ensemble des pratiquants et participe également au développement économique de ma région, à laquelle je suis très attaché.
SO : Le retrait du Championnat d’Europe de Compak Sporting reste le principal point de désaccord ?
BT : Entre autres. Cette compétition nous avait été attribuée et nous avions engagé les investissements nécessaires à son organisation. Ensuite, elle nous a été retirée sans aucune raison et sans aucune transparence. Nous avons été contraints de contester cette décision devant le Comité national olympique et sportif français, qui nous a finalement permis de maintenir l’organisation de l’épreuve. Les agissements de la Fédération à travers cet épisode ont marqué une véritable rupture dans nos relations.
SO : Après votre prise de parole lors de l’Euro Shooting Cash, la Fédération a publié un communiqué. Pourquoi avoir choisi de répondre publiquement ?
BT : Parce que je souhaitais apporter des précisions sur plusieurs affirmations qui étaient, selon moi, inexactes. J’ai donc publié plusieurs vidéos dans lesquelles j’ai présenté les documents dont je disposais afin que chacun puisse se faire sa propre opinion et, surtout, rétablir les vérités.
SO : Au-delà de votre situation, quels changements souhaiteriez-vous voir au sein de la Fédération ?
BT : La première chose serait de donner davantage de poids aux licenciés dans la gouvernance. Aujourd’hui, le système repose principalement sur le vote des clubs. Je pense que les pratiquants devraient pouvoir participer plus directement aux choix qui concernent l’avenir de leur sport et de ceux qui sont amenés à le diriger.
SO : Vous évoquez également la nécessité d’un meilleur accompagnement des clubs.
BT : Oui. Une fédération a vocation à soutenir et défendre ses clubs, à favoriser leurs projets et à accompagner ceux qui investissent dans le développement de la pratique. Lorsqu’un club crée de nouvelles installations ou organise des compétitions qui attirent des tireurs français et étrangers, cela devrait être considéré comme une chance pour notre sport. Dans mon dossier du Périgord, non seulement la Fédération ne m’a pas soutenu, mais elle m’a enfoncé. Après avoir tout gagné, j’ai préféré ne pas rouvrir ce club.
SO : Vous critiquez aussi certaines règles encadrant les compétitions.
BT : Je pense qu’il est possible de simplifier un certain nombre de procédures administratives afin de faciliter l’organisation des compétitions. Nous avons parfois le sentiment que certaines décisions compliquent inutilement, et volontairement, le travail des organisateurs alors que tous poursuivent le même objectif : développer le ball-trap. Je critique haut et fort des décisions et des règles qui sont, selon moi, totalement contraires à la liberté du commerce et de l’industrie ainsi qu’à la liberté d’entreprendre.
SO : Vous avez également exprimé des interrogations concernant le développement d’un stand fédéral.
BT : Je m’interroge sur le rôle que doit jouer une fédération. Selon moi, sa priorité doit être d’accompagner, de défendre et de promouvoir ses clubs à travers ses disciplines, plutôt que de développer des structures susceptibles d’entrer en concurrence avec eux. C’est une question qui mérite d’être posée. Nous souhaitons d’ailleurs avoir accès au compte d’exploitation du stand fédéral depuis sa reprise par la Fédération.
SO : Comment voyez-vous la suite de ce dossier ?
BT : J’espère avant tout qu’un dialogue sain pourra reprendre. Ce serait la meilleure solution pour tout le monde. Si ce n’est pas le cas, nous continuerons à défendre nos intérêts par toutes les voies de droit, comme n’importe quel acteur confronté à un désaccord de cette nature. Y compris si des éléments devaient mettre en évidence d’éventuelles irrégularités susceptibles de relever du droit pénal, nous prendrions naturellement toutes les initiatives que la loi autorise.
SO : Quel message souhaitez-vous adresser aux tireurs ?
BT : Depuis le début, notre ambition est simple, et nous l’avons largement démontré depuis quinze ans : investir dans des infrastructures de qualité, organiser de grandes compétitions et participer au développement économique du tir sportif en France. Je pense que nous poursuivons tous le même objectif. J’aimerais que les énergies puissent être réunies dans ce sens plutôt que dispersées dans des conflits dont Charles Bardou et moi-même sommes aujourd’hui les victimes.












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