Palombe au filet : les chasseurs de Gironde veulent l’inscrire au patrimoine de l’UNESCO

Palombe

Réunis le week-end dernier à Biganos pour leur assemblée générale, les chasseurs de Gironde ont affiché une ligne claire : défendre coûte que coûte la chasse traditionnelle de la palombe au filet. Face aux menaces juridiques venues de Bruxelles, ils envisagent désormais une démarche forte : faire inscrire cette pratique au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Une tradition du Sud-Ouest menacée

Dans le Sud-Ouest, la chasse à la palombe au filet ne relève ni du folklore ni d’un simple loisir. C’est une pratique profondément enracinée dans les territoires, structurée autour de milliers de palombières et d’un savoir-faire transmis depuis des générations. En Gironde, on compte plus de 2 000 installations, dont environ 1 200 équipées de filets. Chaque automne, ces postes s’animent au rythme des migrations, mobilisant des équipes entières dans une organisation collective où précision, patience et connaissance du terrain sont essentielles. Mais cette tradition est aujourd’hui directement menacée. En février 2025, la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’Union européenne, estimant que l’utilisation de filets constitue une méthode de capture « massive ou non sélective », interdite par la directive Oiseaux. Une lecture contestée sur le terrain, où ces pratiques restent autorisées par dérogation en droit français.

Des techniques encadrées et maîtrisées

Sur le terrain, les chasseurs rappellent une réalité bien différente de celle avancée à Bruxelles. Les palombières utilisent des dispositifs précis, calibrés pour capturer uniquement les palombes. Les mailles des filets sont adaptées à l’espèce visée et les contrôles menés sur plusieurs décennies n’ont pas mis en évidence de captures accidentelles significatives. À l’échelle des populations européennes, les prélèvements restent marginaux, dans un contexte où l’espèce est considérée comme abondante et en progression. Au-delà des chiffres, ces modes de chasse s’inscrivent dans une logique de connaissance fine du milieu : lecture des vents, observation des couloirs migratoires, gestion collective des installations. Rien qui ressemble à une capture massive et incontrôlée.

Un enjeu qui dépasse la chasse

Pour les chasseurs girondins, l’enjeu ne se limite pas à la seule pratique cynégétique. La palombe au filet participe à une économie locale, à une organisation sociale et à une identité régionale forte. Autour des palombières, c’est tout un tissu rural qui s’organise : entretien des bois, transmission des savoirs, vie collective. Une réalité que les instances européennes peinent à appréhender dans leur lecture strictement réglementaire. Dans ce contexte, l’idée d’une inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO apparaît comme une réponse stratégique. Elle viserait à faire reconnaître officiellement le caractère culturel de cette pratique et à lui offrir une protection supplémentaire.

Un soutien politique déjà affiché

Cette démarche pourrait trouver des relais au niveau national. Plusieurs élus locaux se sont montrés favorables à la défense de cette tradition, à l’image de la sénatrice de Gironde Florence Lassarade, qui a annoncé vouloir poursuivre les échanges avec le ministère de l’Agriculture. Reste à savoir si cette mobilisation suffira face à la pression juridique exercée par Bruxelles et relayée en France par une interprétation de plus en plus restrictive des textes.

Un patrimoine vivant en sursis

Dans les cinq départements du Sud-Ouest où elle se pratique (Gironde, Landes, Gers, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques), la chasse de la palombe au filet dépasse largement le cadre d’une technique de capture. Elle incarne un rapport au territoire, une culture et une transmission. Autant d’éléments que les chasseurs entendent défendre, convaincus qu’il ne s’agit pas d’un vestige du passé, mais d’un patrimoine vivant. L’initiative girondine marque en tout cas un tournant. Face aux menaces d’interdiction, le combat se déplace désormais aussi sur le terrain culturel.

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