L214 et One Voice : quand la cause animale devient sélective

Très offensives contre la chasse, omniprésentes sur les plateaux et les réseaux sociaux, certaines associations animalistes brillent pourtant par leur silence sur d’autres sujets majeurs liés au bien-être animal. Difficultés des agriculteurs face aux crises, passage au halal dans la restauration rapide, : autant de combats où l’on n’entend plus L214 ni One Voice. Un deux poids deux mesures que dénonce frontalement l’éleveur Didier Giraud.

Des associations très audibles… quand il s’agit de chasse

Sur la chasse, les positions de certaines associations animalistes sont connues, répétées, martelées. Vidéos virales, communiqués alarmistes, actions spectaculaires sur le terrain : la chasse concentre une grande partie de leur énergie militante.
La chasse à courre en est l’exemple le plus emblématique. Chaque saison, quelques équipages de veneurs se retrouvent sous pression, filmés, suivis, parfois empêchés d’exercer une pratique pourtant parfaitement légale, strictement encadrée et historiquement ancrée.
Le paradoxe est connu des chasseurs : le cerf, cible privilégiée de ces actions, affiche en France des populations en très bonne santé, suivies scientifiquement, avec des plans de chasse rigoureux. Rien qui n’empêche pourtant les mobilisations répétées d’AVA et One Voice, toujours promptes à venir « sauver un cerf » en forêt.

Le silence assourdissant sur d’autres réalités animales

Ce militantisme ultra-visible contraste avec un mutisme étonnant sur d’autres sujets pourtant centraux pour le bien-être animal.
Dermatose nodulaire bovine, élevage intensif, importations de viande, conditions d’abattage : autant de thématiques rarement portées avec la même vigueur médiatique.
Plus troublant encore, l’absence quasi totale de ces associations lorsque les agriculteurs ont affronté seuls les crises, parfois jusqu’aux heurts avec les forces de l’ordre pour défendre leurs troupeaux ou leur survie économique. Pas de manifestations, pas de plateaux télé, pas de campagnes virales. Le contraste interroge.

Le coup de gueule de Didier Giraud sur le halal

C’est précisément ce silence que l’éleveur bovin Didier Giraud a dénoncé au micro de RMC, dans l’émission Les Grandes Gueules, le 14 janvier. Réagissant au passage partiel de KFC au halal en France, il pose une question simple, mais lourde de sens :
« Où sont les L214 et tous ces animalistes qui me cassent les bonbons à longueur d’année sur le bien-être animal ? Là, ils sont où ? »

Pour Didier Giraud, le sujet mérite pourtant débat. Il rappelle une réalité souvent évacuée du discours public : l’abattage rituel halal se fait traditionnellement sans étourdissement préalable. « C’est un égorgement sans étourdissement. Pour se vider de ses 70 litres de sang, une vache met un quart d’heure de spasmes », affirme-t-il, évoquant une souffrance animale que les associations dénoncent habituellement… sauf ici.

Halal, bien-être animal et angle mort militant

Le halal, dans son sens religieux, repose sur des règles précises : animal conscient, invocation religieuse, drainage complet du sang. Ces pratiques sont connues, documentées, et font régulièrement l’objet de débats éthiques, y compris au sein de pays européens.
Mais lorsque des enseignes de fast-food adoptent cette orientation pour des raisons économiques et marketing, aucune mobilisation visible des grandes associations animalistes françaises.
Didier Giraud va plus loin : il évoque des doutes sur la traçabilité, notamment concernant des volailles importées, et s’interroge sur la sincérité religieuse d’un marché avant tout industriel. Là encore, silence radio.

Chasse encadrée, élevage intensif ignoré ?

La question posée par ce deux poids deux mesures est dérangeante. Pourquoi tant d’énergie contre la chasse, activité légale, contrôlée, inscrite dans la gestion des équilibres naturels, et si peu contre des systèmes d’élevage intensif où les animaux vivent et meurent dans des conditions bien plus éloignées de celles d’un chevreuil ou d’un sanglier ?
Pourquoi harceler des chasseurs sur le terrain, mais ne jamais venir soutenir les agriculteurs quand ils alertent sur la dégradation de leurs conditions de travail et sur le bien-être réel de leurs animaux ?

Une cause animale devenue sélective ?

Le malaise est là. À force de cibler toujours les mêmes pratiques, au risque de caricaturer la chasse et les chasseurs, certaines associations donnent le sentiment d’une cause animale à géométrie variable.
Plus facile de faire le buzz contre une battue ou une chasse à courre que de s’attaquer aux logiques industrielles, économiques ou religieuses, bien plus complexes et politiquement sensibles.
La question posée par Didier Giraud reste ouverte : de quoi ont-ils peur, chez L214 et One Voice ?
À trop choisir leurs combats, ces associations risquent surtout de fragiliser la crédibilité d’un discours censé défendre la cause animale dans son ensemble non ?

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Rédacteur en chef, SoChasse

3 réponses à “L214 et One Voice : quand la cause animale devient sélective”

  1. Thenot

    Juste un parti politique en herbes comme tout les mouvements ESCROLO que du vent et du pipo et maintenant ils font du racisme animalier faute d,être bon en politique

  2. Dunez philippe

    Je partage votre analyse et vos remarques , merci pour vos commentaires avisés

  3. bob26

    Bonjour.
    Il existe des lois en France pour l abatage et nos éleveurs en font les frais .
    Alors pourquoi autoriser un abatage sans étourdissement pour des raisons religieuse ou se fournir dans un pays qui l’autorise .. Je ne comprend plus ce qui ce passe chez nous!!! … Par contre je comprends pourquoi nos instances dirigeantes vont se faire virer dans pas longtemps.. ils auront compris trop tard !

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