Mac Lesggy : jusqu’à 100 millions d’oiseaux tués par an en France par les chats
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Lire la suiteInterrogé récemment par une journaliste de la chaîne institutionnelle Public Sénat sur le responsable politique français qui s’était montré le plus sincèrement sensible à la protection de la nature, Allain Bougrain-Dubourg a donné une réponse qui pourrait surprendre certains de ses soutiens : Valéry Giscard d’Estaing. Et le président de la LPO de préciser aussitôt, presque étonné lui-même : « Curieusement, c’est un chasseur ». Pourtant, l’histoire de la protection de la nature en France montre que chasse, naturalisme et conservation ont longtemps été beaucoup moins incompatibles qu’on ne veut parfois le laisser croire.
La question posée à Allain Bougrain-Dubourg était simple : parmi les nombreux responsables politiques qu’il a côtoyés pendant plusieurs décennies de militantisme, lequel avait été le plus sincèrement proche de la cause qu’il défend ? Sa réponse tombe immédiatement : « Curieusement, c’est un chasseur. C’est Giscard d’Estaing, Valéry Giscard d’Estaing, qui était un très bon naturaliste. ». Une déclaration d’autant plus intéressante que le président de la Ligue pour la protection des oiseaux est loin d’avoir toujours entretenu des relations paisibles avec le monde cynégétique. Allain Bougrain-Dubourg se souvient même avec amusement des échanges entre l’ancien chef de l’État et Brigitte Bardot, laquelle lui reprochait notamment ses chasses africaines. Mais derrière leurs désaccords sur la chasse, le responsable de la LPO reconnaît aujourd’hui à Valéry Giscard d’Estaing une véritable culture naturaliste et, surtout, un bilan concret en matière de protection de la nature. Public Sénat rappelle également que l’ancien chef de l’État pratiquait régulièrement la chasse.
Pour Bougrain-Dubourg, une réalisation domine toutes les autres : la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, dont on célèbre précisément cette année le cinquantième anniversaire. « C’est lui qui a favorisé la loi de 1976, dont on fête cette année les 50 ans. C’est la plus grande loi de protection de la nature qu’on ait connue », rappelle le président de la LPO. Le compliment est loin d’être anodin. Cette loi constitue effectivement l’un des textes fondateurs du droit français de l’environnement. Son premier article affirme notamment que la protection des espaces naturels, des paysages, des espèces animales et végétales ainsi que le maintien des équilibres biologiques sont d’intérêt général. La LPO elle-même célèbre en 2026 cet anniversaire et rappelle que le texte a permis plusieurs avancées majeures concernant la protection des espèces, les espaces naturels, les études d’impact, le rôle des associations environnementales et la prise en compte de la sensibilité animale. Valéry Giscard d’Estaing ne se contentait d’ailleurs pas de discours. Quelques jours seulement avant l’adoption de la loi, le 29 juin 1976, il écrivait à son Premier ministre Jacques Chirac afin de demander de nouvelles mesures de protection de l’environnement, des paysages et du patrimoine naturel.
La loi de 1976 n’est pas le seul héritage environnemental laissé par cette présidence. Un an auparavant, le 10 juillet 1975, était créé le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres, chargé d’acquérir et de préserver durablement des espaces naturels littoraux menacés par l’urbanisation ou les aménagements. Lors du décès de Valéry Giscard d’Estaing en 2020, le Conservatoire du littoral lui-même lui avait rendu hommage en rappelant le rôle historique joué par son action dans la création de l’établissement. Et l’ancien président développait déjà à la fin des années 1970 une réflexion mêlant économie, qualité de vie et écologie. Dans une longue interview accordée en 1978, il défendait notamment une croissance capable de respecter les équilibres environnementaux et insistait sur la nécessité d’intégrer davantage la nature dans la vie quotidienne. Difficile donc de réduire son intérêt pour la nature à une simple posture.
C’est finalement le premier mot employé par Allain Bougrain-Dubourg qui mérite peut-être le plus d’attention : « curieusement ». Car historiquement, qu’un chasseur soit également naturaliste et défenseur de certaines espèces n’a justement rien d’extraordinaire. L’histoire de la LPO elle-même en fournit une illustration particulièrement savoureuse. Lorsque la Ligue française pour la protection des oiseaux est créée le 26 janvier 1912, son premier président est l’ornithologue Louis Magaud d’Aubusson. Albert Chappellier, ingénieur agronome et ornithologue, est aujourd’hui considéré par la LPO comme son véritable fondateur. Les deux hommes travaillent ensemble à la création de la nouvelle organisation et à la protection des macareux des Sept-Îles. Or Louis Magaud d’Aubusson était lui-même un chasseur passionné de gibier d’eau et un spécialiste reconnu de la fauconnerie, auteur notamment d’ouvrages consacrés à la chasse de la caille et aux oiseaux de proie. Cela n’empêcha absolument pas le premier président de la future LPO de vouloir mettre fin à certaines pratiques qu’il considérait comme destructrices. L’association naissante entendait d’ailleurs combattre les abus de la chasse et empêcher la disparition d’espèces, notamment après les massacres de macareux perpétrés aux Sept-Îles. La première réserve ornithologique y sera créée en 1912.
Cette histoire rappelle surtout que les frontières contemporaines entre « chasseurs » et « protecteurs de la nature » n’ont pas toujours été aussi étanches. Pendant des générations, nombre de chasseurs furent également ornithologues, forestiers, agronomes ou naturalistes. Observer les migrations, reconnaître les espèces, comprendre leurs habitats et suivre l’évolution des populations font toujours partie d’une même connaissance du terrain. Cela n’empêche évidemment ni les désaccords ni les excès qui ont existé et existent encore. La naissance même de la LPO démontre que certains chasseurs et naturalistes du début du XXe siècle estimaient nécessaire de combattre des destructions qu’ils jugeaient incompatibles avec la conservation des espèces. Mais cette histoire rend peut-être beaucoup moins « curieuse » la réponse d’Allain Bougrain-Dubourg. Oui, Valéry Giscard d’Estaing était chasseur. Et oui, selon le président actuel de la LPO, c’est également le président de la République qui s’est montré le plus sincèrement sensible à la protection du vivant parmi tous ceux qu’il a côtoyés. Comme quoi aimer la chasse et vouloir transmettre une nature riche et vivante aux générations suivantes ne sont évidemment pas deux idées contradictoires.
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